Fin annoncée du FCFA : L’ECO, une monnaie pile et face

Angelo DOSSOUMOU 24 décembre 2019

60 ans, toute une éternité à ployer sous le joug de l’impérialisme économique. Le réveil a été tardif mais, on retiendra qu’en dépit des appréhensions, en moins de trois ans de révolte panafricaniste, des kilomètres lumière sont en train d’être franchis. Pour l’essentiel, le FCFA, la monnaie coloniale sera très prochainement un mauvais souvenir. Tout au moins, dès 2020, plus question de 50% de nos réserves au trésor Français, d’un de ses représentants à la Bceao ou à la longue d’une monnaie dont le nom est simplement une insulte à l’intelligence africaine. Certes, la France restera encore garante de la convertibilité de l’Eco mais, les pays de l’Uemoa ont désormais leur destin en main. Car, avec les pays anglophones membres de la Cedeao notamment le Nigeria, la première puissance de l’Afrique, la voie est toute balisée vers le rêve d’une monnaie unique pour l’espace communautaire.
En plus, si les pays francophones de l’Afrique de l’ouest savent s’y prendre, ceux de la Cemac également rattachés aux bottes de la France par le FCFA, prendront très facilement le train de l’ECO déjà en marche. C’est bien possible et d’ailleurs, les francophones de l’Afrique centrale sont actuellement dans la même dynamique de prendre leur indépendance monétaire. Alors, imaginons la Cedeao plus la Cemac utilisant l’Eco, c’est l’ex guide libyen Mouammar Kadhafi et tous les panafricanistes tués au front pour leurs combats de libération du continent noir qui, de l’au-delà, seraient déjà fiers de tous ceux-là qui ont travaillé d’arrache-pied à reconquérir une fierté perdue en attendant mieux. Car, la finalité ne devrait jamais être l’Eco pour l’Afrique de l’ouest mais l’Eco comme monnaie unique pour toute l’Afrique. Et pour qu’il en soit ainsi, la jeunesse consciente, héritière des visions de Thomas Sankara, Modibo Kéita, Kwamé N’Krumah et Patrice Lumumba ne doit pas baisser les bras surtout que derrière une France qui fait des concessions jusqu’à une proportion, se cache certainement pour ne pas dire toujours, des intérêts qui ne valent plus la peine.

Un cadeau empoisonné
A ce sujet, l’analyste Constant Sinzogan attire l’attention des profanes en matière monétaire sur les raisons probables d’un acquiescement aussi rapide de la France à se départir d’une grande partie de ses prérogatives dans la gestion des monnaies de ses anciennes colonies. De ses arguments, on retient que contrairement à ce qui est projeté, la France n’avait plus aucun intérêt à garder les 50% de nos réserves puisque cela lui revenait trop cher par rapport à la tendance du marché. Pour être plus explicite, au terme des accords sur le FCFA, le pays d’Emmanuel Macron rémunère à hauteur de 0,75%, la détention sur ses comptes d’opération de la moitié des réserves de change du FCFA. De façon pratique, la France verserait chaque année au profit de la Bceao la bagatelle de 75 millions d’Euro d’intérêt soit environ 50 milliards de FCFA.
A présent avec la nouvelle donne où le crédit est non seulement disponible sur le marché financier international mais également, le taux d’intérêt à une tendance baissière pour des pays comme la France, la solution la plus pragmatique était de se débarrasser de nos réserves de change. Là, elle ne paiera plus les 75 millions d’Euro annuel à la Bceao et garde toujours cette possibilité de crédit à un taux préférentiel ce qui ne serait pas, pour le moment, le cas, des pays utilisant le FCFA. Il n’empêche qu’au-delà d’une perte, ce qu’il y a de plus fondamental, c’est la fierté de l’indépendance monétaire qui se dessine.

Une promesse qui cache des doutes
Du moins, la jeunesse panafricaine veut d’abord voir l’Eco débarrassée de l’influence de la France avant d’y croire. D’ailleurs, elle n’a pas du tout tort puisque jusqu’ici, l’agenda pour les funérailles du FCFA reste un mystère. Pour exemple, 2020 avait-on appris. Mais à l’allure des interventions des voix autorisées, le changement des billets CFA pour l’ECO pourrait prendre plus de temps que prévu. Et donc, il serait préférable que la mobilisation des défenseurs d’une monnaie unique pour la CEDEAO puis pour l’Afrique ne faiblisse point. Justement, avec ce vent panafricaniste qui souffle et qui déracine des pratiques impérialistes qui ont traversé le temps et l’espace, l’Union africaine devrait prendre la balle au bond pour fédérer les énergies. Mais, je sais que ce serait trop leur demander. Dommage que d’un grand enfant malade et qui feint ignorer ces maux, on ne peut espérer qu’une marche à tâtons.





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