Entretien avec Antoine Guédou, Pdt du Gsr : « Il y a des choses qui ont été faites dans un bon esprit, mais détournées… »

Angelo DOSSOUMOU, Arnaud DOUMANHOUN 20 novembre 2020

L’homme fort de Zakpota, président du parti Grande Solidarité Républicaine (GSR), Antoine Guédou Vissétogbé qui a fait défection de la mouvance Présidentielle revient sur les raisons de sa volte-face, évoque de Probables accords politiques dans le rang de l’opposition dans le Cadre de la présidentielle de 2021. Le président du GSR parle de la tournée entreprise par Patrice Talon et fait une comparaison avec la tournée de l’ancien président Nicéphore Soglo en 1995 à quelques mois de la présidentielle de 1996.

Le Gsr s’est retiré de la mouvance. Quelles en sont les raisons ?
Au moment où nous avons eu une séance de travail avec les mandataires du candidat Talon, dirigés par Eustache Kotingan, on s’était entendu sur un certain nombre de choses. Et la première, c’est que Talon mette beaucoup plus en relief les acquis de la conférence nationale. Qu’il respecte le consensus pour toutes les décisions engageant la vie de la Nation dans l’intérêt supérieur de la paix. Nous avions aussi dit qu’il faut associer les responsables du parti aux grands débats nationaux et associés les militants à l’apprentissage de la chose publique. Et subsidiairement, nous discuté d’une chose, le Président Talon veut faire un seul mandat. J’ai dit à l’époque que ce n’était pas possible. On m’a dit qu’il va modifier la constitution. Bref, finalement, rien n’a été respecté. Pire, les acquis de la conférence nationale ont été éprouvés.

Certes, vous n’avez pas été satisfait, mais qu’il y a eu de bonnes actions depuis 2016. Que retenez-vous de positif dans la gouvernance Talon ?
Je suis comptable de profession. Quand nous faisons des actions sur une période donnée, que nous appelons en terme technique exercice, on fait le bilan. Je souhaite que le bilan soit positif, dégage des profits. Cela suppose que dans ce bilan, l’actif est supérieur au passif. Quand vous dites qu’il a réalisé de bonnes choses, on n’en doute pas. Mais quand on fait la balance, qu’est-ce que cela donne.
Cela étant, je vais dire qu’il y a des choses qui ont été faites dans un bon esprit, mais détourné. Je voudrais vous parler par exemple de la Charte des partis politiques. La charte existait avant le président Talon. Mais quand il est arrivé, il a apporté deux choses nouvelles. Il dit que les partis politiques sont trop locaux. Il faut des partis nationaux, qui travaillent sur toute l’étendue du territoire national. Il dit ensuite que si les partis sont locaux, c’est parce que ces partis n’ont pas les moyens et il faut qu’il y ait un financement public.
C’est deux choses font un ensemble. Car, lorsque vous voulez des partis nationaux, de ce fait, celui qui travaillait dans une seule circonscription, va désormais travailler dans 25 circonscriptions. Vous lui donnez des charges nouvelles. Et à cela, vous créez des produits nouveaux. D’où le financement public. Mais dans la réalisation, c’est marché de dupe. On a créé les charges à travers la charte, et dès qu’il s’est agi de donner les ressources qui couvrent ces charges, on a malicieusement circonscrit cela au niveau des partis politiques du Chef de l’Etat.

La loi n’a-t-elle pas prévu les conditions d’éligibilité ?
L’article 5 dit que le financement public des partis politiques couvre cinq rubriques : leur fonctionnement, la promotion de leur programme politique, la participation aux élections, la formation de leurs militants, l’éducation civique et politique de leurs membres et des citoyens en général. Et vous pensez que les partis iront faire cette mission d’éducation avec leur argent ?
Quand vous prenez cinq rubriques, il n’y a qu’une seule qui concerne les élections. Cela veut dire que s’il y a un financement, cela doit être d’abord programmé pour ces cinq rubriques et si un parti n’est pas éligible pour une rubrique, il perd ce financement. Et l’article six de la même loi dit que sont éligibles, les partis politiques qui ont un siège national et des bureaux départementaux, justifier de la tenue régulière des instances, justifier des ressources financières et de leur utilisation. On n’a pas demandé d’avoir des élus pour être éligibles. Curieusement, à l’article neuf, ils ont mis avec doigtée, que le montant annuel du financement public aux partis politiques est réparti entre les partis politique en fonction du nombre de leur députés et du nombre de leurs élus. Ce n’est pas normal. Cet article vient contredire l’article qui définit les conditions d’éligibilités. Si on veut répartir par rapport aux députés, il fallait insérer au niveau des critères d’éligibilité, un quatrième critère : Avoir des élus.
Vous ne pouvez pas définir les conditions pour dire nous sommes éligibles et ensuite répartir le financement par rapport à une seule ligne. Et aujourd’hui, sur un financement de trois milliards annoncés, les partis qui soutiennent le chef de l’Etat, se partagent 2,8 milliards. Ce n’est pas normal. C’est du détournement, de l’évasion légale.

Les réformes n’ont-elles pas permis d’assainir le paysage politique ?
Aucune réforme ne peut aller contre la Constitution. L’option fondamentale du peuple béninois, c’est un multipartisme intégral. Les conditions posées dans la Charte des partis suffisent à réduire le nombre de formation politique. De 10 membres fondateurs par département, nous sommes passés 15 par commune. Vous comprenez que c’est déjà suffisamment réductif. Mais tel que le renoncement public est géré, cela viole l’esprit des réformes qui veut que les partis aient des moyens pour travailler sur l’ensemble du territoire national. On n’a pas dit qu’il faut donner moyens aux grands partis.

Nous sommes à quelques mois de la présidentielle. Le GSR a-t-il déjà un candidat ?
Le GSR n’aura pas de candidat à l’interne. Mais nos textes deux choses. Soit un candidat à l’interne ou un candidat en vertu d’un accord politique. Nous nous sommes retirés de la mouvance, et notre philosophie est proche de celle de l’opposition. Donc, si nous devons soutenir un candidat en vertu d’un accord, nous nous organiserons avec l’opposition.

Il faut des parrains dans le rang des élus pour prétendre à une candidature à la présidentielle. Dans le contexte actuel aucun parti de l’opposition n’a le nombre de parrains requis. Comment compter vous vous organiser ?
Vous croyez qu’il y aura élection sans l’opposition ? Le président de la république a dit à Parakou que dans tous les cas, avec ou sans récépissé, le parti d’opposition Les démocrates iront à l’élection présidentielle. Il a ajouté que le ministre de l’intérieur fera les diligences nécessaires pour délivrer à ce parti son récépissé. Il faut donc le prendre au mot. On verra comment tout cela ça va se passer.

Vous parlez d’accord politique. Etes-vous déjà en discussion avec un parti de l’opposition ?
La présidentielle sont encore loin. Ce que fera le GSR sera dévoilé si tout va bien dans la première quinzaine du mois de janvier.

Le GSR a soutenu le BR lors des élections communales. Pourquoi sauter de la barque de la mouvance à quelques mois de la présidentielle ?
Jusque-là, on cherchait encore des compromis. Nous avons fait des suggestions, donner des conseils, mais rien n’a été suivi. On nous a même obligés à nous retirer des communales parce que comme d’habitude, on va dire à nos militants, qu’on leur fournira gratuitement les pièces, alors que la loi ne dit pas qu’il faut les faire gratuitement. Alors que nous étions dans la dynamique d’éduquer nos militants, qui doivent comprendre que la politique n’est pas de la gratuité. Il faut que chacun fasse ses pièces. Pendant que vous faites cela, les autres disent nous allons vous le faire gratuitement.

Est-ce que vous avez tenté une fusion avec le Bloc républicain (BR) ?
Je n’ai jamais demandé à aller au BR. J’ai dit simplement que nous ne sommes pas allés aux élections communales mais nous n’avons pas le droit de ne pas répondre à notre devoir civique, qu’est le vote.





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