Inauguration de la statue de Bio Guera : Patrice Talon fait du héros un symbole de résilience nationale

Patrice SOKEGBE 2 août 2022

Dans une ambiance détendue et sobre, le Président Patrice Talon a procédé ce samedi 30 juillet 2022 à l’inauguration de la statue de Bio Guera érigée au carrefour de l’aéroport Bernardin Cardinal Gantin. C’était en présence de l’ancien Président Nicéphore Dieudonné Soglo, des anciens présidents de l’Assemblée nationale, des ministres, des généraux et autres personnalités. Il était question de reconnaitre le parcours et le courage du personnage qui a défendu les valeurs de témérité, de dignité et d’intégrité. Pour le ministre de la culture, Jean Michel Abimbola, cette statue est composée d’une enveloppe faite de fonte (cuivre T3) d’une épaisseur moyenne de 5mm montée sur une structure en acier ; l’ensemble reposant sur un massif en béton armé. La hauteur totale du monument est de 10m, dont 10m en longueur, 3m en largeur et 7m de hauteur pour la statue elle-même. Sa masse totale est de 13 tonnes. « Cette belle statue de Bio Guera sera pour nous, le reflet quotidien de notre grandeur, celle de notre aïeul, celle de nos parents, celle de nous-mêmes, et celles des générations à venir. Mon exhortation est une prise de conscience, parce que le peuple béninois est un peuple exceptionnel mais qui s’ignore. Notre génération a le devoir de mettre un terme à cela et de sonner enfin ce signal qu’un peuple, un grand peuple de l’Afrique de l’ouest désormais fera parler de lui. Nous avons commencé petitement, mais de manière certaine », a déclaré le chef de l’Etat, en invitant le peuple béninois à se « débarrasser de ce faux complexe qui l’isole, le divise, lui fait avoir peur les uns des autres, l’inhibe et nourrit son sous-développement. « Il est temps de nous découvrir nous-mêmes, de découvrir et de valoriser ce qui est grand en nous… Moi, je suis conscient que je suis un Bio Guéra, je suis conscient que chacun de nous est un Bio Guéra ou devra l’être pour défendre notre dignité, notre identité, notre histoire et nous protéger les uns les autres, protéger notre nation et œuvrer à son développement… Je rêve et je demande au Ciel de m’accorder un peu longue vie et bonne santé pour que mes yeux voient bientôt que le Bénin est effectivement une grande nation. Je rêve de cela », a-t-il ajouté.

Qui est Bio Guera ?
De son nom de prince wasangari Gbaasi N’Guera, le futur Bio Guera était un cultivateur dévoué à son travail à l’exemple de plusieurs de ses congénères. Son père est Sabi Yerima et sa mère est Yͻn Gͻn. Eduqué à monter à cheval, à manier l’arc et les flèches, à servir comme guerrier de réserve de l’armée du roi de Nikki, il ne nourrit aucune ambition politique sauf à voir prospérer ses immenses champs de céréales et de tubercules.
Certes, les descendants baatonnu, dans leur littérature, continuent d’entretenir sa mémoire et les arts de la scène, notamment le théâtre, réécrivent à volonté son histoire. Mais il demeure que son parcours et ses œuvres restent inconnus du grand public. Les nouvelles générations ont peut-être entendu parler de lui, mais elles ignorent la nature de ses combats et les idéaux qui ont nourri son engagement.
Personnage atypique dans l’historiographie du Bénin, connu pour avoir été distingué en 1975 « héros national », sa résistance contre le colonisateur français qui, au terme de l’expédition militaire contre Béhanzin en 1894, avait voulu soumettre les peuples Wasangari, Peul et Baatonnu de l’ancien territoire du Baru-tem, est citée comme un acte de résilience exemplaire. De sa naissance en 1856 à sa disparition le 17 décembre 1916, Bio Guera aura vécu une vie pleine, partagée entre ses activités paysannes et marchandes. Avec les exactions de l’armée coloniale sur ses terres, il devient un activiste et son engagement politique se transforme en rébellion armée puis en force de résistance.
Bio Guera ne s’est pas fait prier pour faire partie des figures de la guerre de résistance des Baatombu à la pénétration française. Il est rentré dans l’histoire pour sa détermination à libérer les populations du Borgou, les Baatombu et les Boowo des privations de liberté, de l’impôt de capitation, de la conscription, du travail forcé et des exactions diverses dont elles étaient victimes sous l’administration coloniale. Justicier, préférant la mort à l’oppression coloniale, il nous laisse en héritage le sens de sacrifice de soi pour l’intérêt collectif. C’est bien dans cet état d’esprit qu’il se donna corps et âme à la guerre à Baura, à douze kilomètres au nord de Bembéréké. Traqué, épuisé par toutes ces années de rébellion, le prince révolté finit par être repéré dans une de ses retraites et est tué le 17 décembre 1916.





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