Entretien avec Marcel Baglo, Directeur de l’Abegief : « Chaque ministère sectoriel doit accompagner la sécurisation des espaces frontaliers »

Adrien TCHOMAKOU 7 juin 2019

Quel est l’objectif de cette conférence de presse ?
« On n’envisageait pas lancer cette mobilisation au profit des espaces frontaliers, parce que nous avons remarqué que, dans les espaces frontaliers, la pauvreté est telle que, malgré tous les efforts que nous faisons, nous n’arrivons pas à résorber de façon importante cette pauvreté. A titre d’exemple, ce n’est pas rare de voir qu’il y a encore énormément de secteurs où il n’y a pas d’eau. Malgré ce que nous voulons pour les écoles, il n’y a pas de logement pour les enseignants. Donc, ils font des milliers de kilomètres pour y aller. Avec la nouvelle réforme de la santé, beaucoup de centres de santé qui servaient de mouroir à nos populations, ont fermé. Donc, les populations retrouvent la santé. On est aujourd’hui dans une urgence qui fait qu’on est obligé de crier SOS. Nous avons demandé de l’aide, parce que nous nous retrouvons dans une sous-région complètement déstabilisée par l’extrémisme violent. Cet état de choses trouve son lieu de confort dans les zones les plus déshéritées. Or, nous avons des secteurs entiers qui sont isolés de notre pays pendant 5 mois dans l’année. Quand il pleut de Juin à Novembre à Ogamoin, nous ne pouvons pas aller visiter nos frères qui sont de l’autre côté. La seule sortie qu’elles ont, c’est vers le Nigeria. Toutes ces eaux sont complétement tournées vers le pays voisin. Et le sentiment d’appartenance au Bénin est assez faible. Nous souhaitons que tous les Béninois fassent un plan Marshall pour cette zone. Il faut que chacun choisisse de faire un geste pour ces espaces géostratégiques et très sensibles de notre pays. C’est l’objectif de notre appel et de notre mobilisation pour ces espaces frontaliers. Si on ne fait rien, d’autres viendront investir dans ces espaces. Ceux qui viennent investir, ce sont des terroristes. Aujourd’hui, on a vu ce qui se passe à l’Est du Burkina Faso. Les populations ont crié tout le temps en disant qu’elles n’ont ni école, ni eau... Pourtant, elles dorment sur de l’or. Parce qu’il y a des zones d’orpaillages. Ces richesses que l’Etat n’exploite pas sont exploitées par les terroristes pour financer le terrorisme. Ils ont assez de ressources pour prendre en charge nos compatriotes que nous laissons dans la pauvreté extrême. Pour éviter cela, il faut que chaque Béninois se sente responsabilisé.

Comment peut-on contribuer à cette mobilisation ?
La contribution à cette mobilisation est en nature. Nous avons souhaité que chacun décide de faire quelque chose pour ces zones. Même si c’est 500 Fcfa, ça peut acheter les cahiers, bics et crayons. Ceux qui ont des ressources pour construire des maisons et des écoles sont également les bienvenues. Nous allons négocier avec les maires pour que les chefs d’arrondissements gèrent les frontières poreuses, les écoles et autres. Il faut que les gens qui seront affectés soient logés dans un confort acceptable pour travailler. Parce que le gros problème qu’on a, c’est que, même quand on envoie les agents dans ces zones, ils ne savent pas où dormir. Et comme ils n’ont pas appris à dormir sous l’arbre ou dans d’autres conditions peu orthodoxes, il font tout pour repartir. Cela fait que les frères qui sont là-bas sont sans éducation. Et souvent, ils finissent dans des choses qu’on ne souhaite pas. Et on pense que c’est eux qui ont tort, alors que c’est nous qui avons tort de ne pas bien les éduquer. C’est pour cela que nous prions tous nos compatriotes de faire quelque chose pour ces espaces. Ce n’est pas de l’altruisme. Ce qu’ils font permet de protéger aujourd’hui notre pays. Le Burkina-Faso était reconnu comme la destination en Afrique de l’Ouest pour les touristes. Aujourd’hui, il n’y a plus personne…. »





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