Fcbe-Les Démocrates : le duel à distance

Moïse DOSSOUMOU 14 décembre 2021

Ça a tout l’air d’une coïncidence. En réalité, c’est un véritable marquage à la culotte. Bien qu’ils continuent de se tirer dans les pattes, les ténors de la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) et ceux du parti Les démocrates ne se donnent aucun répit. Le weekend-dernier, les anciens amis devenus adversaires politiques, alors que paradoxalement, ils se réclament tous d’une même famille politique, se sont offerts un combat à distance. Eprouvé et fragilisé à des degrés divers, chaque camp a essayé de colmater les brèches en faisant le rappel de la troupe. A Dassa comme à Cotonou, le lead de l’opposition au régime de Patrice Talon a été revendiqué.

Fcbe, le sursaut d’orgueil
Chef de file de l’opposition, Paul Hounkpè, Secrétaire exécutif national de la Fcbe veut assumer son rôle. En congrès à Dassa, face aux responsables et délégués du parti, il s’est offusqué du non-respect de la réforme du système partisan. En effet, au terme des débats, ce creuset a dénoncé « avec véhémence, le plan de déstabilisation savamment orchestré par les partis de la mouvance à travers le débauchage systématique des Conseillers Fcbe en vue d’instituer des Conseils communaux monocolores après le parlement monocolore ». Il n’en fallait pas plus pour que cette formation politique « se désole du non-respect de l’esprit de la réforme du système partisan par leurs géniteurs ». Sur un autre registre, le parti appelle au respect des textes de la République par le Conseil Electoral pour des élections libres, transparentes, équitables et inclusives. Il insiste en outre sur le caractère impartial dont doit faire preuve cet organe afin de restaurer son image d’antan et de faire du Bénin un véritable pays démocratique. Dans tous les cas, les congressistes ont invité les responsables à prendre toutes les dispositions nécessaires pour une participation effective à toutes les élections futures à commencer par les législatives de 2023. Autre décision majeure, le siège vacant laissé par Boni Yayi depuis sa démission a désormais un nouvel occupant. Alassane Soumanou Djimba a été désigné pour enfiler le costume du président d’honneur du parti.

Opposants ou rien
Au même moment, le parti Les Démocrates organisaient à son siège à Cotonou, son premier conseil national extraordinaire. « Le Conseil National de ce jour…s’ouvre à la date anniversaire de l’obtention de notre récépissé le 11 décembre 2020 et à la date historique de la promulgation de la Constitution du 11 décembre 1990. Le hasard du calendrier suggère que la providence agit pour notre Parti qui s’est inscrit dans la logique de l’esprit de consensus qui a guidé les travaux de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. C’est la raison pour laquelle nous appelons à chaque instant au consensus qui a prévalu lors de ces assises nationales. En conséquence, dans le contexte actuel, nous réitérons notre vœu d’un dialogue politique national pour créer les conditions d’un vivre-ensemble plus harmonieux ». Le décor ainsi planté par Eric Houndété, président du parti, place a été faite à l’essentiel. « Notre appartenance à l’opposition dans le contexte actuel est une lourde responsabilité autant qu’elle nous impose des défis. Nous faisons de ces défis notre combat pour la restauration de la démocratie, l’Etat de droit, les droits humains et l’amélioration du panier de la ménagère éprouvé par de nombreuses mesures économiques et sociales inqualifiables et difficilement soutenables par nos concitoyens…Il s’agira, entre autres, d’examiner ensemble les modalités pour faire des législatives de 2023 une élection inclusive, transparente, équitable et paisible et donc victorieuse ». A ce propos, le communiqué final exhorte les dirigeants à engager avec les autres partis « se réclamant de l’opposition réelle », le dialogue nécessaire pour une alternance démocratique. Allusion à peine voilée au parti Fcbe et à d’autres qui ne sont pas vus d’un bon œil par Les Démocrates.

Des points de convergence malgré tout
En dépit des incessants tiraillements dont ils se nourrissent, les deux camps semblent accorder leur violon sur un point : la remise en liberté de Joël Aïvo et Réckya Madougou après leur condamnation. De son côté, Paul Hounkpè a demandé la clémence du chef de l’Etat pour ces deux candidats de l’opposition recalés à la présidentielle de 2021. Chez Eric Houndété, comme on peut s’en douter, le ton est plus amer. « Nos pensées vont à l’endroit de tous ceux qui sont détenus dans les prisons. Nos pensées vont surtout à l’endroit des camarades condamnés dans les dossiers Reckya Madoudou et Joël Aïvo pour qui nous nourrissions l’espoir qu’ils recouvrent leur liberté. Mais hélas, l’issue des procès auxquels nous venons d’assister nous conforte à l’idée que notre justice est devenue expéditive. Malgré tout, nous continuons d’espérer que le génie béninois saura se manifester pour créer les conditions d’une réconciliation nationale ».





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