Héritage de la Rupture et gouvernance du Bénin : Arrêter ou continuer la dynamique ?

Angelo DOSSOUMOU 24 septembre 2020

Tout doucement le train de la Rupture s’en va rejoindre la gare de 2021. A l’horizon, elle paraît si loin et si proche selon qu’on en soit un passager ou à l’extérieur. Mais, une évidence : le train devra d’abord s’arrêter et ce sera au conducteur, le temps d’aviser et de définitivement fixer ses partisans et ses adversaires sur ses intentions. En attendant, il est à remarquer qu’au cours de ces quatre dernières années, Patrice Talon, le chantre du Nouveau départ s’est évertué à imprimer sa marque dans la gouvernance du Bénin. Si sur le plan politique, la révision de la Constitution et la réforme du système partisan sont ses chefs-d’œuvre, il apparaît aujourd’hui clairement qu’il y tenait pour assainir cet environnement et amener ses compatriotes à davantage concentrer leurs énergies sur le développement du pays. Evidemment, changer les veilles habitudes et faire entendre raison à l’ancienne classe politique réfractaire au braquage de ses intérêts n’ont pas été une mince affaire. D’ailleurs, c’est sur ce chantier que Patrice Talon a essuyé le plus de critiques.
Mais il a su faire le dos rond pour imprimer sa vision qui ne pourra être évaluée qu’à moyen et long termes. L’autre chantier délicat de sa gouvernance sur lequel le chantre du Nouveau départ a eu du mal à mettre tous ses compatriotes d’accord est celui du social et du panier de la ménagère. Avec la fermeture des frontières par le géant de l’Est, la gestion de la pandémie de la Covid-19, les poches de corruption et de facilité fermées et les activités commerciales au ralenti, les ceintures sont restées très serrées et il faudra un miracle pour qu’il en soit autrement avant la fin du mandat.

Plus de bien que de mal !
Par contre, au chapitre des bonnes nouvelles, le Programme d’actions du gouvernement (Pag) n’a pas été que du leurre. Ainsi, beaucoup de maquettes sont devenues réalité et grâce à l’asphaltage des rues, les principales villes du Bénin sous Patrice Talon brillent aujourd’hui de mille feux. Et pour qu’il en soit continuellement ainsi, il a également fallu redonner le sourire aux sceptiques d’une gouvernance avec la disponibilité de l’énergie à plein temps. Plus ou moins conjugué au passé avec l’arrivée au pouvoir du chantre du Nouveau départ, le délestage a trouvé sur sa route le bon suivi des projets Maria Gléta I et II. Il en est de même du secteur agricole notamment du coton, première culture de rente qui, en Patrice Talon a trouvé son maître et maintenu en vie une économie qui, faute de ressources minières ne peut essentiellement compter que sur l’agriculture et les services. Et relativement au dernier point, la propension de l’administration béninoise à se moderniser, à se départir des grèves perlées préjudiciables aux citoyens et à mieux servir les usagers ne fait aujourd’hui l’ombre d’aucun doute.
En somme, malgré les prouesses, à moins d’un an de la fin de son mandat, il est très difficile de savoir si ce bilan flatteur suffira pour que, si Patrice Talon se présente à nouveau devant les électeurs afin de briguer un second mandat, il soit porté en triomphe comme il l’a déclaré. Au Bénin, l’individualisme ou le ‘‘pour-soi’’ (en langue Fongbé : tché-djin-na-bi) est un paramètre d’appréciation et un déterminant qui pèse lourd dans la balance quant au renouvellement de la confiance à un dirigeant. Par conséquent, Patrice Talon qui s’est, durant ces quatre dernières années, appesanti sur des actions à portée générale au détriment du contentement des individus et personnalités politiques avec de fréquentes libéralités et de la démagogie devrait savoir à quoi s’en tenir.

Le développement du Bénin avant tout
Mais visiblement dans son agenda, il n’a que faire des ressentiments de ses détracteurs et de certains courtisans prêts, dès la tombée de la nuit, à lui faire des infidélités. Et pour cause, à analyser l’homme Patrice Talon, son idéal est de tracer les sillons d’un développement intégral du Bénin et de passer la main à une génération capable de pérenniser les acquis de son mandat qu’il a voulu, et peut-être le veut-il toujours, unique. Maintenant, puisque l’échéance s’approche et que la question taraude les esprits, 5 ans suffiraient-il ou faudra-t-il une rallonge pour s’assurer de la pérennité des acquis ? Malheureusement, Talon est le seul à détenir la réponse. Ce qui est sûr, son détachement pour le pouvoir reste visiblement intact et ce ne sont pas les sollicitions éparses de mouvements politiques qui lui feront changer d’avis. Alors, avec le chef de l’Etat béninois, autant s’attendre à tout surtout si c’est pour déjouer les pronostics et pousser encore plus dans le décor ses adversaires qui, à l’état actuel de l’animation de la vie politique nationale, n’ont non seulement pas fière allure mais aussi pour seul et unique programme de campagne la misère du peuple et les dérives d’un régime.
Pour toutes ces raisons, l’après 2021 peut bien et ceci de son propre chef se dessiner sans l’actuel locataire de la Marina. Dans ce cas de figure, pour la sauvegarde de l’héritage de sa gouvernance, le chantre du Nouveau départ fera l’impossible pour passer la main à un homme ou pourquoi pas à une femme de confiance, celui-là ou celle-là qui devrait avoir toutes les caractéristiques pour lui donner raison de tourner la page. A la prétention de ce privilège, ils sont nombreux et il suffira que Patrice Talon avise dans le sens d’une alternance à la Marina pour qu’ils se bousculent à ses pieds. Au nombre de ceux-ci, il y a de jeunes pousses aux dents longues et des hommes d’expérience. Dans le premier lot, il y a entre autres, l’actuel argentier national Romuald Wadagni ; celui que le magazine ‘‘Jeune Afrique’’ qualifie de la tête pensante de Patrice Talon à savoir Johannès Dagnon ; le nouveau maire de Cotonou, Luc Atrokpo sans occulter l’homme de confiance Olivier Bocco. Dans le second lot, les inusables Abdoulaye Bio Tchané et Pascal Koupaki peuvent, au cas où l’actuel locataire de la Marina opterait pour un départ, légitimement nourrir des ambitions présidentielles.

Alternatives pour la continuité
De toutes les façons, dans les calculs politiques pour l’après 2021 suivant différents paramètres légaux, financiers et stratégiques dont les parrainages sans oublier une opposition divisée et en difficulté, la tendance est beaucoup plus pour une continuité soit avec Patrice Talon soit avec un probable dauphin qui pourrait être dévoilé au moment opportun. D’une part, le système en place a, depuis 2016, déroulé sa stratégie pour qu’il en soit ainsi et d’autre part, pour que les détracteurs et les aventuriers aient du mal à rayer le moteur qui broient tout sur son passage. Mais, puisque le pouvoir est d’essence divine, la Rupture peut vouloir d’une chose pour l’après 2021 et à l’arrivée, ce sera le contraire. Le souvenir de ‘‘l’après nous, c’est nous’’ est encore frais dans les mémoires.
De ce fait, dans un sens comme dans un autre, ce défi de la succession comme c’était le cas avec celui de la révision de la Constitution se dresse sur la route de Patrice Talon. Si ses compatriotes lui reconnaissent sa rigueur, sa ténacité, son élégance et sa discrétion, l’occasion du prochain scrutin est peut-être belle pour découvrir d’autres facettes de l’homme. C’est pourquoi, toute réflexion faite, il n’est pas exclu que la prophétie d’être porté en triomphe en 2021 ne soit pas du seul fait de sa bonne gouvernance ou de son bilan élogieux mais d’un symbole ou d’un geste fort. Quand on sait que Patrice Talon, c’est l’art d’avoir mille longueurs d’avance sur ses adversaires et de prendre le maximum de risques pour atteindre ses objectifs, cela suppose, que le mieux pour bien appréhender les contours de l’après 2021 est d’attendre le signal idéal. Certainement, ça ne saurait plus tarder. Pour l’instant, une seule certitude, Talon fera tout ce qui est de son pouvoir pour qu’en 2021 son héritage soit préservé afin que le Bénin ne retombe dans un éternel recommencement.





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