Déballages de Jean-Baptiste Elias, président de l’Anlc : Les députés adoptent la loi du silence

Moïse DOSSOUMOU 18 septembre 2019

Il a fait fort. Jean-Baptiste Elias, président de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption (Anlc) s’est vidé. Comme à l’accoutumée, il a fait des déballages, cette fois sur un sujet de controverse. Les législatives de 2019 qui ont laissé un goût amer à plus d’un ne sont pas du goût de l’homme qui a relevé certaines irrégularités qu’il a tenu à rendre publiques. Dimanche dernier, au cours d’une émission radiophonique, cet activiste de la société civile a fait des révélations au nombre desquelles des irrégularités contenues dans les dossiers de candidature du Bloc républicain et de l’Union progressiste et qui pourtant, ont été validés par la Commission électorale nationale autonome (Cena). Dénonçant une politique de favoritisme, il a cité nommément des cas dont il dit détenir les preuves. A l’en croire, plusieurs députés de la 8ème législature sont en situation irrégulière et n’auraient jamais dû se trouver là.
Premiers concernés par l’affaire, les élus du peuple restent méfiants. Contactés, plusieurs d’entre eux ont décliné l’offre de se prononcer sur le sujet. Patrice Nobimè de l’Union progressiste et Robert Gbian du Bloc républicain n’ont pas trouvé un intérêt particulier aux propos du président de l’Anlc. C’est pourquoi, ils ont préféré s’abstenir de répondre à nos questions. D’autres par contre ont accepté de se confier, mais en « off ». Fort heureusement, Orden Alladatin et Abdoulaye Gounou ont donné leur accord pour livrer leur part de vérité. Pour les deux, c’est un non événement. Le premier estime qu’il faut avancer car il y a mieux à faire dans la République tandis que le second pense que la Cena, en son temps, s’est expliquée. Pour eux deux, en somme, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.
Pourtant, le refus des uns, la résistance et la prudence des autres indiquent qu’il y a un malaise. C’est certainement pourquoi, la plupart se réfugient dans le silence.

Orden Alladatin et Abdoulaye Gounou se jettent à l’eau

Orden Alladatin, membre de l’Union progressiste
« Apprenons à aller de l’avant »
« Nous avons connu une crise électorale avec tous les éléments de contenu. En son temps, les protagonistes se sont expliqués. On ne peut pas revenir agiter les mêmes choses alors que nous travaillons à cicatriser les plaies. Il y a des préoccupations essentielles. Il y a mieux qui puisse mobiliser la réflexion. Nous devons apprendre à réfléchir à la manière de structurer notre économie en ces temps où le Nigéria nous fait des difficultés. Apprenons à évoluer, à aller de l’avant ».

Salifou Abdoulaye Gounou, (Bloc Républicain)
« Les déclarations de Jean-Baptiste Elias relèvent du dilatoire »
« …De ce que vous appelez déballages de Jean-Baptiste Elias, j’ai retenu deux points essentiels. Le premier est relatif à ce qu’il appelle ’’du faux dans les dossiers de certains candidats’’ que la Cena aurait validé. Secundo, je retiens ses développements sur le quitus fiscal. Sur le premier point, je pense honnêtement que Jean-Baptiste Elias n’a pas été sincère dans sa déclaration. Concernant le collègue Jacques Yempabou, celui-ci est né au moment où la Commune de Kérou était un arrondissement de la Commune de Kouandé. Donc, les actes de naissance, jugements supplétifs et consorts étaient finalisés dans la Commune de Kouandé. Idem pour la Commune de Pèhunco parce que Kouandé avait sa juridiction territoriale jusqu’à Pèhounco et même jusqu’à l’actuel Kotopounga. Les personnes qui étaient nées dans cette juridiction territoriale relevaient de la signature de l’autorité de la Commune de Kouandé. En évoquant une contradiction apparente et en indexant des gens pour ça, Jean-Baptiste Elias a fait preuve d’une méconnaissance manifeste de notre pays et des 2 KP en particulier. En son temps, le président de la CENA, Emmanuel Tiando, avait clarifié cela. Il n’y a pas eu de fraude à ce niveau-là. D’ailleurs, les collègues dont il parle ne peuvent pas de leur propre chef modifier leurs lieux de naissance. C’est l’administration qui l’avait fait à des moments donnés pour des raisons spécifiques en tenant compte de l’évolution du découpage territorial. Par rapport à la question du quitus fiscal qui me tient à cœur, personnellement, je pense que c’est un faux débat étant donné que c’est la plus belle mesure que l’Assemblée nationale, 7ème législature ait pu introduire dans le droit positif béninois. Comment peut-on prétendre gouverner le pays ou être parmi les dirigeants du pays et refuser d’être en règle vis-à-vis du fisc ? La mise en œuvre de cette disposition peut être difficile et ça été le cas parce que l’administration fiscale n’était pas préparée pour abattre ce travail qui s’est avéré un très gros travail. Personnellement, mon dossier a été rejeté à deux reprises. J’ai transpiré pour obtenir mon quitus fiscal. Mon identifiant fiscal a été confondu à celui d’une personne qui porte les mêmes nom et prénoms que moi (…) J’ai bataillé dur pour clarifier les choses. Il y a même des collègues du BMP d’alors qui ont dû renoncer à leurs candidatures. Il y en a qui ont payé des dizaines de millions de Francs CFA pour obtenir le quitus. Il n’y a pas eu du deux poids et deux mesures. L’ancien Ministre Komi Koutché dont il parle n’était même pas au pays pour apporter des justificatifs et répondre aux questions d’éclaircissement de la Direction Générale des Impôts (DGI) et obtenir le quitus. Telle que la procédure se présentait, il était nécessaire d’être présent pour lever toute équivoque. La question que je me pose est celle-ci : Pourquoi Jean-Baptiste Elias a attendu 5 mois après les élections législatives pour venir parler ? A cette allure, il risque de discréditer l’Autorité nationale de lutte contre la corruption à force de vouloir jeter du discrédit sur des personnalités et institutions de l’État. On dirait qu’il a eu une difficulté avec le système en place et il faut qu’il surgisse pour parler. Les déclarations de Jean-Baptiste Elias relèvent du dilatoire et de l’intoxication pour distraire le peuple béninois. Cela ne prendra pas parce que le peuple n’est pas dupe… »
Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





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