Jean-Baptiste Elias au sujet journée de nationale de la gouvernance : « …il faut insérer la notion de la citoyenneté dans les programmes de formation »

La rédaction 11 décembre 2019

Les écoles constituent des viviers de promotion de la lutte contre la corruption. Jean-Baptiste Elias, Président de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption propose qu’il faille insérer la notion de citoyenneté dans le programme éducatif. Il explique l’enjeu à travers cette interview en marge des Journées nationales de la gouvernance.

Pourquoi ce séminaire sur la journée nationale de la gouvernance ?
Les journées nationales de la gouvernance constituent une innovation qui permet à ce que les scientifiques, les membres de l’exécutif, leurs représentants, les représentants de toutes les institutions de la République, tous les préfets, les partenaires technique et financier, les têtes couronnées, les chefs religieux, les organisations de la société civile, les universitaires se regroupent pour analyser et étudier ensemble, pour faire en sorte qu’un thème soit discuté afin que des recommandations se fassent pour faire régresser la corruption au Bénin. Cette année 2019, le thème que nous avons choisi est « l’éducation à la citoyenneté ». Au niveau du système éducatif, c’est dire qu’aux niveaux maternel et primaire, aux niveaux secondaire, technique et professionnel, au niveau supérieur, on puisse insérer dans les programmes de formation des curricula pour que des modules de formation puissent se faire afin que les écoliers, les élèves, les étudiants puissent avoir la notion de citoyenneté. Qui parle de notion de citoyenneté dit, ‘’je dois être un bon citoyen’’. Et un bon citoyen ne doit pas voler les deniers publics, le bon citoyen doit avoir le respect du bien public, le bon citoyen doit lutter efficacement contre la corruption. Le bon citoyen doit faire en sorte que l’Etat avance, l’Etat progresse. C’est l’objectif du séminaire que nous organisons les 10 et 11 décembre 2019 sur le thème ‘’Les journées nationales de la gouvernance’’.

Comment pensez-vous qu’on puisse insérer un tel programme dans le système éducatif ?
Les enseignants de tous les ordres sont invités et participent activement aux travaux. A l’issue des travaux, des recommandations seront faites. Je ne veux pas anticiper sur ce qui sera décidé. Mais nous espérons qu’il sera recommandé qu’on puisse insérer dans les programmes de formation, des cours sur l’éducation et la citoyenneté, des cours sur l’instruction civique, des cours sur le respect du bien public, des cours sur la lutte contre la corruption, des cours sur la bonne gouvernance. Ainsi, la jeunesse sera formée parce qu’elle est le fer de lance, c’est elle qui est la relève et d’un jour à l’autre va diriger le pays. Et une fois que cette jeunesse sera bien formée et saura que lorsqu’on s’occupe des affaires publiques, on doit penser d’abord à l’ensemble et non à soi-même, on doit avoir le réflexe de ne pas détourner le denier public, on doit avoir le réflexe de respecter le bien public et de ce point de vue, la Nation sera bien gouvernée.

Ne pensez-vous pas que ce sera un programme de plus ?
Du 02 au 07 décembre 2019, l’autorité nationale de lutte contre la corruption a dépêché des séances de sensibilisation dans toutes les 77 communes. Je profite pour remercier tous les 03 ministres, le ministre de la décentralisation, les préfets qui se sont investis pour la mobilisation des jeunes dans les collèges, dans les lycées, dans les universités puis au niveau des arrondissements pour que la population même analphabètes en français puisse venir participer à ces séances de sensibilisation en langue nationale. Nous avons impacté plus de 30 mille personnes au cours de cette semaine de sensibilisation aussi bien en français qu’en langue nationale sur les 156 articles de la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin. Le résultat est intéressant, encourageant et nous allons continuer cette sensibilisation en visant d’autres couches de la population qui n’ont pas eu la chance de participer à cette séance.

Quel est l’état des lieux au Bénin en ce qui concerne la lutte contre la corruption ?
Nous avons d’abord le 8 décembre décrété au Bénin comme étant la journée nationale de lutte contre la corruption. Ensuite le 09 décembre est déclaré comme étant la journée internationale de lutte contre la corruption. Les organisations travaillent pour la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Le volet corruption fait partie de ce que nous appelons les sciences humaines. Il n’y a pas un mécanisme qui permet de savoir le taux de corruption à un moment donné tant qu’il n’y a pas d’enquête pouvant mesurer ce point. Au Bénin, au 10 décembre 2019, l’enquête sur l’évolution de la corruption n’est pas encore faite. Je ne pourrai pas donner un point précis sur l’état de la corruption au Bénin. Ce qui est certain, si nous nous fions aux résultats de l’indice de perception de la corruption au Bénin à travers la publication de Transparency International en janvier 2019, nous dirons tout simplement qu’en matière de lutte contre la corruption le Bénin peut mieux faire. En effet, en regardant cet indice de perception de la corruption de Transparency International, on se rend compte que le Bénin occupe la 3ème place pour les 08 Etats de L’Union monétaire ouest africaine. Il y a donc 05 états derrière nous. Si nous tenons toujours compte de ce classement de Transparency International au niveau de la Cedeao sur les 15 Etats membres le Bénin occupe la 5ème place. Ça veut qu’il y a 10 pays derrière nous. Au niveau de l’Union africaine, sur les 55 Etats membres, le Bénin occupe la 15ème place. Ça veut dire qu’il y a 40 Etats derrière nous. Et au niveau mondial, sur les 180 pays membres évalués, le Bénin occupe la 85ème place. Ça veut dire que nous avons 95 Etats derrière nous. Mais pour nous qui travaillons pour la bonne gouvernance, nous ne sommes pas encore satisfaits parce que les pays qui ont occupé les meilleures places dans le classement n’ont pas des dirigeants à trois têtes. C’est dire que le Bénin aussi peut faire cet effort. Et c’est dans cette perspective que nous travaillons de telle sorte que premièrement les citoyens béninois puissent avoir le respect du bien public. Deuxièmement, le Béninois où qu’il se trouve, doit dire ‘’je ne serai ni corrupteur ni corrompu’’. Troisièmement, les Béninois citoyens de ce pays doivent tout faire pour éduquer d’une manière ou d’une autre la population au niveau de la maison, au niveau du quartier, au niveau de l’arrondissement, au niveau de la commune et au niveau du pays pour que chacun sache que la bonne gouvernance doit être au rendez-vous parce que c’est ce qu’il faut pour le bien du pays, c’est ce qu’il faut pour que les générations futures puissent avoir le bien du pays. De ce point de vue, si on doit faire l’état des lieux, nous dirons tout simplement le Bénin avance, mais le Bénin peut mieux faire.

Avez-vous été une fois corrompu ?
Pour l’instant non puisqu’ils savent ce que je fais. Ils savent que s’ils s’approchent de moi pour vouloir me corrompre, ils auront leur nom à la radio, à la télévision ou à la presse écrite. Et comme chacun ne veut pas avoir son nom à la radio ou la télévision, ils essaient de ne pas s’approcher pour corrompre Jean Baptiste Elias.

Et quel a été le cas qui vous a le plus marqué ?
Non, aucun cas ne m’a spécialement marqué. J’observe ce qui se passe dans le pays et je fais ce que je dois faire comme travail. Aucune corruption n’est à tolérer. Tous les cas sont intéressants et il faut faire en sorte que tous puissent se faire dans de bonnes conditions afin que la corruption puisse cesser dans le pays. Il n’y a pas de cas particulier. Tous les cas, petite et grande corruption nous intéressent et nous travaillons à faire en sorte que cette corruption à défaut d’être éradiquée, puisse diminuer sensiblement dans le pays.

Propos recueillis par Christian ATCHADE (Coll.)





Dans la même rubrique