Echanges commerciaux entre le Bénin et le Nigéria : Véhicules d’occasion : une plaie béante

Moïse DOSSOUMOU 11 septembre 2019

Entre le Nigéria et ses voisins, il faut croire que plus rien ne sera comme avant. Dans la nuit du 19 au 20 août dernier, sans crier gare, le géant de l’Est a verrouillé ses frontières. Depuis lors, les passages sont minutieusement filtrés. Les commerçants établis au Bénin qui menaient l’essentiel de leurs activités avec ce pays connaissent des sueurs froides. Abuja est déterminé à laisser écouler la période test de 28 jours avant de rouvrir ses frontières. Quand ce sera le cas, tout ou rien ne rentrera plus au Nigéria dont les dirigeants sont déterminés à donner un coup d’accélérateur à la politique protectionniste en cours. Depuis plusieurs jours, eu égard à cette actualité, beaucoup n’ont d’yeux que pour le riz, l’huile et la volaille. Or, il existe un produit très prisé au pays de Buhari mais dont la consommation est de plus en plus encadrée pour ne pas dire interdite.
Le commerce de véhicules d’occasion, puisque c’est de ça qu’il s’agit, n’est plus accepté à bras ouverts en territoire nigérian. Le Bénin qui a laissé cette activité prospérer pendant longtemps devrait songer à trouver une solution pertinente pour limiter les dégâts. Et pour cause !

Les beaux jours
Depuis 25 ans environ, beaucoup de Béninois se sont engouffrés dans la brèche au point de devenir importateurs de véhicules et de pièces détachées. Un peu plus tard, appâtées par le gain, d’autres nationalités, notamment les Libanais sont rentrés dans la danse. L’activité, florissante dans les encablures du port autonome de Cotonou, a été délocalisée pour raison d’espace à Sèmè-Podji. Sur ce site, des dizaines d’hectares servent à cette fin. Mais depuis quelques petites années, l’embellie d’entre temps a cédé la place à la grisaille. Les véhicules d’occasion ne se vendent plus aussi bien qu’avant à telle enseigne que plusieurs importateurs ont jeté l’éponge. Seuls quelques résistants poursuivent vaille que vaille l’aventure. Vu l’étroitesse du marché local, la plupart de ces produits prenaient la direction du Nigéria où il était plus facile de trouver preneurs. Même les véhicules en transit pour le Niger étaient acheminés vers le Nigéria par d’autres moyens. C’est dire l’importance que représente le géant de l’Est pour la survie de cette activité.

Protectionnisme
De plus en plus, Abuja a commencé à taper du poing sur la table. Le Bénin est d’autant plus dans le viseur du Nigéria qu’il sert de passerelle pour y déverser des biens produits ailleurs et dont plus personne ne veut. Se refusant d’être un dépotoir et vu les nuisances environnementales découlant de ce trafic, le Nigéria est passé à la vitesse supérieure. Des usines de fabrication et de montage de véhicules neufs y sont déjà implantées et une politique de consommation attractive a été mise sur pied à cet effet. Les pouvoirs politiques et économiques voient donc d’un mauvais œil ce commerce qui a pris racine au Bénin et dont la cible est justement le Nigéria. Ayant déjà trouvé une solution pour écouler des véhicules neufs à l’interne, il va de soi que les dirigeants prennent des mesures pour enrayer l’importation de véhicules usagers via le Bénin ou d’autres pays voisins.

La proactivité de la Côte-d’Ivoire
Située dans le même espace économique que le Bénin et le Nigéria, la Côte-d’Ivoire a anticipé en négociant d’ores et déjà l’implantation d’une grande usine de montage de véhicules neufs sur son sol. Le dernier sommet de la Ticad a été l’occasion pour le gouvernement ivoirien de négocier avec succès une telle entreprise. D’ici quelques temps, ce projet entrera dans sa phase active. Pendant ce temps, que fait le Bénin ? Les dizaines de milliers de véhicules qui croupissent sur les parcs seront destinés à quel usage ? Depuis que les difficultés d’écoulement de ce produit ont commencé, qu’a fait l’Etat pour dissuader les commerçants de continuer à importer des véhicules comme si de rien n’était ?
A la réouverture de ses frontières, le Nigéria n’acceptera plus de recevoir ces véhicules comme par le passé. Le Niger, compte tenu de sa population, ne pourra consommer qu’une portion congrue. Le Bénin également est un très petit marché pour les commerçants. Que feront ceux-ci pour se tirer d’affaire avec toutes ces marchandises qui leur resteront sur les bras ? Ne vaut-il pas mieux interdire dès maintenant l’importation de ces véhicules d’autant plus que le principal client n’en veut plus ? Faut-il toujours continuer à frauder au risque de voir Abuja durcir sa position à nouveau ? Doit-on toujours privilégier des solutions à la petite semaine en lieu et place de réponses pérennes et pertinentes ?
A l’évidence, la meilleure option, puisque le Nigéria sera toujours un grand marché de consommation, est de prendre exemple sur la Côte-d’Ivoire. Les constructeurs européens et asiatiques ne rechigneront pas à installer au Bénin des usines de montage et d’assemblage de véhicules neufs destinés au Nigéria et à la sous-région. Tout dépend des termes de négociations. Cette perspective permettra d’absorber la main d’œuvre en péril et qui se tourne actuellement les pouces sur les parcs de vente. « Autre temps, autres mœurs », enseigne l’adage.





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