Entretien avec Dénis Glégbéto, maire de Djidja : « Nous allons booster la production agricole »

Moïse DOSSOUMOU 4 décembre 2020

Auditeur comptable et financier, Dénis Glégbéto tient depuis quelques mois les rênes de la commune de Djidja. Plus vaste commune du Zou (41% du département avec 2184km2), pourvue en terres fertiles, Djidja est paradoxalement citée parmi les localités les plus pauvres, alors que c’est un territoire propice à l’agriculture. Son sous-sol qui regorge de granite, de marbre et de cuivre est la preuve la plus évidente qu’elle a été généreusement pourvue par la nature. Au terme des municipales et communales de juin 2020, c’est le Bloc républicain qui a obtenu les faveurs des électeurs. Le nouveau maire sorti de cette écurie politique veut révolutionner les pratiques afin de sortir la commune de l’ornière. Dénis Glégbéto qui veut mettre un terme aux sempiternels conflits entre éleveurs et agriculteurs, veut faire de sa commune un pôle agricole où il fait bon vivre pour chacun et pour tous.

Le samedi 28 novembre dernier, votre commune a reçu la visite du chef de l’Etat. Quelles sont les bonnes nouvelles qu’il a apportées ?
Le chef de l’Etat dans sa tournée nationale a pensé à Djidja. C’est un sentiment de fierté car notre commune a été retenue parmi celles qu’il visite actuellement. Tout le monde était content de son arrivée puisqu’il a promis que Djidja aura une place de choix dans le Programme d’actions du gouvernement (Pag) 2ème phase. Ainsi, plusieurs doléances seront prises en compte afin que les peines de nos braves producteurs soient soulagées.

Est-ce à dire que rien n’a été fait pour Djidja dans la 1ère phase du Pag ?
Si, des choses ont été faites notamment sur le plan des infrastructures routières. Par le passé, pour se rendre à Djidja en venant d’Abomey, la distance n’est longue que de 22km, mais il fallait faire près de 2h de route pour la parcourir. Aujourd’hui, cette voie est bitumée. Et le chef de l’Etat a insisté pour que la bretelle Bohicon-Mougnon soit prise en compte. Cela témoigne de la grande place qu’occupe notre commune dans le cœur du chef de l’Etat qui connaît très bien notre localité pour y avoir mené des activités par le passé.

Quels sont vos besoins les plus pressants à part la construction des routes ?
Nous avons souhaité que la voie qui dessert Djidja en venant d’Abomey soit bitumée jusqu’à Tchetti afin que les communes de Bassila, de Savè et de Bantè en bénéficient également. La construction de cette route va accélérer le développement de notre commune rurale. En dehors de cela, nous avons aussi souhaité que le pavage des rues de Djidja soit une réalité. Nous avons déjà procédé à l’ouverture des voies au niveau du chef-lieu. Si nous pouvons bénéficier de quelques kilomètres de pavage, nous sortirons davantage de l’ornière. De plus, malgré les efforts consentis par le gouvernement pour ce qui est de la fourniture de l’eau potable, à Djidja, les populations ne sont pas encore très bien servies sur ce plan. Nous voulons aussi que le réseau d’eau potable soit étendu. Idem pour ce qui est de l’énergie électrique. Le chef de l’Etat nous a rassuré que nous aurons satisfaction au cours des 18 prochains mois. Il faut également souligner qu’il y a des projets du Millenium challenge account (Mca) qui ont pris en compte 23 villages qui seront alimentés en énergie solaire sur les 95 que compte la commune. Le projet est très avancé et les entrepreneurs vont amorcer la phase d’exécution dès janvier 2021.
L’un de nos souhaits que nous exprimons très bas, c’est la remise en service de notre radio communautaire. Depuis plus de 17 ans, le Programme des Nations-Unies pour le développement (Pnud) nous a appuyé pour l’équipement de la radio. Curieusement, ceux qui en avaient la charge ont ignoré cet important outil de communication et le matériel est resté stocké pendant tout ce temps. Après mon élection, il y a quelques mois, j’ai demandé une expertise du matériel et malheureusement, tout est hors d’usage. Il nous faut environ 20 millions pour remettre tout en place. Aujourd’hui, la communication n’est plus un luxe. Nous avons besoin d’éduquer et d’informer la population. Nous demandons donc à tous les fils et toutes les filles de Djidja de se mobiliser pour rendre fonctionnelle notre radio communautaire.
Les besoins sont énormes, mais avec la bonne volonté et l’accompagnement de nos aînés et frères, surtout l’appui des cadres des différents ministères, nous pensons que notre commune pourra obtenir sa part dans la redistribution de la richesse nationale.

A part ces besoins, quels sont vos projets phares ?
Le premier projet, c’est l’ouverture et l’aménagement des voies d’accès à nos différents marchés. Djidja est enclavé et il va falloir procéder à l’ouverture des voies pour permettre à nos paysans d’écouler facilement leurs productions. Nous avons remarqué qu’aucun des 7 marchés de la commune ne s’anime. Les commerçants se rendent directement auprès des villageois avec les tricycles pour acheter les produits dans leur ferme. Ce qui fait que la commune ne prélève aucune taxe sur ces ventes. Pis, ces commerçants qui quittent pour la plupart Bohicon et Abomey font le trajet dans la nuit profonde pour échapper au paiement des taxes. Donc, la commune ne tire aucune taxe de tout ce qui est produit et vendu. Il va falloir tracer les voies pour permettre à nos marchés de s’animer convenablement.
Nous avons aussi, au niveau du Conseil communal, voté un budget important pour l’acquisition des engins lourds tels que les niveleuses, les compacteurs, les camions bennes, les chargeuses pour nous mettre résolument au travail. lorsque nous recourons au service des privés, les prestations ne sont pas de qualité et les voies se dégradent très rapidement.
En dehors de cela, il va falloir très rapidement redonner espoir à la production agricole. Il faut dire que la production isolée et de manière individuelle est plus ardue que par le passé. Par les temps qui courent, personne ne peut aller à l’agriculture avec la houe et espérer avoir de bons rendements. Même si on fournit des engins aux producteurs, ils ne pourront pas les entretenir comme cela se doit. Nous avons pensé à les réorganiser afin de leur offrir des appuis pour augmenter la production et surtout la rentabilité. De manière isolée, les agences territoriales de développement agricole ne peuvent pas les suivre et les coacher. Quand ils seront regroupés en coopérative notamment, ils auront l’appui technique nécessaire et les intrants afin d’améliorer les productions à l’hectare.
Avec l’appui de tout le Conseil communal, nous allons nous battre pour sortir Djidja de la liste rouge des communes qui sont à la traîne. Nous avons la richesse sur notre sol. Il va falloir qu’on s’organise pour tirer le meilleur de nos terres qui sont encore très fertiles. Nous comptons reprendre la production de l’igname afin de retrouver notre place.

A propos, pourquoi la production de l’igname a-t-elle baissé ?
Cela est dû à l’achat des terres cultivables par des individus qui ne sont pas prêts à les exploiter. C’est sur ces sols que l’igname est produite. Les nouveaux propriétaires interdisent aux paysans d’exploiter leurs terres. Alors que l’igname ne se produit pas partout, il faut des terres très fertiles se trouvant dans les forêts.
Nous sommes en train de prendre des dispositions pour que ceux qui n’exploitent pas leurs terres les mettent à disposition des paysans pour la production. Autrement, nous allons commencer par taxer les terres qui ne sont pas mises en valeur. Si le Conseil communal a autorisé l’achat des terres, c’est sur la base des projets présentés par les acheteurs. Si lesdits projets ne sont pas mis en œuvre, il va falloir qu’ils nous restituent nos terres.

Comment comptez-vous mobiliser les ressources pour mener à bien vos projets ?
Avec l’organisation des producteurs et l’accès aux marchés, il y aura des ventes groupées sur lesquelles la mairie va prélever les taxes. Lorsque les marchés s’animeront, nos agents collecteurs pourront effectuer leur travail. En outre, les éleveurs sont identifiés et ils sont prêts à payer des impôts sur les animaux, qu’il s’agisse des chèvres, des cochons, des bœufs...
De même, la mise en œuvre du Pag a eu un grand impact sur notre commune puisque plus de la moitié des matières premières utilisées lors de l’érection des infrastructures routières, notamment les granites, sont prélevés dans la commune de Djidja. Cela a induit une augmentation sensible des fonds propres de la commune issus des redevances des carrières.

Quid des conflits entre agriculteurs et éleveurs ?
C’est un projet sur lequel je n’ai pas beaucoup communiqué car nous sommes en train de trouver une solution qui va calmer et rassurer tout le monde. Il s’agit pour nous de tout faire pour sédentariser les éleveurs. On a constaté que par le passé, à la quête d’eau et de pâturage, les éleveurs conduisent leurs troupeaux un peu partout. Actuellement, nous sommes à pied d’œuvre pour réaliser des rétentions d’eau qui vont permettre de nourrir pendant 4 mois au moins 50 troupeaux. Ces animaux peuvent s’abreuver tous les jours pendant 4 mois. C’est une expérience en cours. La mise en œuvre va débuter à partir du 15 décembre, et jusqu’au 30 avril, ces animaux auront de l’eau à leur disposition. La coopération allemande GIZ nous a appuyé pour la production des fourragères consommées par les animaux. C’est le moment de la récolte et nous allons continuer à produire les herbes consommées par les troupeaux en saison pluvieuse et nous les stockons de sorte que pendant la saison sèche, les animaux peuvent se nourrir convenablement et disposer de l’eau à côté. Ces types d’ouvrages seront réalisés dans 4 arrondissements où la présence des éleveurs est remarquable.

Parlez-nous un peu de vos difficultés…
Le manque de formation de la jeunesse est une grosse difficulté. Aussi, la population est peu informée d’où la nécessité de la radio communautaire. Car si les choses que nous faisons ne sont pas bien expliquées, nos mandants ne comprendront pas grand-chose. La mentalité dans la commune c’est que la richesse sera apportée par ceux qui les dirigent. Nous voulons leur faire comprendre que ce sont les populations elles-mêmes qui sont appelées à produire la richesse pour être épanouies.

Abordons brièvement les questions politiques. Entre Patrice Talon et un autre candidat, qui choisirez-vous en 2021 ?
Lors de sa visite dans notre commune, sur l’une des affiches posées, il était mentionné ceci : « Patrice Talon, pour 2021, Djidja a déjà avisé ». Il est notre candidat. Ce qu’il nous reste à faire maintenant, c’est de poursuivre la mobilisation.

Les populations ont-elles validé ce choix ?
Ce choix est entièrement partagé par les populations tout simplement parce que depuis les indépendances, il a été posé plus de deux fois la pierre de réalisation du bitumage de l’axe Abomey-Djidja. Mais Patrice Talon l’a simplement promis en tant que candidat. Au lendemain de son élection, sa promesse a été honorée. Cela seul suffit pour que les populations soient de son côté car il est un homme de parole.
Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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