Entretien avec Jacques Ayadji, président du parti Moele-Bénin : « L’opposition est nécessaire dans une démocratie »

Moïse DOSSOUMOU 14 février 2020

Ingénieur des travaux publics, ancien responsable de syndicat, Jacques Ayadji a fait l’option d’entrer en politique. Soutien du chef de l’Etat, le directeur général des infrastructures n’a pas voulu composer avec d’autres partis politiques. Sur la base de ses convictions, il a, avec le précieux concours des siens, porté sur les fonts baptismaux, le Mouvement des élites engagées pour le développement du Bénin (Moele-Bénin). A travers ces lignes, il fait le point des acquis politiques à l’actif de son creuset, évoque les coups bas et les attaques dont il est victime avant de se focaliser sur les municipales et communales de mai 2020.

Pourquoi Moele-Bénin ?
Il fallait que Moele-Bénin existe. Il faut que la réforme du système partisan engagée par le président de la République puisse contribuer à un renouvellement progressif du personnel politique. Il faut que cette réforme se fonde sur un ancrage idéologique. Puisque nous n’avons pas observé cela au niveau des chapelles politiques qui sont sur la place, nous avons décidé de créer ce creuset fait majoritairement de jeunes et de femmes, sans oublier que tous les Béninois, quels que soient leur âge se retrouvent dans ce parti. Moele-Bénin a été créé pour donner du sens à la réforme du système partisan.

Pourquoi avoir choisi cette dénomination ?
Nous sommes partis de la moelle épinière qui est la source nourricière du corps humain et nous avons voulu créer une formation politique qui sera la source nourricière du développement de notre pays. Nous souhaitons être pour le Bénin ce que la moelle épinière représente pour le corps humain.

La dénomination du parti donne l’impression qu’il s’agit d’un parti d’élites et non de masses…
Il ne faut pas comprendre l’élite comme « Akowé » (intellectuel ou cadre en langue fon). L’élite, c’est nous tous, c’est le Bénin en miniature basé sur la compétence, l’efficacité, l’intégrité. On n’a pas besoin d’être bardé de diplôme avant d’être considéré comme faisant partie de l’élite. Lorsque vous êtes la vendeuse de riz du coin et que vous le faites correctement, on peut vous considérer comme une élite. Sur le plan artistique par exemple, ne me dites pas que Gbèzé, chantre de la musique traditionnelle n’est pas une élite au Bénin. Pourtant, ce n’est pas évident qu’il ait fait de hautes études. Nous autres aurions souhaité que la composition de l’Assemblée nationale soit différente de la configuration actuelle. Nous aurions souhaité que toutes les catégories socio-professionnelles soient représentées au parlement. Donc, le sens que nous donnons à l’élite, c’est la compétence et l’efficacité. On peut être paysan et être une élite en termes de rendement ou de productivité.

Pourquoi avoir choisi de faire cavalier seul au lieu d’intégrer l’un des deux blocs voulu par le chef de l’Etat dans l’esprit de la réforme du système partisan ?
Nous ne faisons pas cavalier seul. Ce n’est pas prudent de mettre tous ses œufs dans un même panier. Ne voulant pas prendre ce risque, nous proposons un autre panier à côté qui est uniquement rempli d’œufs sains. Nous sommes le meilleur soutien du chef de l’Etat aujourd’hui parce que nous ne faisons pas et ne ferons pas de chantage.

Qu’est-ce qui vous fait dire que vous êtes le soutien le plus loyal ?
Il suffit de voir notre comportement sur le terrain. Les partis politiques qui disent soutenir le chef de l’Etat nous attaquent constamment sur le terrain, intoxiquent les populations et pourtant nous ne réagissons pas. C’est notre loyauté envers le chef de l’Etat qui fait que nous adoptons cette posture pacifique. Ce n’est pas normal que ceux qui se réclament de l’écurie du chef s’offrent en spectacle sur le terrain. Nous nous abstenons de réagir par respect et loyauté vis-à-vis du chef de l’Etat malgré les intimidations, les chantages et les affectations punitives que subissent nos militants. Pas plus tard que ces derniers jours, pour démobiliser nos militants, il y en a qui racontent partout que le chef de l’Etat a décidé d’éliminer tous les partis et qu’il n’en restera que deux pour les élections. Par conséquent, ils disent que ce n’est pas la peine que nos militants soient candidats sur nos listes parce que les dossiers du parti ne seront pas validés. Est-ce qu’on peut être loyal envers le chef de l’Etat en tenant un tel discours alors qu’il a publiquement souhaité que tous les partis participent aux élections ? Et les décisions prises récemment par le Conseil des ministres prouvent à suffisance la sincérité des déclarations du président de la République. De notre position, nous avons pu observer que des instructions ont été répercutées sur le ministère de la justice afin que les casiers judiciaires soient délivrés avec célérité. Les instructions ont été également données aux préfets pour que les maires soient prompts à délivrer systématiquement les certificats de résidence aux candidats. La même démarche est observée au niveau du ministère des finances quant à la délivrance rapide du quitus fiscal par les services des impôts quitte à ce que les bénéficiaires régularisent leur situation plus tard. Lorsque vous avez un chef qui est dans cette dynamique d’apaisement du pays et que vous allez intoxiquer les populations, c’est que les intéressés ne lui rendent aucun service.

A vous écouter, ce n’est pas la lune de miel entre Moele-Bénin et les autres partis de la mouvance…
Nous autres avons fait l’option de la loyauté au lieu de nous offrir en spectacle. Nous avons l’ambition de gagner dans les urnes. Nous sommes convaincus qu’aucune chapelle politique, même majoritaire, ne peut à elle seule avoir les idées pour gérer une commune. Donc il faut se comporter de façon à ce que, après les élections, on puisse se remettre ensemble pour construire nos communes. C’est pourquoi nous évitons d’avoir des postures déplacées qui rendront difficiles la cohabitation plus tard. Nul n’a le monopole de la science infuse. Aucun parti politique à lui seul ne peut avoir toutes les idées, toutes les capacités pour gérer une commune.

Puisqu’on parle déjà des communales, comment préparez-vous ces échéances ?
Nous préparons ces élections avec beaucoup de méthodes et de minutie. Aujourd’hui, nous sommes à l’étape des prétendant à la candidature. Tout se passe très bien. Vous verrez au soir du 17 mai ce que représente Moele-Bénin sur l’échiquier politique national.

Etes-vous suffisamment enraciné dans le pays pour avoir des candidats dans les 546 arrondissements ?
Je puis vous dire que nous sommes aujourd’hui, sans fausse modestie, le parti le plus structuré, le plus organisé et le plus représenté sur l’ensemble du territoire. Ceux qui intoxiquent nous voient venir et craignent pour eux-mêmes.

Puisque vous n’avez encore jamais participé à une élection, qu’est-ce qui fonde vos prétentions dans les urnes ?
Nous sommes le parti des jeunes et des femmes et nous ne voulons plus donner mandat à des tiers pour gérer le pays à notre place. Les jeunes veulent aller eux-mêmes autour de la table de décisions. Depuis le renouveau démocratique, il y a un comportement qui consiste à sous-traiter certaines responsabilités avec des gens qui se maintiennent coûte que coûte. Le moment est venu de mettre fin à cela. Ceux qui sont là aujourd’hui et qui pensent que nous sommes jeunes et que nous devons attendre notre tour ont aussi commencé très jeunes. Si à 40, 45 ou 50 ans, on vous traite de jeune, c’est qu’il y a un problème. Ceux qui se maintiennent malgré l’âge doivent leurs suffrages aux jeunes. Ces derniers ont décidé maintenant de s’attribuer eux-mêmes leurs propres suffrages et il n’y a pas de raison que ces jeunes ne gagnent pas dans les urnes. C’est cela qui va aboutir au renouvellement progressif du personnel politique. On ne dit pas qu’on n’a pas besoin des anciens, mais il faut un savant dosage entre anciens et moins anciens.

Quelles sont les ressources de Moele-Bénin ?
Nous sommes le seul parti au Bénin où la volonté d’adhérer ne suffit pas pour être membre du parti. Vous devez payer. Initialement, les droits d’adhésion étaient fixés à cinq mille francs cfa. Mais à Abomey, le 2 novembre dernier, à l’occasion de notre congrès extraordinaire, nous avons revu le montant à deux mille francs cfa. Donc tous les militants de Moele-Bénin qui ont leurs cartes de membres ont payé leurs droits d’adhésion. En dehors de ça, il y a les cotisations fixées à mille francs cfa par militant. Tout ceci constitue déjà une cagnotte. Evidemment, nous avons des mécènes qui nous accompagnent de temps à autre. C’est avec ces ressources que nous avons implanté notre siège national. Bientôt, les sièges départementaux seront une réalité. C’est avec ces mêmes ressources que nous organisons nos activités. Dieu sait que le parti politique qui a le plus animé la vie politique ces 12 derniers mois, c’est Moele-Bénin. Aujourd’hui, c’est parce que des élections sont en vue que vous notez ce regain d’activités au niveau de tous les partis. Après les élections, vous verrez que ce sera un calme plat jusqu’à la prochaine échéance. Mais Moele-Bénin sera toujours présent. Vous avez constaté que nous faisons beaucoup de formations. Nos militants surtout les plus jeunes ont été formés à l’entrepreneuriat afin de se prendre en charge. L’autre motif de fierté pour nous, c’est que nous sommes le seul parti au Bénin qui dispose d’une application téléchargeable sur play store. Nous n’avons pas dépensé des millions pour réaliser cette prouesse. En notre sein, il y a la compétence et ce sont nos militants qui ont conçu cette application qui fait notre fierté.

Quelle est votre opinion de l’opposition actuelle ?
Dans une démocratie, il ne faut pas seulement qu’il y ait des soutiens du pouvoir. Lorsque vous êtes dans l’action, vous avez besoin d’un regard critique extérieur pour recadrer certaines choses. On peut se tromper de bonne foi. Dans ces conditions, une opposition est nécessaire. Malheureusement, nous avons une opposition désordonnée parce que réduite à des guerres de personnes. Lorsque vous êtes dans ce cycle, vous ne pouvez pas contribuer efficacement à l’amélioration de la gouvernance dans le pays. Il nous faut une opposition d’idées et de principes. J’aurais aimé voir une opposition forte, structurée qui critique et qui propose. Hélas, je n’observe pas cela. Dans une ancienne vie, nous avons joué ce rôle-là. Je souhaite que progressivement, la réforme du système partisan qui a accouché d’une loi portant statut de l’opposition puisse favoriser l’émergence d’une opposition dynamique et structurée. Une opposition responsable peut aider un gouvernement responsable à rectifier des erreurs commises de bonne foi.
Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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