Législatives de 2023 : La bataille des positionnements fait rage

Angelo DOSSOUMOU 18 février 2022

Trois mots reviennent ces derniers jours dans le champ politique : ‘‘démission’’, ‘‘débauchage’’ et ‘‘ratissage’’. A n’en point douter, cela symbolise un état d’esprit au sein des chapelles politiques à un an des législatives de 2023. Pour un scrutin qui s’annonce plus ouvert que celui de 2019, il est vrai que l’erreur à ne pas commettre, c’est de se camper sur ses positions. D’ailleurs, au vu de ce qui précède, depuis peu, une bataille de positionnement dans les fiefs s’est déclenchée. Si d’aucuns pensaient que la réforme du système partisan avait définitivement réglé le problème de la transhumance politique, la réalité sur le terrain démontre qu’il n’en est rien.
Car, à en croire les victimes d’une bataille qui fait rage ces jours-ci, pour rempiler à l’Assemblée nationale, les moyens les plus sordides sont utilisés par certaines têtes de pont de formations politiques. Ceci, pour rallier à leur cause des élus ou grands électeurs. Aussi, d’autres aléas notamment l’éclosion de nouveaux leaders issus d’un même parti et partageant le même fief, obligent d’autres acteurs politiques, conscients de leur déchéance au sein de la formation qui les avait portés quelques années plus tôt, à retourner leur veste. Pendant que ‘‘débauchage et ‘‘démission’’ rivalisent dans l’optique de la recomposition de la carte politique au Bénin, le parti arc-en-ciel, déterminé à réaliser la ‘‘remontada’’ mise plutôt, dans ses fiefs, sur le ‘‘ratissage’’ des sages du PRD, entre-temps partis sous d’autres cieux politiques, goûter à d’autres délices. De toute façon, il ne se passe plus de week-end où l’actualité politique ne fait état d’un ralliement ou d’une démission. C’est surtout dans la partie septentrionale du Bénin que le phénomène de passe-d’armes, d’une part, entre le BR et la FCBE et, d’autre part, entre l’UP et le BR est très remarquable.

Changement de données, autre réalité !
En effet, considérées, depuis l’avènement au pouvoir du régime en place comme des bastions de l’opposition, les circonscriptions électorales des départements du nord sont, en prélude au scrutin de l’année prochaine, fortement disputées entre les partis, pour faire démentir les pronostics. Pour rappel, l’opposition avec la Fcbe, malgré une santé électorale défaillante comparativement aux années où elle avait son leader charismatique au Palais de la Marina, a eu dans cette zone ses meilleurs scores lors des dernières élections communales. Un indice qui forcément perturbe le sommeil des barons BR et UP qui, avec un tel adversaire, sans compter sur la détermination de ‘‘Les Démocrates’’ à être, cette fois-ci, dans le starting-block des législatives de 2023, devront davantage batailler dur pour tirer leur épingle du jeu.
A tout point de vue, l’équation à résoudre qui se décline ainsi : conserver tout au moins ses sièges à l’hémicycle avec les inconnus Br-Up-Fcbe-‘‘Les Démocrates’’-Prd-Moele-Bénin, ce n’est certes pas la mer à boire mais ça y ressemble fortement. D’où, la chasse aux élus des camps adverses et dans cette bataille, la notion d’appartenance à la même mouvance est, comme cela se constate actuellement, inopérante. La preuve, Up-Br, les frères siamois d’hier, confrontés à l’enjeu de combattre des adversaires plus coriaces ne se font plus de cadeaux sur le terrain politique. Pis, la guerre des débauchages entre les deux blocs de la mouvance au pouvoir font entendre des dénonciations et récriminations qui n’ont rien à envier à celles des partis de l’opposition. Au fait, les termes ‘‘achat de conseillers’’, ‘‘chantages sur des élus’’ ne sont plus l’apanage des partis qui ne partagent pas les mêmes idéaux que ceux proches du chef de l’Etat. C’est dire que sur la route du Palais des gouverneurs à Porto-Novo, malheureusement, rien n’est et ne sera plus comme avant. Au contraire, tous les moyens sont bons et surtout les débauchages pour maximaliser ses chances.

Charte des partis et transhumance : corriger le tir !
Sur ce plan, pour l’instant, il est encore difficile avec la Charte des partis politiques en l’état, de contraindre ou d’éviter aux élus de tourner casaques à leur parti politique comme cela se constate à la veille des élections. Mais, tant qu’il est possible d’améliorer les lois afin de faire prévaloir l’éthique et la morale en politique, les gouvernants ne devraient pas baisser les bras et s’en priver. En clair, devant le phénomène de la transhumance politique qui, en dépit des freins contenus dans la nouvelle charte ne faiblit pas, le législateur, tout en respectant les normes des libertés protégées par la Constitution en vigueur, ferait un bien fou à la démocratie béninoise en actualisant certains aspects de ladite charte en vue de décourager à jamais, un ‘‘mercato’’ politique qui ne dit pas son nom.
Sinon, Up aujourd’hui, Br demain ou encore Fcbe après demain, dans un contexte où la réforme du système partisan visait essentiellement à renforcer le militantisme ou l’adhésion aux idéologies, donne, après ces quelques années d’expérience, l’impression d’un flop. Pour ainsi dire, une grande démocratie ne peut se construire dans une telle atmosphère. Ce qui est certain, même si actuellement, il y a des acteurs politiques qui profitent des failles de la Charte des partis, tôt ou tard, la roue tournera et il adviendra un jour où, ils se retrouveront à la place des victimes d’aujourd’hui. Alors, rien de mieux que de corriger, dès à présent, ce qui peut l’être. D’ailleurs, l’essentiel pour toute gouvernance n’est-il pas de travailler à bannir les tares du présent et de favoriser un futur meilleur sur tous les plans ?

Le dernier mot aux votants…
Incontestablement, sur le chantier politique, la priorité des gouvernants actuels doit être l’héritage à laisser aux prochaines générations. Et, il va sans dire que, dans l’animation de la vie politique, avec le paradigme d’un système partisan purifié des raccourcis qui ne servent en rien aux électeurs en ce qui concerne la défense de leurs intérêts, le Bénin est encore loin de la perfection. Il urge donc, à travers une charte des partis plus appropriée, d’obliger le personnel politique à jouer pleinement son rôle de représentant du peuple et non d’attendre la veille des élections pour raser les couloirs avec des débauchages et des intrigues de toute sortes pour conserver, contre vents et marées, le fauteuil parlementaire.
En somme, à un an des législatives de 2023, il y a, pour l’instant, mieux à faire dans la République et, en lieu et place de la bataille de positionnement qui fait rage, l’idéal doit demeurer, la défense des préoccupations des votants qui ont placé leur confiance en leurs élus. Mais voilà, en matière de responsabilité, de reddition régulière et périodique de comptes aux populations à la base, tous les acteurs politiques ne sont pas logés aux mêmes enseignes. Vivement que 2023 arrive et que la bonne graine, qui n’a pas attendu l’approche des élections pour jouer sa partition, soit récompensée à sa juste valeur et que l’ivraie, désespérément improductive au travail de représentativité du peuple, soit tout simplement jetée au feu. Enfin, et pourvu qu’il en soit ainsi, l’année prochaine dans les urnes, le mérite résidera dans les actes et non dans les colorations ou dans les appartenances.





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