Interdiction de certains produits sur le territoire nigérian : Le deux poids deux mesures de Buhari

Moïse DOSSOUMOU 20 septembre 2019

Sale temps pour les relations entre le Bénin et le Nigéria. Le géant voisin, sûr de lui, est monté sur ses deux chevaux depuis quelques semaines. Le verrouillage de ses frontières qui cause des préjudices économiques énormes au Bénin fait courir les services diplomatiques. Un mois exactement après la prise de cette mesure brutale et drastique par Abuja, rien ne semble annoncer le retour à la normale. Ce qui est reproché au Bénin et aux autres voisins concernés par l’affaire, c’est la promotion de la contrebande en lieu et place d’une politique d’exportation des produits locaux. Les Béninois en savent un peu plus sur ces denrées que le Nigéria ne souhaite plus consommer. A travers une note de service, le directeur général des douanes recommande aux chefs d’unités de veiller au grain beaucoup plus que par le passé.
Sur la longue liste de produits prohibés, figurent le millet (riz parabolled, riz blanchi…, mil, maïs importé…), la farine de blé, le gypse, les pneus réchappés ou usagés, les machines à sous, la friperie, les réfrigérateurs et climatiseurs usagés, les appareils compresseurs usagés, le ciment ensaché, les poulets congelés, les sucreries (bonbons et chocolats), les tissus imprimés (Ankara), les véhicules de plus de 8 ans d’âge, les biscuits de toutes sortes et les pioches. Après, vu que ces produits sont d’abord importés vers le Bénin et réexportés en direction du Nigéria, il n’y a pas grand-chose à rapprocher à Abuja sur ce point.
Sur la même liste, il y a néanmoins des produits que le Nigéria veut bien consommer, mais leur entrée sur son sol ne doit pas se faire par voie terrestre. Ainsi, l’entrée des Véhicules, des textiles, des marchandises conteneurisées de même que les comprimés et assimilés prendront la direction du Nigéria par voie maritime ou aérienne. Le circuit de la route ne sera plus de mise.

Made in Bénin banni au Nigéria ?
Lorsqu’on parcourt toujours la liste, on découvre avec étonnement des produits cultivés, fabriqués ou transformés au Bénin mais qui ne sont pas les bienvenues à Abuja. Il s’agit du sorgho, de la spirale pour répulsion de moustiques (mosquito), du manioc et ses produits dérivés, des jus de fruits, de l’eau minérale (gazéifiée et non gazéifiée), du spaguetti et nouilles, des cahiers, des enveloppes et de la bière en bouteille ou en cannette. Sur ce plan, les Béninois se demandent valablement ce qui n’a pas marché. L’argument massue utilisée par la partie nigériane, c’est que les opérateurs économiques béninois déversent sur leur marché des produits venus d’ailleurs alors qu’il aurait fallu produire au plan local. Au Bénin, les entreprises de jus de fruits foisonnent. Idem pour l’eau minérale ou un peu moins d’une dizaine de marques locales se livrent une rude concurrence. Le manioc est un aliment de base du côté des deux Etats et le produit phare qui en est issu, le gari est très prisé, ici et là-bas. Au plan local, une entreprise bien connue fabrique des cahiers et des enveloppes. Même constat pour le spaguetti et ses dérivés. Si pour ces deux cas, les matières premières à savoir la pâte à papier et le blé n’ont pas leur source sur le territoire béninois, leur transformation en produits finis se fait par des unités industrielles implantées sur place. Pour ce qui est de la bière, le maïs tout au moins se cultive chez nous. Certes, on ne peut en dire autant du houblon et du malte. Mais ce sont des denrées produits au Bénin. Encore que lorsqu’on évoque les boissons alcoolisées, le penchant des Béninois pour les bières nigérianes est très prononcé. Pourquoi interdire que la bière « béninoise » soit écoulée au Nigéria ?

Revisiter les accords commerciaux
A l’évidence, tous ces produits qui se retrouvent sur la liste ventilée par la direction générale des douanes ont été retenus d’accord partie. Le mémorable mémorandum de Badagry signé le 14 août 2003 toujours en vigueur et l’accord quadripartite conclu entre le Bénin, le Ghana, le Nigéria et le Togo les mentionnent expressément. Qu’est-ce qui a pu motiver les autorités béninoises à valider ces textes alors qu’ils portent entorse à la valorisation de la production locale ?
Il y a donc nécessité de revisiter ces deux accords bilatéraux et multilatéraux afin que les denrées produites, cultivées, fabriquées ou transformées au Bénin ne souffrent d’aucune restriction quant à leur commercialisation au Nigéria. Si Abuja a raison de faire la promotion de ses productions au point de barrer la voie à ce qui se fait ailleurs loin du continent en l’occurrence, le Bénin aussi doit faire de même pour protéger ses intérêts économiques. Le protocole de la Cedeao sur la libre échange participe de cette finalité. « A quelque chose, malheur est bon ». Il reste à la partie béninoise de profiter de la présente situation pour introduire cette revendication légitime dans les prochains accords qui vont régir les relations commerciales entre les deux Etats.





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