Entretien avec le président par intérim de l’Asnap du Benin, Timothée Adanlin : « …L'Assemblée Nationale doit légiférer en tenant compte de toutes les forces de la Nation »

Karim O. ANONRIN 11 septembre 2019

Les membres de l’Association des anciens parlementaires du Bénin (AsNap-Bénin) travaillent actuellement pour l’avènement d’un statut pour ceux qui ont une fois siégé au Parlement depuis l’indépendance du Bénin jusqu’à l’avènement du renouveau démocratique en passant par la période révolutionnaire. Dans un entretien accordé à votre journal, à la faveur d’une tournée qu’elle effectue à travers le pays et qui l’a conduit à Porto-Novo il y a quelques jours, le président par intérim de l’AsNap-Bénin, Timothée Adanlin, est revenu sur les difficultés que vivent la plupart des anciens parlementaires du Bénin, les actions menées pour une reconnaissance juridique de cette catégorie des enfants du Bénin et des actions en vue. Pour lui, il est temps que l’on en finisse une fois de bon avec la discrimination à l’encontre des Commissaires du peuple qui siègent à l’Assemblé nationale révolutionnaire (ANR) comparativement aux anciens députés.

Vous êtes le président de l’Association des anciens parlementaires du Bénin (AsNap-Bénin). Vous effectuez une tournée nationale depuis quelques jours et vous venez de boucler celle de Porto-Novo. Pourquoi cette initiative ?
Nous sommes à la 11ème étape d’une tournée que l’Association nationale des anciens parlementaires du Bénin a entreprise à travers le pays. Nous avons déjà parcouru tous les départements du pays du Nord au Sud en passant par le Centre. Je dois préciser que c’est dans les chefs-lieux des départements que nous nous rendons pour rencontrer les anciens députés et anciens commissaires du peuple pour les entretenir sur les activités de notre association tout en recueillant leurs différentes préoccupations. Lorsque nous arrivons à une étape, nous ne manquons pas d’aller faire nos civilités aux chefs de terre à savoir le Maire et le Préfet pour marquer notre arrivée.

Dites-nous de façon précise, les sujets abordés au cours de ces tournées.
Comme je le disais tantôt, il s’agit pour nous de nous rapprocher de nos mandants ; c’est-à-dire les anciens députés et anciens commissaires du peuple que nous représentons au sein du bureau exécutif de l’association. Nous considérons comme anciens parlementaires, tous ceux qui ont contribué à doter le pays des lois qui le régissent depuis l’indépendance de notre pays jusqu’à la dernière législature et qu’on appelle anciens députés sans oublier ceux qui ont pris part à l’Assemblée nationale révolutionnaire qu’on appelle les Commissaires du peuple. Nous allons dans les départements pour rencontrer les bureaux départementaux qui nous font des rapports. Nous donnons la parole à chaque ancien parlementaire qui nous fait part de ses ressentiments. Néanmoins, nous avons retenu 3 thèmes de réflexion. Le premier thème porte sur comment ils vivent nos activités avec un accent sur leurs attentes et leurs contributions pour l’amélioration de la vie de ladite association. Le deuxième thème porte sur comment ils sont traités par les autorités politico-administratives au cours des cérémonies officielles. Etant donné que nous-mêmes, nous voulons jouer un rôle dans le développement de la Nation, nous allons recueillir leurs propositions sur le rôle des anciens parlementaires pour l’essor du tourisme dans le pays. Nous n’obligeons surtout personne à développer les 3 thèmes. Enfin, nous apportons des réponses à leurs préoccupations.

Après avoir recensé les préoccupations et les propositions des anciens parlementaires sur les 3 thématiques, quelle est la prochaine étape ?
D’abord, il y a un problème fondamental que nous tenons à régler en notre sein pour finir avec les disparités que certains veulent faire entre anciens députés et anciens commissaires du peuple. Nous y tenons beaucoup. Ensuite, il y a le problème de la place que devraient occuper les anciens parlementaires aux yeux de la Nation. Ces problèmes ne seraient réglés que si une loi portant statut des anciens parlementaires était adoptée par l’Assemblée nationale.

Comment tout ceci est arrivé ?
Vous savez, tout le monde n’est pas devenu parlementaire de la même manière. Les Commissaires du peuple étaient dans les mêmes conditions de travail dans la mesure où c’est le régime révolutionnaire qui les sélectionnait par catégories socioprofessionnelles. Ils travaillaient gratuitement pour leur pays. J’en suis témoin parce que j’avais des proches qui étaient membres des différentes législatures de l’Assemblée nationale révolutionnaire. Par la suite, à la faveur de l’avènement du renouveau démocratique, nous avons eu les députés qui perçoivent jusqu’à ce jour des indemnités. Mais lorsque vous les prenez tous ensemble, ce sont des gens qui ont servi à un moment donné de notre histoire leur pays. Donc, nous pensons que ce sont des gens qui méritent que la Nation leur renvoie l’ascenseur d’une manière ou d’une autre. Les difficultés ne manquent pas qu’il s’agisse des anciens commissaires du peuple ou des anciens députés, mais elles sont beaucoup plus ressenties dans le rang des commissaires du peuple.

A propos de la loi portant statut des anciens parlementaires dont vous parlez, quelles sont les démarches que vous avez déjà menées ?
L’Assemblée nationale, 7ème législature devrait déjà voter cette loi. Voici ce qui s’est passé. Depuis la 4ème législature, nous savons que les députés eux-mêmes avaient décidé de doter les anciens présidents de la République d’un statut, les anciens présidents d’institution d’un statut, les anciens parlementaires d’un statut et autres. Une législature a voté la loi portant statut des anciens présidents de la République et les députés de cette législature ont laissé les autres. L’Assemblée nationale, 7ème législature a repris le dossier et a décidé de faire un statut pour que les anciens présidents d’institution. C’est ainsi que nous avions plaidé pour les anciens parlementaires soient pris en compte. Le dossier a été affecté à la Commission des lois, de l’administration et des droits de l’homme de la 7ème législature. Le travail a été fait en commission avec nous jusqu’à ce que le dossier est arrivé en plénière. C’est là que tout a capoté. En plénière certains députés ont estimé qu’il ne fallait pas mélanger le statut des anciens présidents d’institution et celui des anciens parlementaires. Nous avons accepté en suggérant que l’on fasse pour les anciens parlementaires à part. A notre grande surprise, certains députés ont encore posé des problèmes en évoquant la situation des anciens commissaires du peuple qui, selon eux, ne devraient pas être pris en compte. On en était là au point où les deux lois, aussi bien celle des anciens présidents d’institution que celle des anciens parlementaires n’ont jamais été votées.

Qu’en est-il de la situation de la distinction des anciens parlementaires dans l’Ordre national du Bénin ?
J’ai été membre de l’Assemblée nationale, 1ère législature après avoir été membre du Haut Conseil de la République et membre du présidium de la Conférence des forces vives de la Nation. Lorsque le régime du Parti de la révolution populaire du Bénin a fait son travail jusqu’à l’approche de la Conférence nationale, le président Mathieu Kérékou et ses proches collaborateurs ont senti que s’ils ne faisaient rien pour les anciens Commissaires du peuple, ils seraient laissés pour compte à l’avènement du renouveau démocratique. A l’époque, une loi a été votée à l’Assemblée nationale révolutionnaire pour attribuer des distinctions honorifiques à tous les anciens parlementaires de l’époque selon les catégories dans lesquelles ils ont été élus. Là aussi, une disparité est apparue. Lorsqu’on vous distingue dans l’Ordre national du Bénin, cela vous confère des avantages sur votre salaire si vous êtes fonctionnaire de l’Etat. Mais le paysan, sur quoi va-t-on lui faire des avantages ? Dans la même dynamique, le président Mathieu Kérékou avait pris un texte pour faire bénéficier des indemnités forfaitaires à ceux qui n’étaient pas fonctionnaires de l’Etat. Malheureusement, il n’avait pas pris de décret d’application de ce texte si bien que ceux-là n’ont jamais rien perçu. Maintenant que le renouveau démocratique est arrivé et qu’il était question de prendre des lois portant les statuts des membres des institutions de la République, il a été proposé la réception de tous les députés dans l’Ordre national du Bénin au grade de Commandeur sans plus penser aux Commissaires du peuple. Nous pensons qu’il faut relire cette loi pour accorder les mêmes avantages à tous ceux qui sont parlementaires et anciens parlementaires depuis l’indépendance du Bénin jusqu’à nos jours.

Au-delà de l’honneur, de la reconnaissance pour le service rendu à la Nation, vos actions au sein de l’AsNap-Bénin, croyez-vous que c’est encore important de dépenser l’argent du contribuable aux anciens députés ?
Cette question est grave. Nous sommes dans un état de droit et s’il en est ainsi, l’Assemblée nationale doit légiférer en tenant compte de toutes les forces vives de la Nation. Même si nous ne siégeons plus au Parlement, nous avons notre mot à dire pour avoir été au moins une fois représentants du peuple. Conformément aux objectifs visés en créant l’Association des anciens parlementaires du Bénin depuis 2002, nous estimons qu’après avoir épuisé son mandat de député, ce n’est pas bon qu’un parlementaire retourne chez lui et se taise avec toutes ses expériences acquises au Parlement. Comme on le dit, député un jour député toujours. Certes, vous quittez les fonctions de législateur et de contrôleur de l’action gouvernementale, mais le peuple qui vous avait élu voit toujours en vous son représentant valable. Vous ne pouvez donc pas rompre les liens avec ce peuple. Mieux, vous devez continuer à prendre langue avec ce peuple quitte à verser ses préoccupations à d’autres députés en fonction.

En tant qu’ancien parlementaire, est-ce qu’il vous est déjà arrivé de conseiller un député en fonction ou même un président de l’Assemblée nationale en fonction ?
Individuellement, chacun peut faire ce qu’il veut. Mais nous considérons d’abord les actions de l’association qui est un regroupement de personnes ressources pouvant encore donner.

Je reprends ma question. Est-ce que l’ancien député Timothée Adanlin a déjà une fois conseillé un député en fonction ?
Et comment ! Dans notre pays, il y a une mentalité qu’il faut abolir et qui veut que dès que quelqu’un n’est plus aux affaires, il faut le ranger aux oubliettes. C’est une erreur. L’ancien député Matthieu Fassinou, nous a dit que malgré le poids de l’âge et le nombre d’années à la retraite politique, les gens continuent de venir le consulter même venant de l’extérieur du pays. C’est la même chose en ce qui me concerne. Il y a des députés qui viennent toujours me voir pour tel ou tel autre conseil.

Tout récemment, vous avez rencontré le nouveau président de l’Assemblée nationale, Louis Gbèhounou Vlavonou. Après les échanges avec ce dernier, est-ce que vous avez espoir que vos attentes au niveau du Parlement du Bénin trouveront bientôt des réponses ?
Je connaissais personnellement le président Louis G. Vlavonou comme je connaissais presque tous ceux qui sont passés à la tête de notre Parlement depuis l’avènement du renouveau démocratique. Quand nous l’avons rencontré, grande a été notre joie de constater le degré de considération qu’il nous a accordée. Par humilité, il a commencé par nous dire que quand il voit des gens comme nous, cela lui rappelle sa jeunesse au moment où il ne savait pas qu’il serait aussi un jour parlementaire. Ensuite, nous lui avons présenté nos doléances en lui disant ce qu’on attend de lui. En réponses, il nous a dit qu’il a des gens qui ont pris note et qui vont lui faire un rapport, mais qu’il attend de nous un mémorandum point par point. Il a promis travailler sur ce mémorandum que nous avons déjà transmis. Par ailleurs, nous lui avions déjà annoncé cette tournée que nous sommes en train de boucler et que nous reviendrons le voir. Nous espérons beaucoup du Parlement, 8ème législature. L’un des nôtres est même son Directeur de cabinet.

Quel appel avez-vous à l’endroit des anciens parlementaires qui hésitent encore à rejoindre l’AsNap-Bénin ?
Je suis un ancien syndicaliste. Dans l’action syndicale, vous travaillez pour tout le monde, mais c’est seulement quelques travailleurs qui militent avec vous. Vous pouvez même déclencher une grève et certains travailleurs ne vont pas suivre le mouvement. Lorsqu’au bout de la grève, vos revendications trouvent un écho favorable, c’est tous les travailleurs y compris les boycotteurs qui en jouissent. Par rapport à l’AsNap-Bénin, nous n’espérons pas que tous les anciens parlementaires nous rejoignent. Nous espérons plutôt que tous les anciens parlementaires jouissent un jour d’un statut. Des gens sont allés jusqu’à nous dire qu’ils voient bien ce que nous faisons, mais qu’ils n’ont pas ce temps à perdre parce qu’il n’y a pas d’argent dedans. Nous ne leur en voulons pas.

Et à l’endroit des parlementaires actuellement en fonction.
A l’endroit des députés à l’Assemblée nationale, 8ème législature, je dirai qu’ils sont des anciens parlementaires de demain. Nous leur disons de préparer leur avenir en dotant le pays d’une loi portant statut des anciens parlementaires. En le faisant, ils rendront service à toute la Nation.

Quels sont les moyens dont dispose aujourd’hui l’AsNap-Bénin pour son fonctionnement ?
Nous bénéficions d’une subvention de l’Etat inscrite chaque année dans le budget de l’Assemblée nationale. C’est le lieu pour moi de remercier le président de l’Assemblée nationale, 8ème législature, Louis G. Vlavonou, grâce à qui, l’AsNap-Bénin a été rétablie dans ses droits après avoir été privée de dotation pendant près d’un an au cours de la 7ème législature.

Les perspectives
En matière de perspectives, nous allons poursuivre nos activités au sein du bureau exécutif en restant à l’écoute de tous les anciens parlementaires. Mais nous avons un projet pour l’année prochaine. Il s’agira de rendre hommage à certains enfants de ce pays. Le premier à qui nous pensons est le Général Mathieu Kérékou, qui a facilité l’organisation et la tenue de la Conférence nationale. Nous pensons également à Monseigneur Isidore de Souza qui a présidé les travaux de ces assises
Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





Dans la même rubrique