Bessanvi Albert Coffi alias Gbessi Zolawadji, musicien : « Nous ne devons pas mettre en péril les acquis de la conférence nationale… »

La rédaction 19 février 2020

Artiste de la musique traditionnelle, Bessanvi Albert Coffi alias Gbessi Zolawadji est un témoin de l’histoire. Il parle de cet héritage du feu président Mathieu Kérékou et souhaite que les acquis de la conférence nationale soient sauvegardés. A l’en croire, la démocratie béninoise bat de l’aile et les acteurs politiques doivent prendre la mesure de l’enjeu et parer au pire.

Il y a 30 ans la conférence nationale. Que vous rappelle ce moment ?
C’était un moment palpitant. Il faut dire qu’on ne savait pas quelle serait l’issue de la conférence nationale. Mais la fin a été heureuse, parce que les acteurs politiques, toutes tendances confondues ont célébré la paix et ceci jusqu’au président de la République. Tous ont accepté les conclusions de la conférence. C’était une joie immense.

30 ans après¸ où en sommes-nous en matière d’approfondissement de la culture de la paix ?
Si nous arrivons à nous entendre et que les élections redeviennent des moments de fête, je pense que l’esprit de la conférence restera. Malheureusement, la non-participation d’une frange de Béninois à la vie politique ne facilite pas les choses. Tant qu’on fera de l’exclusion, qu’une frange de la société ne sera pas admise à participer à la vie politique de son pays, il y aura toujours des remous. Et le cas échéant, ce n’est plus l’esprit de la conférence nationale qui nous habiterait.

Quand on parle de la conférence nationale, on évoque le souvenir du feu président Mathieu Kérékou. Que retenez-vous de cette figure emblématique de ces assisses nationales ?
Mathieu Kérékou ne vit plus, mais son esprit est encore là. Il faudra sauvegarder cet héritage démocratique qu’il nous a légué. C’est un homme qui n’est pas parfait, mais, il a fait ce qu’il faut, ce qu’il pouvait pour ce pays. Nous ne devons pas mettre en péril les acquis de de la conférence nationale qu’il a initiée en raison de situations sociopolitiques de l’époque. Je demande à tous les acteurs politiques, qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, béninois ou non, de respecter l’esprit de la conférence nationale, pour que règne toujours la paix dans ce pays.

Depuis l’historique conférence nationale, pendant laquelle le Bénin a accompli un miracle, de nombreux artistes ont chanté pour qu’à jamais rien ne mette en péril la stabilité retrouvée. Peut-on dire que la paix demeure une thématique essentielle dans les productions artistiques de nos jours ?
Aujourd’hui, on ne retrouve plus l’esprit de cette thématique, parce qu’il semble même que la paix est en ballottage au Bénin. Et l’artiste ne chante que l’environnement. L’artiste ne chante que ce qu’il a vécu et ce qu’il voit de positif. Lorsqu’il y avait la paix, tout le monde a constaté et on a chanté la paix. Aujourd’hui, que cette paix est fragile, les gens sont en manque d’inspiration, parce que l’artiste n’est pas un menteur.
S’il n’y a pas la paix et que tu chantes la paix, qui va t’écouter ? Les artistes savent ce qu’ils chantent. Quant il n’y a plus cette paix, l’artiste ne peut plus chanter. Mais, si tu lui donnes de l’argent pour fabriquer ou s’inspirer de la paix dans sa chanson, cela est possible. Autrement, Il est tenté de chanter son vécu.

Quel rapport existe-t-il entre la musique et la politique ?
La musique et la politique ne peuvent aller de pairs. Un artiste n’a pas un mandat. Il n’a donc pas besoin de mentir pour maintenir une posture politique. Parce que l’artiste n’a pas besoin de mandat, il est éternel. L’artiste ne meurt pas, vive l’artiste. Il ne devrait donc pas s’enliser dans le jeu de la politique.

Que pensez-vous de l’état actuel du site qui a abrité la conférence nationale : le Plm Alédjo ?
Le Plm Alédjo ne mérite pas cette place qu’on lui a réservée. C’est un lieu qui a fait du Bénin, une nouvelle image, qui a donné naissance à une nouvelle ère, une nouvelle classe politique. Cette conférence que nous avons faite au Plm Alédjo, je pense que c’est toute l’Afrique qui a suivi, qui sait qu’elle s’est tenue au Plm Alédjo.
En Europe, partout dans le monde, les gens savent que nous avons fait une conférence et que notre pays s’est engagé depuis lors, sur la voie démocratique. Malheureusement, le lieu qui a servi de cadre à cette belle initiative est laissé dans un état peu désirable. Ce n’est pas bien. Je veux dire aux autorités d’aujourd’hui et à venir, que nous pouvons faire mieux du Plm Alédjo, un lieu historique qui a porté la démocratie.

Que diriez-vous aux jeunes qui n’ont pas été témoins de cette phase de l’histoire de leur pays ?
Oui ! Il y a des jeunes de moins de 30 ans, qui ne savent pas ce qu’on met dans cette conférence nationale. Nous, nous étions là. Et il fallait cette conférence pour que le pays démarre. Je dirai aux jeunes d’aujourd’hui que cette conférence a libéré le Bénin. Cette conférence a permis au Bénin d’avoir une démocratie avec plusieurs partis politiques. A la conférence nationale, nous avons fini avec le parti unique.
Je vais demander aux jeunes de rester dans le même esprit.
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU(Coll.)





Dans la même rubrique