Guy Constant Ehoumi, au sujet des communales de 2020 : « Il faut qu’il y ait 50% de femmes et 50% d’hommes »

Adrien TCHOMAKOU 12 mars 2020

Encore quelques heures, et ce sera la clôture du dépôt des dossiers à la Cena pour le compte des communales et municipales de mai 2020. A travers cette interview, Guy Constant Ehoumi, Expert en Communication et Gouvernance plaide pour un meilleur positionnement des femmes sur les listes des formations politiques.

Aujourd’hui la République du Bénin organise les élections communales. Comment voyez-vous le processus qui se déroule ?
C’est vrai que je m’occupe des questions de gouvernance et de gestion des affaires publiques. Le processus électoral tel que je le vois actuellement, de mon constat, le corps électoral a été convoqué à bonne date. Il y a bien longtemps que le gouvernement a décidé de quand est que nous devons faire les élections. La structure en charge de l’organisation des élections s’est mise à pied d’œuvre et nous avons depuis un certain temps constaté que la commission électorale nationale autonome a sorti son calendrier à bonne date. Elle est montée au créneau de façon clinique deux fois au moins pour préciser l’organisation telle que cela se fait. Je pense que la Cena a pris aussi des mesures pour former ceux qui devraient être les chevilles ouvrières de l’organisation à commencer notamment par le recensement des listes de candidature. Je crois que tout ce processus tel que cela se fait, tout va bien et il faut souhaiter que cela ailles jusqu’au bout.

On a constaté que les femmes se battent pour se faire une place en politique. Quelle est votre appréciation de cette dynamique ?
Je fais une bonne appréciation de cette dynamique. Il faut constater avec joie que nous quittons tout doucement la peur qu’il y avait au niveau de la gent féminine qui entre temps n’aimait pas s’approcher de la chose politique, ne voulait même pas laisser entendre sa voix. Mais depuis quelques années, les femmes s’y engagent et vous voyez qu’il y a beaucoup d’organisations non gouvernementales qui ont sensibilisé les femmes à cela, qu’elles soient lettrées ou pas. Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus dans nos campagnes et contrées les femmes s’y adonnent. Ce qui est à l’avantage du pays. Désormais, on constate que ceux pour qui on doit rendre des services publics sont conscients de ce qu’ils doivent venir pour dire leurs besoins. Quand vous voyez comment les femmes parlent, vous constatez réellement que depuis même la base où on organise en petites structures pour des activités génératrices de revenus, les femmes se forment à la gestion associative. De là, elles commencent par émerger pour prendre la parole au niveau des structures et des organisations plus élevées. C’est un tremplin pour aller à des rencontres de formation au niveau départemental. Les femmes intellectuelles pour la plupart trouvent qu’il faut aller prendre part à gestion des affaires de la cité. Je pense que c’est une bonne chose pour le Bénin.
L’idéal aurait même été que nous ayons à profusion car si vous voyez leur nombre, les femmes font plus de la moitié de la population béninoise. Si les femmes s’engagent de cette façon, cela est à saluer dans la mesure où nous sommes actuellement dans la dynamique des réformes. Et si nous pouvons avoir une réforme positive à ce niveau pour que les femmes puissent aussi arriver dans les structures de gestion des affaires de la cité, le Bénin en tirera grand profit.

Ne trouvez-vous pas que les femmes ont une bonne notion de la gestion des affaires publiques ?
On peut dire sans ambages qu’il est très rare d’apprendre qu’une femme a été interpellée pour motif de mauvaise gestion. Comme vous, j’ai aussi fait le constat que la femme gère mieux les ressources mises à sa disposition. C’est à l’actif de la gent féminine et c’est pour le bonheur de nous, peuple béninois. C’est cela qui m’amène à dire que c’est une bonne lecture. Il serait profitable pour nous de leur donner la chance d’être nombreuses à investir les pouvoirs de décision pour que nous puissions faire l’expérience de la gestion de la femme. Et ainsi, nous allons apprécier. Les hommes ont pu gérer jusque-là avec des résultats que nous voyons tout le temps, mais le constat est que les hommes sont toujours indexés, quand on parle de mauvaise gestion des ressources publiques. Il faut peut-être saisir la balle au bond pour donner la chance aux femmes pour de nouvelles expériences.

Nous sommes à quelques heures du délai de dépôt des dossiers à la Cena. Quelle doit être la partition des chefs de partis politiques pour que les femmes soient mieux positionnées ?
Des femmes ont été sensibilisées et même bien formées. Cela voudra dire ce n’est plus une génération spontanée. Il y a donc de la matière. C’est pourquoi je souhaiterais que le Bénin fasse à nouveau parler de lui. Si les gens doivent faire quelque chose de bien, ils doivent faire en sorte que les femmes soient très bien positionnées sur les listes. Il faut qu’il y ait 50% de femmes et 50% d’hommes. Il faut aussi que les femmes soient positionnées en alternance. Quand on met une femme tête de liste, il faut qu’on mette un homme et que la 3ème personne soit une femme. Ou si on fait d’un homme tête de liste, il faut que la 2è sur la liste soit une femme, la 3ème un homme, la 4ème une femme. Si on peut l’alterner de cette manière, je crois que nous aurons une liste de bonne facture. Si nous laissons les femmes gérer les affaires de la cité, je suis sûr que les guéguerres autour des domaines vont reculer. Si les projets prioritaires de certaines communes, qui autrefois étaient relégués au 2è plan, sont pris en compte et permettront une gouvernance équitable dans les communes, je crois que les choses iraient mieux. L’occasion est là. 24 heures suffisent pour le faire. Si les gens n’ont pas encore déposé les listes actuellement, le temps est encore favorable de mettre les femmes à la bonne position. Je plaide pour qu’en 24h même, au soir du mercredi 11 mars, ça soit une réalité. Les quelques heures qui restent suffisent pour que les responsables de partis puissent donner l’exemple.
Comme dans la dynamique des réponses, et je crois que c’est une réforme majeure. Mettre les femmes aussi au-devant de la scène, pour gérer la Cité. Mais quand on va commencer par le bas tout doucement, nous allons migrer pour que d’ici à la, on puisse avoir 50% d’hommes et 50 % de femmes au parlement, au gouvernement, dans les institutions de la République. Ainsi, vous allez voir que le Bénin sera un espace où on peut respirer mieux en ce qui concerne la bonne gouvernance. Il faut prendre des femmes bien formées. Je crois que la dynamique est là aujourd’hui, et il y a de la matière. Confions-leur la tâche, et attendons leurs résultats.

Le mois de Mars, c’est le mois de la femme. Ne pensez-vous pas que ce serait un beau cadeau que les chefs des Partis politiques puissent mieux positionner les femmes ?
Je ne pourrai parler de cadeau. C’est une injustice à corriger. Il faut corriger l’injustice. Les femmes vont retenir ça, que le 08 mars 2020, les chefs de partis politiques ont corrigé une injustice, en leur donnant des places qu’elles méritent. Les hommes et les femmes sont égaux. C’est vrai qu’on dit en droit, mais en tout normalement puisque c’est la nature qui a créé tout le monde de la même manière. Ça veut dire que l’homme a des droits, la femme aussi. Nous avons les mêmes droits. A partir de cet instant, c’est justice que de mettre les femmes en bonnes positions, en s’appuyant sur le 08 mars qui est une journée de célébration de la femme. Il faut leur donner cela, pour faire justice.

Un appel à l’endroit des acteurs politiques
Vous me permettrez de dire que l’occasion est là tout de suite. La question politique demande du temps. Il faut qu’elles s’engagent tout de suite. Aucune femme qui voudrait, ne doit être chez elle actuellement. Il faut aller sur les lieux où on décide, où on fait les listes, pour dire "nous pensons qu’il faut mettre les femmes à telle position. Il faut qu’elles s’engagent comme ça. Et si elles sont là, que les responsables des partis politiques puissent également faire ce pas en avant. Choisir les femmes qu’il faut, et les positionner à la place qu’il faut, pas pour gonfler les listes, pas pour faire le nombre, mais pour leur permettre vraiment d’accéder à la gestion de la chose publique à la base et que au soir des élections que nous puissions avoir un nombre important, voire 50% d’hommes, 50% de femmes, à défaut qu’on puisse avoir pour le départ 25% de femmes.
Propos recueillis par Adrien TCHOMAKOU





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