Les intérêts stratégiques de la France en Afrique de l’Ouest : Dr Bernadin Kouhossounon analyse et propose un déclic des consciences à travers une approche du partenariat France-Afrique

6 avril 2022

L’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme font partie intégrante des causes du « mal développement » du continent africain. Mais en dehors de ces catégories de causes, il y en a d’autres d’ordre endogène et donc spécifiques aux pays et aux pratiques habituelles. Pendant que l’Afrique demeure un terrain d’enjeux où anciens et nouveaux acteurs de la scène internationale se bousculent, le mobile de cet engouement n’est pas tellement appréhendé par les acteurs politiques africains. Autrement dit, l’enthousiasme de saisir et de faire fructifier les atouts existants n’est pas encore de mise. Pour cause, si le continent favorise de juteux intérêts aux multinationales et aux acteurs étrangers, les pays africains et leurs populations n’en bénéficient pas autant sur le continent ni auprès de leurs partenaires étrangers. Puisque, l’Occident ne cesse de faire miroiter ses atouts et son exploit en développement, le continent noir a tendance à faire fi ou sous-estimer les potentialités multidimentionnelles dont disposent ses différentes sous-régions. Pour corriger le tir, les pays africains doivent non seulement redynamiser leur diplomatie, mais prendre aussi davantage connaissance des divers intérêts que leurs partenaires tirent du continent. Or, s’agissant de partenaires étrangers en Afrique, la France occupe une place de choix avec sa politique extérieure dotée d’un réseau diplomatique de taille. C’est ainsi que par l’entremise de la Francophonie, de la coopération militaire, des échanges commerciaux, de la zone franc et de l’aide publique au développement ; l’emprise française s’est intensifiée dans la zone. Sans avoir la prétention de cerner tous les contours de cette problématique, l’étude se propose néanmoins d’évaluer dans divers domaines, les intérêts stratégiques de la France en Afrique de l’Ouest. Loin de faire l’éloge des piliers de la politique étrangère française, la présente approche vise notamment à apporter des points d’éclaircissements sur les atouts considérables de la sous-région afin de servir de source d’inspiration conduisant à un déclic des consciences dans les différents pays ouest africains.

Les intérêts culturels
La France est une grande nation qui accorde une place de choix à la culture tant bien à l’intérieur du pays qu’en dehors de ses frontières. Non seulement cet ancrage culturel confère à la France un rayonnement à l’international, mais elle a aussi un apport économique considérable au pays. Et si l’importance du secteur culturel dans l’économie du pays n’est pas à nier, il manque cependant des statistiques culturelles permettant de mesurer pleinement la place réelle du secteur afin d’appréhender de façon précise les enjeux y relatifs. S’appuyant sur cette réalité, le 17 juin 2013, une lettre de mission a été signée par le ministre de l’économie et des finances et la ministre de la culture et de la communication. Ladite lettre dans laquelle l’Inspection générale des affaires culturelles et l’Inspection générale des finances ont été chargées d’une mission conjointe devant conduire à déterminer L’apport de la culture à l’économie en France. A l’issue des résultats, la contribution de la culture à l’économie représente sept fois celle de l’industrie automobile (8,6 Md€ en 2011), quatre fois celle de l’industrie chimique (14,8 Md€) ou de l’assurance (15,5 Md€) et plus de deux fois celle des télécommunications (25,5 Md€) . Au terme de cette analyse, nous pouvons retenir que le secteur culturel participe incontestablement au rayonnement économique de la France.
S’agissant de la promotion de la culture française à l’extérieur, elle reste depuis longtemps l’un des piliers indéniables de la politique extérieure du pays si bien que la diplomatie culturelle française semble être le socle de renforcement des liens de Paris avec les pays d’Afrique de l’Ouest comme à l’instar d’autres sous-régions du continent. D’abord, les premiers jalons des relations d’ordre culturel de la France en Afrique Occidentale ont été lancés par la création de l’Afrique-Occidentale Française regroupant à l’époque les huit colonies françaises d’Afrique de l’Ouest. Cet ensemble occupe une superficie d’environ sept fois celle de la France. Ainsi, les colonies forment une fédération dont le principal objectif était l’exercice de l’autorité française sur le continent. Si les États africains de cette fédération comme d’autres pays d’Afrique possèdent une diversité linguistique justifiant l’existence d’une pluralité de langues endogènes qui leur sont propres, la langue de Molière reste celle des administrations et des écoles et universités créées. Pour des faits ayant rapport à l’histoire, cette langue est devenue pour ces peuples africains, la langue officielle constituant ainsi la base des systèmes éducatif et administratif à l’intérieur des États. Ceci étant, leur appartenance intégrante à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en tant que membres n’est plus à démontrer. Selon une étude de cette organisation, en l’an 2050, 85% de ces francophones seront en Afrique. En d’autres termes, par l’OIF, la France assure le maintien et le rayonnement de la langue française au plan mondial. Puisqu’elle est présente non seulement dans ces anciennes colonies, mais son enracinement s’étend également au niveau des pays anglophones comme le Nigeria et le Ghana qui l’adoptent comme seconde langue officielle. En dehors de l’OIF, la diplomatie française institue également des Centres culturels français, des Alliances françaises et des Instituts français par l’entremise desquels se fait de diverses manières la promotion de la langue française à l’étranger. Et si une telle pratique semble juste viser un but culturel, elle porte en elle aussi des intérêts d’ordre financier. Tout ceci a un apport non négligeable au renforcement de l’influence de la diplomatie culturelle française sur la scène mondiale. De même, pour des raisons diverses, nombreux sont les manuels et ouvrages africains qui sont édités en France. Dans son article intitulé La France règne en maître sur le marché des manuels scolaires en Afrique francophone, paru dans Le Monde du 10 juin 2010, Brigitte Perucca expliquait que : « Les ancêtres des élèves africains ne sont plus les Gaulois depuis belle lurette mais la France conserve la haute main sur l’édition des manuels scolaires de la partie francophone du continent noir » (Perucca, 2010). Selon ses explications, en Afrique subsaharienne francophone, en vertu d’un partage linguistique hérité de la colonisation, Hachette International y règne en maître en occupant 85% des parts de marché de l’édition scolaire via les deux marques Edicef et Hatier international.
Abordons dans ce volet l’aspect touristique pour mentionner qu’en raison de la maîtrise de la langue française par la majorité des étudiants ouest africains, le pays reste une destination privilégiée aussi bien pour les touristes que pour ces étudiants en provenance notamment d’Afrique francophone. « A première vue, le palmarès est plutôt satisfaisant : la France est le quatrième pays privilégié par les étudiants internationaux dans leurs choix d’une université étrangère, un rang de premier pays non-anglophone, selon une étude publiée le lundi 12 novembre par Campus France, l’agence de promotion de l’enseignement français à l’étranger » (Wemaëre, 2018). Hormis ce côté, l’on peut toujours s’interroger sur d’autres aspects d’intérêt que procure un tel attrait d’étudiants au pays. La directrice générale de Campus France en explicitant démontre ce que la France en bénéficie réellement. « En jeu, une plus-value financière car si l’accueil des étudiants étrangers coûte chaque année 3 milliards d’euros à la France, il lui en rapporte 4,65 milliards, selon Campus France. Mais aussi, la nécessité d’accroître le soft-power et le rayonnement de la France [...] » (Khaiat, 2018). Ce soft-power français entretenu par l’entremise d’accueil d’étudiants étrangers n’est pas nouveau dans la politique du pays. Il se passe le plus souvent par l’octroi de bourses d’étude aux étudiants des pays de cette sous-région africaine. C’est pourquoi, nombreux sont les élites et intellectuels africains qui ont été formés dans des écoles et universités françaises, et qui, une fois de retour dans leur pays d’origine sont devenus, les meilleurs ambassadeurs de leur ancien pays d’étude qu’est l’Hexagone. En guise d’exemple, nous pouvons citer le cas palpable de Léopold Sédar Senghor du Sénégal qui, le 2 juin 1983 fut élu à l’Académie française après avoir été le premier président de son pays. Pour ne s’arrêter seulement à celui-là, si le concept « négritude » entend désigner à l’unisson des caractéristiques et des valeurs culturelles des peuples noirs, revendiquées comme leur étant inhérentes ; le terme porte également en lui une spécificité relative à la langue française : il rassemble notamment des écrivains à la fois noirs et francophones comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, etc. Tout ceci participe inéluctablement au rayonnement de la langue française.
Un autre angle de ce volet est la détention illégale d’une grande partie du patrimoine culturel de ces pays ouest africains dans des musées publics et privés en France. Il s’agit d’œuvres exposées dans des vitrines françaises constituant des atouts multidimensionnels pour le pays. En premier lieu, elles confèrent à la France ce caractère de pays multiculturel, de destination privilégiée, mais font montre aussi de la grande influence de Paris sur les pays d’origine de ces objets d’art africains. Au second plan, nul n’ignore que ces biens culturels ont également de grands intérêts économiques pour l’Hexagone. Louis-Georges Tin, dans une interview où il a évoque l’apport indéniable de ces chefs-d’œuvre africains pour l’économie française a fait la démonstration ci-après : « Les gens viennent pour voir nos monuments, notre patrimoine, la Tour Eiffel et la Joconde - le meilleur investissement de l’histoire de l’humanité. Et en même temps, ils payent des billets d’avion sur Air France, des taxis, des hôtels, des restaurants, des souvenirs, etc. Ce sont les étrangers qui financent le patrimoine français et l’économie française » Depuis donc des décennies, ces biens culturels génèrent des bénéfices considérables et diversifiés pour la Métropole.
Il faut reconnaître que les rapports entre la France et les pays africains sont très étroits. C’est ce que mentionnait le président Macron quand il a expliqué que : « [...] les liens entre l’Afrique et la France dépassent le seul cadre des relations d’Etat à Etat. Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France » (Ben Yahmed, 2017).
De ce qui précède, le secteur culturel reste un pilier important dans la réalisation de la politique étrangère française en Afrique Occidentale. La langue française étant son levier en raison de son enracinement, elle compte de nos jours plusieurs locuteurs aussi bien dans la sous-région que sur l’ensemble du continent. Dans le cadre d’une étude basée sur l’influence de la culture française sur ses locuteurs africains, Ildem A. Etensel a procédé à la comparaison de deux écrivains de la littérature française, d’époques différentes, mais tous d’origine sénégalaise : Ousmane Sembène et Fatou Diome. Au finish, il s’est rendu compte que, malgré la différenciation des époques, l’attitude des Français reste la même et l’auteur a donc conclu : « Ousmane Sembène et Fatou Diome se réclament également de la culture française ; ils ont indéniablement enrichi les lettres françaises et francophones par leurs publications » (Idem, 2017, 53). Le système colonial ancré sur le français, a inculqué à ces auteurs la langue française et a donc fait automatiquement d’eux des promoteurs incontournables. Se référant aux habitudes vestimentaires, architecturales sans se passer de l’art culinaire, il est impérieux de préciser que la France s’est érigée en modèle pour les pays de l’Afrique Occidentale. De plus, dans certaines villes ouest africaines, des centres de loisir, des écoles, des avenues, des stades omnisports et des lieux publics portent le nom de personnalités françaises. Plus profond qu’une simple immortalisation à titre d’hommage à ces personnalités, cet acte promeut sans équivoque la grandeur, l’influence et l’hégémonie de la Métropole sur ces pays ouest africains.

Les intérêts économiques
Dans les pays ouest africains, la France dispose d’une diplomatie économique très active animée dans sa majorité par de grandes entreprises françaises exerçant dans divers secteurs de l’économie. Ceci justifie la prospérité des relations de l’Etat avec les pays de l’Afrique de l’Ouest par de nombreux échanges commerciaux. La citation ci-après semble l’avoir bien précisée : « La nouvelle dynamique géostratégique ne doit pas [...] conduire à minimiser l’influence française, liée pour l’essentiel à ses entreprises, ni l’importance du continent pour l’ancienne métropole : 32 % du pétrole et 30 % de l’uranium nécessaires à l’économie française proviennent d’Afrique » (CLES, 2013). Ceci étant, en matière d’importation, cette zone de l’Afrique est très favorable à l’approvisionnement de matières minières et agricoles. Le pétrole du Nigeria et du Sénégal, le fer du Ghana, l’uranium du Niger pour ne citer que ceux-là. Quant aux matières agricoles, les pays en disposent de plusieurs sortes : le coton du Bénin et du Burkina Faso, le café et le cacao de la Côte d’Ivoire. Et s’agissant des fruits exotiques comme la mangue, l’ananas, l’avocat, l’orange, la banane, nombreux sont les pays de la zone qui offrent de grandes quantités aux marchés d’exportation. Pour la seule raison que la persistance des défis liés au développement industriel ne permet pas la transformation sur place desdites matières premières. Au nombre des industries occidentales qui exploitent ces matières provenant de l’Afrique de l’Ouest figurent sans doute celles françaises. Et en retour, ces pays exportateurs constituent en même temps pour lesdites industries, un excellent marché d’écoulement de produits finis issus de ces mêmes matières premières importées des pays africains.
Rappelons également que, par des accords bilatéraux, les liens économiques entre la France et le Niger sont très profonds, puisqu’une large partie de l’énergie nucléaire française dépend de l’uranium en provenance de ce pays d’Afrique Occidentale. De plus, si Areva reste de nos jours l’un des leaders mondiaux du nucléaire, c’est notamment à l’actif de son fructueux marché d’exploitation d’uranium basé au Niger et représentant 70% des exportations du pays. Au Niger, nombreuses sont les organisations de la société civile qui dénoncent l’opacité et les pressions qui entourent l’exploitation de l’uranium du pays. Leur indignation s’explique notamment par le fait que le Niger soit le quatrième producteur d’uranium au monde ; le fournisseur stratégique d’Areva et de la France mais que paradoxalement ce pays d’Afrique de l’Ouest ne tire aucun avantage des revenus de cette ressource minière et par ricochet reste l’un des plus pauvres de la planète. Dans l’article de OXFAM intitulé Areva au Niger : à qui profite l’uranium ?, Ali Idrissa de l’association nigérienne Rotab expliquait avec colère : « En France, une ampoule sur trois est éclairée grâce à l’uranium nigérien. Au Niger, près de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité » (Idrissa, 2013).
En dehors de la présence de cette multinationale française, on en compte encore beaucoup d’autres qui, au sein de la sous-région interviennent dans divers secteurs. C’est le cas du Groupe Électricité de France (GEF), qui selon son site est présent depuis plus de cinquante ans au Bénin, au Sénégal, au Burkina Faso, au Ghana et en Côte d’Ivoire et participe à de nombreux projets. Au travers de plusieurs sociétés, le Groupe a fait ses preuves comme entre autres, l’Étude de faisabilité d’une interconnexion Ghana-Burkina-Faso-Mali, l’Interconnexion Bobo-Dioulasso-Ouagadougou (360 km de lignes aériennes, 7 postes), l’Assistance à la maîtrise d’ouvrage auprès de la Senelec pour la réhabilitation de leur parc de production et la formation de leurs formateurs. Pour un autre exemple, la CFAO quant à elle s’est implantée dans pratiquement six pays de cette zone du continent : « spécialisé dans l’automobile, la pharmacie, la technologie ou encore l’équipement industriel, CFAO [...] a conclu un partenariat avec le groupe Carrefour. Après l’ouverture d’un premier centre commercial en décembre 2015 à Abidjan en Côte d’Ivoire, le tandem poursuit son implantation en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest » (Ndayishimiye, 2019). Dans ce même volet, les multinationales françaises comme BNP, Société Générale, Lafarge, Total et le géant Groupe Bolloré se sont elles aussi implantées dans les pays ouest africains et y ont développé une influence exceptionnelle aussi bien politique qu’économique. Malgré l’installation de ces firmes dans des pays africains, elles préservent divers intérêts à leur pays d’origine. Primo, sous prétexte de besoin de personnels qualifiés, ces firmes emploient plus de ressortissants français qu’africains. La belle preuve est que, les dirigeants de centres commerciaux, les chefs service et autres hauts responsables au sein de ces grandes sociétés françaises sont soit des français ou des expatriés. Secondo, ces multinationales accompagnent de diverses manières le rayonnement de l’Hexagone sur le continent africain. Gilles Gaetner dans ,,Pilleurs d’Afrique“ a évoqué cet attrait des entreprises françaises en Afrique quand il a fait comprendre que : « Nous ne sommes plus au temps des Foccart et des coups d’Etat fomentés depuis Paris pour éliminer ou au contraire conforter tel ou tel président. Pourtant, l’Afrique bouge encore. Même si les Chinois avancent leurs pions au Gabon, au Congo Brazaville, le continent noir aiguise toujours les appétits. De ces dirigeants bien sûr, mais aussi des entreprises françaises à la recherche de juteux contrats » (Gaetner, 2018, p. 60).
Si en Afrique la France fait souvent l’objet de critiques pour son ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains, les entreprises françaises sont toutes aussi critiquées. Cette pratique du Groupe Bolloré en Afrique Occidentale est récurrente puisque, connue au départ pour être une grande firme française dans la sous-région, le PDG de la société, Vincent Bolloré a fini par tisser des liens étroits d’amitié avec certains chefs d’Etat africains. Ainsi, l’affermissement de ses rapports dans la zone fait qu’il assiste de différentes manières des hommes politiques pour leur accession au pouvoir soit pour les conforter en vue de leur pérennisation à la tête d’un pays donné. Gaetner, précédemment cité n’a pas manqué de montrer comment, pour des raisons de conflits d’intérêts relatifs à l’acquisition de contrats fructueux de gestion de ports auprès des dirigeants africains, l’homme d’affaires franco-espagnol, Jacques Dupuydauby et Vincent Bolloré ont été trainés devant des tribunaux. Les pays d’Afrique de l’Ouest comme d’autres sous-régions du continent sont devenus le terrain de prédilection de ces deux hommes compte tenu des intérêts qu’ils leur préservent. Dupuydauby, déplorant devoir perdre un marché au profit de Bolloré a déclaré : « Cette affaire démontre [...] combien de fois M. Sarkozy faisait pression sur les chefs d’Etat africains en faveur de Bolloré et échangeait avec eux l’attribution de leurs ports en contrepartie de l’appui de la France, tant politique que financier » (Ibid., 61). Si aux yeux de certains étrangers l’Afrique et ses États ne sont connus que pour des qualificatifs comme instabilité politique, fort taux de corruption et de pauvreté puis pourvoyeur de migrants ; les sociétés françaises investissant sur le continent mesurent la portée de sa potentialité économique malgré ses enjeux considérables de développement. Si certaines d’entre elles préfèrent garder le mutisme par rapport aux différents avantages que leur procure le marché africain dans la crainte de susciter des engouements de la part d’autres compagnies, d’autres par moment ne cessent de lever le voile sur leurs grands intérêts pour ce marché. Par exemple, à en croire le PDG de la société lors du sommet Afrique-France, « Total a économiquement besoin de l’Afrique. Nous sommes non-seulement la première entreprise de France, mais aussi, et surtout, le premier investisseur français en Afrique. Et Total a beaucoup plus d’intérêts en Afrique qu’en France » (de Margerie, 2010).
Mentionnons le dernier volet de cette partie pour signaler que, malgré l’indépendance des États africains, la France continue de maintenir une emprise monétaire sur certains pays. Ainsi, l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), c’est-à-dire, huit des quinze pays de la zone ouest africaine continuent d’utiliser la monnaie du nom de Franc FCA (Franc des colonies françaises d’Afrique). Pour rappel, ce franc créé depuis 1945 a été hérité de la colonisation. L’usine de fabrication se trouve en France plus précisément à Chamalières. Si beaucoup estiment cette monnaie inadéquate pour le développement des pays qui l’utilisent, elle demeure par contre pour la France un outil majeur d’influence économique et politique dans la sous-région comme dans le reste du continent. Selon les spécialistes, le franc CFA est une monnaie forte et cela facilite les importations. Mais malheureusement, les pays de cette zone sont en revanche pénalisés pour les exportations. D’après Survie, « Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65). Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros. C’est autant d’argent qui est amputé du budget des Etats de la zone franc » (Survie, 2010). Pour cela, de nombreuses critiques sont souvent dressées à l’encontre de la monnaie et de la France. Par exemple, dans l’ouvrage Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA ? (Nubukpo & al., 2016), un groupe d’économistes de différents pays d’Afrique a démontré que la monnaie reste le moteur de l’économie de tout État et donc sa gestion ne peut être confiée à un autre Etat. Par conséquent, ils préconisent la sortie des pays africains de cette monnaie de servitude avec l’alternative de création de leur propre monnaie, véritable gage de leur développement économique. Alors que des décennies durant, le contrôle de l’émission du franc CFA dans la sous-région est gérée par Paris pour la préservation de sa prospérité économique ; nombreux sont les économistes qui ont démontré la monnaie d’une nation comme étant un facteur essentiel de son développement. C’est certainement ce à quoi le troisième président des États-Unis est parvenu quand il affirma : « Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois » (Thomas Jefferson, 1816). Par contre, en raison des intérêts que cette structure financière datant de plusieurs décennies procure au trésor de l’Hexagone, les autorités françaises ne voient pas d’un bon œil la fin du franc CFA. De même, l’aide publique au développement dont la France fait un instrument primordial de sa politique dans la zone n’est non plus sans intérêts. « L’Afrique va recevoir environ 33% de l’aide publique, essentiellement sous forme de dons, mais la France y trouve un intérêt commercial, cette aide étant liée et les positions acquises ainsi que les mécanismes de la zone franc favorisant le commerce français » (Monnet, 2000, p. 203).
En Afrique de l’Ouest, la réputation du secteur hospitalier public n’est pas reluisante. Pour défaut d’infrastructures, de matériel, de la technicité et de spécialistes avérés ; des politiques et des personnes qui en ont les moyens partent souvent se faire soigner à l’extérieur. La France fait partie de ces pays de destination. Et si en général les évacuations sanitaires en partance des pays africains pour des hôpitaux français traduisent la suprématie medécinale de la France, elles participent indéniablement à l’affermissement de l’économie du pays.
De cette séquence de notre étude, retenons que Paris tire d’importants intérêts économiques à travers ses relations aussi bien bilatérales que multilatérales établies avec les pays ouest africains. Les multinationales françaises se sont installées sur le marché africain et profitent au maximum de sa jouissance à divers niveau. Mais la France n’est plus seule sur ce marché, puisque, si certaines entreprises autres que françaises y sont déjà installées, d’autres se bousculent encore à la porte du continent. Artur Banga de l’Université de Côte d’Ivoire parle de « new scramble for Africa (la nouvelle ruée vers l’Afrique) » pour expliquer cette concurrence à laquelle sont désormais confrontées les grandes entreprises françaises qui investissent en Afrique. Malgré de nouveaux acteurs, la France parviendra-t-elle à définir la stratégie idéale pour le maintien de sa position économique de la sous-région ?

Les intérêts d’ordre sécuritaire
Après les vagues d’indépendances des années 1960 en Afrique, les nouvelles nations devenues désormais acteurs étatiques étaient en même temps prédisposées à des responsabilités. Au nombre de ces enjeux figure celui de la sécurité. Assurer l’intégrité territoriale faisait automatiquement partie des priorités de chacun desdits pays. Répondre à une exigence aussi cruciale nécessite sans doute de ressources humaines qualifiées et des équipements militaires spécifiques. Or, la France, malgré l’accession à la souveraineté de ses anciennes colonies dans cette sous-région africaine, a su encore garder avec elles des liens privilégiés dans le domaine sécuritaire. Pour illustrer cet attachement de Paris, Sylvie Monnet a donné l’éclaircissement ci-après : « La garantie militaire offerte aux Africains était le pilier de la politique française en Afrique. De Gaulle se sentait une dette envers eux depuis la guerre ; il souhaite garantir la sécurité et la stabilité des nouveaux Etats et de ne pas laisser le champ libre aux Deux Grands » (Ibid., 203). Pour cela, Paris développe depuis longtemps une coopération militaire intense aussi bien bilatérale que multilatérale avec les pays ouest africains. Par conséquent, au nom des « accords de défense » d’une part avec les Etats, et d’autre part au nom de R2P (The Responsibility to Protect), la France reste un acteur incontournable des questions relevant de la sécurité de cette zone. D’après Roland Pourtier, « Les négociations entre la France et ses colonies d’Afrique noire en vue de leur prochaine indépendance ont abouti à la conclusion d’accords de défense, comprenant des stipulations secrètes. Au nom de ces accords, la France est intervenue militairement dans plusieurs pays [...] » (Pourtier, 2017, p. 124).
Rappelons que la force militaire a été pendant longtemps un élément essentiellement primordial pour la puissance des Etats. Pour cela, elle reste notamment pour les puissances mondiales un facteur déterminant de rapports de forces dans les régions géostratégiques. Ainsi, pour la préservation de sa souveraineté et de son rang au niveau mondial, la France ne fait pas exception à cette ambition. Comme d’autres régions du monde, sa forte implication dans des forces de maintien de la paix et son rôle souvent d’arbitre dans certains conflits en Afrique de l’Ouest lui procurent en guise d’intérêt un prestige en potentialité militaire et économique. Et en matière de dépendance sécuritaire d’un Etat vis-à-vis d’un autre, Pascal Boniface pense que : « Le critère militaire reste cependant un élément fongible à la puissance. Un pays qui dépend d’un autre pour sa sécurité, ou qui se sent sous le coup d’une menace militaire, verra ses marges de manœuvre politique diminuées » (Boniface, 2016, p. 181). A notre humble avis, de cette réflexion nous pouvons déduire qu’au fur et à mesure que ces marges de menœuvre diminuent au niveau du premier acteur qui serait sous le coup de menace ou qui dépendrait du second, il est sans doute que le second acteur récupère ces marges de menœuvre en retour. Par conséquent, du fait que des Etats ouest africains soient dépendants de Paris en matière de préservation de sécurité, cela implique que c’est la France qui, du point du vue politique, économique et même diplomatique en sort grand gagnant tout en se procurant un rayonnement au plan international. Mais, puisque cette sous-région est l’une des plus instables du monde, l’on constate malheureusement cette attitude d’appeler l’armée française à venir à la rescousse aux Etats et à leurs populations. Les différentes interventions françaises en Afrique de l’Ouest constituent des preuves palpables. Dans sa parution du 11 janvier 2013, le journal Libération indique que : « Le président malien par intérim Dioncounda Traoré a demandé l’aide militaire de la France pour repousser une offensive des groupes armés islamistes, [...] le jour même où les islamistes armés qui contrôlent le nord prenaient une localité du centre du pays » (Libération, 2013).
Non seulement en Afrique Occidentale, la France fait de la lutte contre le terrorisme son cheval de bataille, mais aussi sous d’autres cieux comme au Sahel. A la veille d’une visite officielle du président Emmanuel Macron au Tchad, RFI a rappelé que « Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron tente, non sans mal, de mobiliser la communauté internationale autour de la force conjointe du G5 Sahel. Sa visite au Tchad, considérée par Paris comme l’un des piliers de cette force, est une façon de réaffirmer l’engagement de la France sur la lutte contre le terrorisme dans la région. Cet engagement repose encore très largement sur l’opération Barkhane et ses 4 500 hommes » (RFI, 2018). Tout ceci concourt de façon indubitable à la promotion de la politique française de défense et en même temps au bon fonctionnement de l’industrie française d’armement surtout si nous nous référons aux juteux contrats de fourniture d’équipements militaires aux régimes. A tout ceci s’ajoute la formation des élites des armées des Etats ouest africains qui n’est non plus sans intérêts pour la métropole.
Pour finir cette partie, en Afrique Occidentale se comptent des bases militaires françaises comme ailleurs sur le continent. Si ces dernières sont supposées installées dans le but d’assurer la sécurité des populations, elles portent aussi en elles des buts non élucidés. Elles constituent de véritables terrains d’exercices militaires pour l’armée française. A l’instar des Etats-Unis d’Amérique, la France a, elle aussi, une base de drones au Niger susceptible de mener des frappes. Nombreux sont les Nigeriens qui fustigent lʼinstallation tous azimuts de ces bases militaires françaises et les bruits noctunes des drones dans leur localité. Ceci semble avoir donné raison à Spykman quand il affirme que : « La volonté de puissance ne sert pas à faire respecter les valeurs morales, mais les valeurs morales à faciliter l’acquisition de la puissance » (Spykman, 1942, p. 18).
Le continent africain et ses différentes communautés économiques régionales sont convoitées en permanence par de nouveaux acteurs. Si au niveau des Etats aucun secteur n’est épargné par cet afflux, les anciennes puissances coloniales et partenaires détiennent toujours des « pré-carrés ». En Afrique de l’Ouest, les nombreux accords de coopération militaire des pays de la sous-région avec Paris lui confèrent toujours à la fois une légitimité et une prévalence exceptionnelles. C’est le cas précis du domaine militaire où les nouveaux acteurs n’ont pas encore pu véritablement s’intégrer. Par conséquent, ce secteur continue d’être concédé à Paris. Or, l’importance et l’utilité de l’armée pour un Etat ne sont plus à démontrer. L’armée assure le principal but de défense de l’Etat. Une défense qui passe d’une part, par le maintien de l’ordre, mais d’autre part, les forces armées la constituant représentent diverses organisations et moyens militaires qu’un État affecte à la mise en œuvre de sa politique de défense. Par conséquent, ses rôles se résument notamment à garantir la sécurité de l’Etat, la défense de ses intérêts et la protection de ses populations et de son territoire vis-à-vis d’une quelconque menace de l’extérieur. Des attributions qui ne sont donc pas des moindres pour le bon fonctionnement d’une nation. Si en dépit des mutations sur le continent, la France continue d’être dans ledit secteur le partenaire prépondérant et privilégié auprès des Etats ouest africains, elle a sans équivoque des atouts de la préservation de ses intérêts dans la sous-région ouest africaine.
Au vu et au su de ce qui précède, nous avons constaté qu’après plusieurs décennies, la France conserve à travers ses multiples accords de coopération militaire avec les Etats ouest africains, son titre de partenaire historique et privilégié au plan sécuritaire. Son influence militaire déterminante ne peut donc être niée. Mais contrairement aux époques antérieures, le domaine sécuritaire connaît de profondes mutations. De nouveaux acteurs se bousculent à la porte de l’Afrique et provoquent la mise en cause de la coopération militaire française dans les pays comme dans la sous-région. Serait-on ainsi en train de s’acheminer vers le déclin de l’hégémonie militaire française en Afrique ?

Les intérêts politiques et diplomatiques
Il est de coutume que les Mémoires de guerre du Général de Gaulle commencent par : « La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ... Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur », (Monnet, 2000). C’est ainsi que cette ambition visant à restaurer et maximiser la grandeur de la France partout dans le monde se traduit sans doute à travers sa politique étrangère. Une ambition qui s’érige en un guide pour la politique extérieure du pays. Et pour y parvenir, Paris mène une diplomatie active sur la scène internationale comme dans les régions qu’il juge géostratégiques. S’agissant de ces dernières, l’Afrique et ses différentes sous-régions font partie intégrante. De cette façon, sur le plan politique et diplomatique, la France bien après les indépendances des années 1960 dans la sous-région entretient d’étroites relations multidimensionnelles avec les pays ouest africains. Depuis lors, les partenaires disposent réciproquement d’un droit de légation actif. La France dispose donc dans les territoires d’un réseau diplomatique assez large et de pointe. Une stratégie qui lui permet non seulement d’être à la hauteur de ses cinq fonctions diplomatiques conformément à la Convention de Vienne sur les Relations diplomatiques de 1961, mais Paris, par ses représentations y va souvent au-delà afin de préserver au mieux les intérêts qui sont les siens dans la zone.
D’abord, dans la sous-région ouest africaine, ses anciennes colonies constituent un ressort essentiel de sa stratégie de puissance. De plus, un regard porté sur la carte diplomatique française laisse percevoir que son influence politique, non seulement porte sur ses anciennes colonies, mais s’est élargie au fil du temps sur d’autres pays. Ainsi, le domaine politique, voire diplomatique constituent également des axes essentiels de la réalisation de sa politique africaine. A cet effet, Paris fait usage de plusieurs moyens. Bosschère Guy De fait cas de l’un d’eux sans se passer de mettre à nu le but réel souvent voilé par les acteurs de la diplomatie française. « En revanche, à travers ses programmes d’aide et d’assistance technique, la politique gaulliste n’a pas manqué de développer, toujours au nom des « intérêts de la France », une puissante action de type néo-colonial dont M. Jacques Foccart a longtemps symbolisé la nature » (Guy De, 1974).
Il faut également préciser que dans la réalisation de cette politique extérieure en Afrique de l’Ouest, des autorités françaises pour la plupart entretiennent avec des dirigeants africains des liens d’amitié qui sortent de l’ordinaire. « Georges Pompidou entretient par ailleurs d’excellentes relations personnelles avec Léopold Sedar Senghor qui fut son compagnon d’études » (Monnet, 2000, p. 204). Dans cette rubrique nous pouvons mentionner également les divers soutiens qu’apporte la France et ses autorités à certains dictateurs africains et amis. De même, la France directement ou indirectement s’ingère dans certaines prises de décision relevant de la politique interne de ses partenaires ouest africains. Selon le cas, Paris déploie et met à la disposition desdits États ses fonctionnaires en vue de leur fournir une expertise avérée par rapport à une problématique donnée. De cette manière, la France, plus qu’un partenaire ordinaire détient par conséquent d’importantes informations qui devraient normalement être considérées comme secrètes pour les Etats ouest africains. Faisant ainsi, Paris a en permanence une surveillance accrue sur ses avantages tout en ayant la possibilité de projeter d’autres stratégies lointaines et adéquates au fin de la préservation de ses intérêts. Or, s’inspirant du droit international régissant les relations entre Etats, l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961 est strict sur le respect des lois et règlements de l’Etat accréditaire. C’est d’ailleurs ce que précise ce passage : « Cet ensemble de normes régulant les rapports diplomatiques entre Etats comprend également l’interdiction d’interférer dans les affaires intérieures de l’Etat accréditaire » (Rosputinský & Rošteková, 2018, p. 192). En dehors des différents domaines d’intérêt français ci-haut énumérés, l’importance diplomatique des quinze Etats derrière la France n’est pas à perdre de vue. Ils représentent un soutien indéniable pour Paris et constituent en même temps un facteur essentiel pour sa place au plan international.
En guise d’illustration, inspirons-nous ici de l’exemple de l’Estonie qui, en dépit de la présence de grandes puissances étrangères estime s’implanter elle aussi en Afrique. Bien qu’étant déjà championne d’Europe de la transformation numérique, ce pays semble être gagné par la convoitise du marché africain et entend désormais exporter son expertise dans plusieurs pays du continent. Si ceci reste le principal but élucidé, une autre raison se cache derrière une telle volonté. En effet, l’Estonie avait envisagé en 2020 d’entrer au Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), en tant que membre non permanent. Pour un projet de cette envergure, le pays balte avait sans doute besoin de soutiens diplomatiques des Etats. Ainsi, l’engouement du pays pour des Etats africains est expliqué par le diplomate estonien, Daniel Schaer en ces propos : « Beaucoup de nos entreprises ont compris que les marchés en Europe sont saturés et que l’Afrique a beaucoup de potentiel ». Il va plus loin et a abordé le but diplomatique qui reste plus ou moins caché : « Nous cherchons des appuis en Afrique. Mais même si notre candidature ne passe pas, on est sûr de gagner de nouvelles relations. Nous cherchons des amis » (Schaer, 2018). En effet, au moment où d’autres Etats sont à la quête de supports diplomatiques sur le continent, la France quant à elle en dispose. Si ceci lui permet de se doter d’une diplomatie efficace au plan mondial, les pays ouest africains y concourent par des soutiens permanents à divers niveaux de la scène internationale. La France à travers sa politique d’aide publique au développement agit aussi selon l’adage africain, « La main de celui qui demande est toujours en-dessous de celle de celui à qui il demande ». Par l’entremise de ce système, Paris instaure au niveau des pays ouest africains une dépendance compte tenu de leur statut de donataires. Si ces aides paraissent par moment gratuites, elles assurent en retour une notoriété exceptionnelle qui renforce son influence diplomatique et politique.
Tout bilan des intérêts de la France en Afrique de l’Ouest serait incomplet si l’on le limite seulement aux territoires des quinze Etats que comprend cette communauté économique régionale. Les avantages de ce pays européen sont même au delà du périmètre habituel qu’on lui a souvent attribué. Pour preuve, certaines élites corrompues d’Afrique au lieu de s’intéresser à l’amélioration des conditions de vie de leurs populations investissent en France dans de gigantesques projets immobiliers, et ce avec des ressources du contribuable africain. Des réalisations qui sont souvent protégées par les autorités françaises en raison des liens exceptionnels d’amitié qui lient ces dirigeants et Paris. Mais pour une raison ou une autre, en cas de déclin de ces élites africaines ou d’une quelconque détérioration de l’amitié existante, Paris décline son rôle de protecteur pour assumer désormais celui de dénonciateur. C’est typiquement le cas des affaires couramment appelées « Biens mal acquis » en France et sur lesquelles beaucoup s’interrogent sur la gestion douteuse qui en est faite après les dénonciations. Ce mode de fonctionnement des dirigeants africains augmente indubitablement le champ des intérêts français en Afrique de l’Ouest.
Au terme de ce volet relatif aux intérêts diplomatiques et politiques, il est évident de constater que la politique extérieure de la France est dotée d’une diplomatie de pointe en Afrique Occidentale. Les moyens et le professionnalisme mis en exergue lui permettent de se donner une présence et une emprise qui sortent du cadre ordinaire. Si ce système mis en place date de longtemps, l’on se doit de s’interroger sur le maintien ou non d’une telle réputation en ce moment précis où les Etats d’Afrique en général sont de plus en plus convoités par de nouveaux acteurs.

La France est traditionnellement présente dans notre zone d’étude et fait de ses relations avec les pays africains concernés, l’une des priorités de sa politique étrangère. Des décennies durant, la restauration de la grandeur de la France instaurée par le Général de Gaulle semble suivre son cours avec l’avènement des différents présidents de la 5ème République française. La stratégie de diversion qu’adopte la France dans cette région de l’Afrique campe le public africain sur les images négatives au détriment de l’intérêt collectif qui devrait normalement accompagner les valeurs, les cultures et les potentialités du continent qui méritent d’être fructifiés dans chacun des pays. Nous espérons à travers cette approche que, les Etats africains une fois imprégnés des divers intérêts stratégiques français exposés ici se rendront compte que, malgré les défis majeurs de développement, la sous-région dispose d’énormes atouts indéniables qui méritent d’être exploités et défendus. Nous estimons également que le changement du paradigme africain passera par la nécessité du réhaussement des pratiques du Soft Power susceptibles dʼacquérir respect, bonne réputation et dignité concourant tous au développement authentique et durable escompté sur le continent.

Bernadin KOUHOSSOUNON
Diplômé de lʼUniversité dʼAbomey-Calavi au Bénin, de lʼUniversité de Reims Champagne-Ardenne en France et de lʼUniversité Matej Bel de Banská Bystrica en Slovaquie, Bernadin KOUHOSSOUNON, PhD. est Diplomate de formation. Enseignant-Chercheur à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales à lʼUniversité Matej Bel de Banská Bystrica (Slovaquie) ; sa thèse de doctorat est soutenue sur le thème : La politique étrangère de la France dans le contexte du développement de lʼAfrique de lʼOuest. Il est lʼauteur de plusieurs publications scientifiques en France, en Pologne, en Slovaquie comme au Bénin.





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