Marchandages démocratiques ou la difficile voie pour le développement : le professeur François Abiola expose les tares des gouvernances en Afrique

11 mai 2021

La plupart des pays africains notamment ceux en Afrique subsaharienne ont accédé à la souveraineté internationale dans les années 1960. L’enthousiasme était grand. Les cadres et les peuples des pays concernés ont pensé que le moment était venu de prendre leur destin commun en mains pour avoir un lendemain meilleur par rapport à ce qu’ils subissaient avec le colonisateur. Des options pour y parvenir ont été faites. Mais les fruits ont-ils tenu la promesse des fleurs ?

Ainsi, des indépendances à nos jours, le développement en Afrique subsaharienne est passé par bien de modèles et de méthodes. Déjà en 1962, René Dumont lance dans un contexte de décolonisation, le livre « L’Afrique noire est mal partie » et y décrit les difficultés du continent africain à amorcer son développement. On a pensé que certains pays africains n’étaient pas du tout sur la voie du développement, trop occupés à régler des affaires de personnes et de sécurisation de leur gouvernement. Axel Kabou a même titré en 1991 « Et si l’Afrique refusait le développement ? »

Qui pour diriger les africains, avec quelle vision et quelle rigueur ?
Les premiers moments post indépendance ont donc été ceux de l’instabilité sociale. Quelques trois années à peine après son investiture, le Président Hubert Maga subit le premier coup d’Etat du Dahomey et le Commandant Mathieu Kérékou acheva la série le 26 octobre 1972.
Aujourd’hui, tous les dirigeants souhaitent conduire leur peuple vers l’émergence. Des initiatives sont élaborées çà et là pour espérer y parvenir. Pour le Président François Mitterrand, seule la démocratie avec comme base, le multipartisme permettrait d’y arriver. Lors de la 16ème conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France du 19 au 21 juin 1990 à La Baule, il prononça un discours dans lequel il fait un lien entre le développement et la démocratie et invita les pays africains à aller dans ce sens.
De toutes les façons, le Bénin lors de l’inoubliable conférence des forces vives de la Nation de février 1990 avait déjà pris la décision de l’abandon du parti unique et de l’instauration du multipartisme qualifié de multipartisme intégral. Toutefois, Marc Epstein a attiré au même moment en 1990, l’attention sur les difficultés de cette vision : « À ceux qui les invitent à évoluer peu à peu vers des sociétés démocratiques à part entière, la plupart des responsables africains plaident qu’ils dirigent des pays entièrement à part. Et de reprendre des arguments qui apparaissent aujourd’hui bien spécieux : la décolonisation, trop récente, n’a pas permis l’émergence de l’Etat de droit ; le débat démocratique ferait resurgir des tensions ethniques qu’un parti unique permet de contenir ; la liberté d’expression, enfin, coûte chère. Conclusion : ce sont les progrès économiques qui conditionnent la démocratisation ».
Avec le recul et trois décennies après le discours de François Mitterrand, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs ; ceci conduit certains analystes de la situation à l’instar de l’ancien président du Conseil économique et social du Gabon, Okemvele Nkogho avec son livre paru en 2019 « Quand nos dirigeants ne peuvent plus », à demander ce qu’il faut faire. La compréhension de certains de la démocratie pour le développement en Afrique subsaharienne a montré aujourd’hui ses limites quoiqu’on en dise. La démocratie ne se résume pas seulement à des élections et à l’alternance au sommet de l’Etat. C’est vrai que depuis 1990, le Bénin a tenu les élections constitutionnelles avec une régularité et des alternances régulières au sommet de l’Etat qui doivent forcer l’admiration. Pourtant, il reste tant à faire afin que la démocratie puisse être au service du développement.
Qu’est-ce qu’on miroite à l’électeur pour bénéficier de ses suffrages lorsqu’il vous dit qu’il ne voit rien du développement de sa localité malgré les présidents qui se succèdent depuis 1960. Et lorsqu’il continue en vous déclarant que de toutes les façons pour lui, tout est désormais dans les mains de Dieu. N’en pouvant plus, Dieu est devenu le pilier du développement pour certains. Même si Dieu doit disposer, c’est à l’homme de proposer, dit-on.
Mais qui détient la réalité du pouvoir politique aujourd’hui dans certains pays de l’Afrique subsaharienne ? Le Président de la République certainement. On peut alors formuler la question autrement. Qui aide le Président de la République à conquérir le pouvoir d’Etat et à le garder ? Les citoyens après des élections libres et démocratiques. Tentons une troisième question. Qu’est-ce qui fait qu’un citoyen apporte son suffrage à x plutôt qu’à y ? Des réponses croisées à ces importants questionnements peuvent permettre de comprendre des raisons de la situation de bien de pays africains actuellement en matière de développement.
Au total, il faut un véritable nouvel esprit débarrassé du fatalisme de la foi et de la croyance en un messie ou autres hommes providentiels pour le développement des pays en Afrique subsaharienne. Nous devons nous interroger à l’instar de François Hollande, ancien Président d’un pays à démocratie avancée qui demande à travers son nouvel ouvrage : « Qui peut nier le malaise qui s’est installé dans la démocratie ? » (Hollande, 2019). Il n’y a pas de démocratie tropicalisée ou autre démocratie nescafé mais il y a la démocratie au service du peuple pour le servir et lui assurer le bien-être.
En acceptant les partis politiques comme animateurs de la vie politique dans notre pays, le législateur devait pouvoir les recadrer pour séparer dans leur façon de faire, le bon grain de l’ivraie. En décembre 2017, le Ministère de l’Intérieur avait publié une liste de 236 partis enregistrés par ses soins et celle de 17 alliances de partis. Comment gagnent-ils les élections ?
Des analyses qui ont porté sur les déterminants des votes au Bénin ont facilement abouti au rôle de l’ethnie, de l’argent, des croyances et de la communication avec toutes sortes de manipulation.

Du pouvoir de l’ethnie pour gagner des élections
Qu’on ne s’y trompe pas. Le Bénin comme beaucoup de pays africains est encore une addition d’ethnies. En 1999, Nicaise Médé tire des données importantes sur la représentativité des partis politiques béninois : « La plupart des partis n’ont eu des députés que dans leur zone d’ancrage ethnique ».

Du pouvoir de l’argent
L’autre déterminant du vote au Bénin surtout depuis le renouveau démocratique, c’est le pouvoir de l’argent. Il est possible de remplir une salle de meeting de mille places ou plus et même un stade de dix mille places et plus si les organisateurs ont de quoi payer les déplacements et en quelque sorte les perdiems des participants.
Et comme le rapporte Soulémane Koto Yérima dans un guide qu’il a réalisé en 2019, Nul ne peut nier le rôle de l’argent dans les élections au Bénin. Les « grands électeurs » comme les élus locaux, les députés les ministres et anciens ministres, les directeurs de sociétés publiques et les opérateurs économiques « s’illustrent bien dans la mauvaise gouvernance électorale. Si les uns utilisent le trafic d’influence du fait de leur position dans l’appareil d’Etat, les autres n’hésitent pas avec des libéralités en violation totale des textes légaux sur le processus électoral. Le tout étant de placer grâce au pouvoir de l’argent ses hommes ».
Elle est bien révélatrice l’anecdote rapportée de façon amusante par Guillaume Soro sur sa page Facebook :
« Je vais vous raconter une anecdote. Vous vous souvenez à l’époque quand Charles Konan Banny était Premier ministre, il avait créé le Groupe des 5 ( La rencontre des 05 grands leaders politiques en Côte d’Ivoire). On tenait nos réunions à Yamoussoukro et j’étais toujours le premier à venir. Un jour à l’hôtel Président, il y avait un groupe wôyô, quand mon véhicule est arrivé, les jeunes du wôyô avaient porté mes tee - shirts et ont commencé à chanter mon nom Soro ! Soro !Soro, je me suis dit, Han !!! Les gens m’aiment dans la ville là heiin, j’ai donc demandé à mon directeur de protocole Soul To Soul de leur donner une enveloppe et je suis rentré dans le hall de l’hôtel. Et puis, je vois que le Premier ministre Banny arrive, les jeunes ont enlevé mon tee-shirt et ont porté Tee-shirt de Banny en criant Banny, Banny, Banny. Banny aussi a vu ça, il s’est dit, les enfants là m’aiment heiin, Lui aussi, il leur a donné enveloppe. Ce fut la même chose après avec Alassane, Bédié et Gbagbo. Donc chaque leader a fait son entrée dans la salle de réunion pensant qu’il est le plus aimé. C’est là je me suis dit, mais les enfants là nous prennent pour des cons. Ils ont dû se dire, regardez-moi des voleurs comme ça là, vous volez l’argent du pays, on va vous escroquer pour manger un peu, vous croyez que quoi. C’est pourquoi certains vont aux élections, quand ils ont 1%, ils disent y’a eu tricherie. Non, on t’a blagué ».

Du pouvoir des croyances religieuses et mystiques
Le Renouveau démocratique qui est intervenu avec la Conférence des Forces vives de la Nation au Bénin en février 1990 a été celui qui a consacré la grande montée des religieux dans les affaires politiques du Bénin. Cédric Mayrargue (2002) a bien montré comment la démocratisation à partir de ce moment a favorisé des dynamiques religieuses. Ainsi sont organisés un peu partout dans le pays, de multiples prières publiques, des meetings et des messes d’action de grâce, donc la présence de religieux dans tous les compartiments de la société, avec même la conquête de la tête d’entités administratives locales par des responsables religieux.
Tout le monde a encore à l’esprit par exemple le cas du Mali avec l’imam Mahmoud Dicko qui d’une façon ou d’une autre a largement contribué au renversement du président Ibrahim Boubacar Kéita.
Cet imam qui s’est fait connaître en 2009 en bloquant une réforme du code de famille favorisant les droits des femmes et fait interdire la publication de manuels scolaires abordant l’éducation sexuelle a été en réalité le tombeur le 18 août 2020 du Président. A la tête du Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), l’imam a conduit de nombreuses manifestations de rue quasi-hebdomadaires pour exiger et obtenir la démission du Président.
Dans sa communication au 4è congrès panafricain du renouveau charismatique tenu à Lomé du 6 au 12 août 2018, il est rapporté (Togo tribune, 2018) que Mgr Barrigah-Benissan Nicodème, évêque du diocèse d’Atakpamè évoque quelle peut être la part de la religion dans les maux qui minent l’Afrique. L’homme de Dieu « appelle la population à cesser de se réfugier derrière Dieu, mais plutôt agir pour changer sa société. Alors que le continent va de plus en plus mal, nombreux sont ces chrétiens et hommes de Dieu qui se ferment dans les églises, espérant trouver là, les solutions aux problèmes….Qui a dit qu’il suffit de prier pour que sans aucun effort tout soit résolu dans la vie de l’homme. Dieu ne viendra pas changer notre société à notre place. Ne faisons pas de notre peuple, un peuple de paresseux. N’enfermez pas vos fidèles dans des prières refuges. Ouvrez les portes pour qu’avec la grâce de Dieu ils puissent agir ».
De son côté, Mgr Fulgence Muteba (Radio misericordia, 2019) évêque de la RDC à l’occasion de la clôture du jubilé d’or de la 18ème Assemblée plénière du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar tenue du 19 au 29 juillet 2019 à Kampala déclare que « Les chrétiens africains trouvent refuge dans le monde spirituel, ce qui les rend paresseux à transformer la société ». Pour le président Paul Kagame, il faut arrêter de jouer avec la foi des gens et d’en faire une entreprise. "J’ai fermé plus de 6000 églises et mosquées dans mon pays et je demande maintenant un diplôme en théologie pour chaque chef religieux, rapporte Anne-Marie John le 23 avril 2021 sur son compte tweeter. En réalité, il existe bien des relations entre le politique et le religieux. Lors du colloque international en hommage au Professeur Antoine Asseypo Hauhouot tenu à Abidjan les 22 et 23 novembre 2016, Gbègnito dans sa communication « Préparation de la société civile au Développement : quel rôle pour le religieux ? » avait déjà insisté sur l’interdépendance entre le religieux et le politique et indiqué trois points constants dans cette relation : le politique est un client du religieux, le religieux a une influence sur les composantes de la société, le religieux peut agir sur la conscience des citoyens.
Par ailleurs et c’est connu, la peur du mauvais sort ou de l’envoûtement peut conduire certaines personnes à faire le choix de leurs prêtres, appelons les tout simplement les « boconon » ou les marabouts.

De la communication, information et manipulation
Cet échange entre le Président Talon et deux éminents journalistes de France 24 et de Radio France internationale le 30 avril 2021 est encore dans les mémoires. « Ce discours de développement d’abord et la démocratie après que vous teniez depuis longtemps…
Je n’ai jamais dit cela ! Monsieur Boisbouvier vous avez une telle ligne éditoriale dans votre tête que votre langue vous tra¬hit…
Vous avez plutôt dit que la démocratie doit être au ser¬vice du développement et non un frein ».
C’est souvent amusant de suivre les interventions dans certains médias pour imaginer la dose de discernement qu’il faut, afin de comprendre certaines orientations qu’on veut parfois donner à des dirigeants.
On peut par exemple épiloguer longtemps sur les interventions plusieurs fois répétées des médias face à certains sujets concernant les dirigeants africains, les ramenant sans cesse aux mêmes préoccupations depuis 1960. Que penser de l’intervention du Président Patrice Talon lorsqu’il déclare : « notre développement ne dépend pas de ceux qui nous regardent de loin, de ceux qui ne comprennent rien à ce que nous faisons ou bien alors de ceux qui s’offusquent de notre dignité parce que désormais nous savons que nous ne sommes pas rien. Les béninois sont respectables, ont une dignité, savent où ils vont. Je veux simplement leur dire, à cette presse-là, qu’ils gagneraient à attendre, à voir où nous allons et à constater ce que nous avons fait comme chemin en terme de développement. Même s’ils peuvent nous juger par rapport à leur référence personnelle, je suppose qu’ils sont de bonne foi, le professionnalisme requiert qu’on observe avant de porter un jugement. C’est trop facile. Mais nous ne prenons pas mal tout ce qui se dit ».
Dans le même cadre il est intéressant d’écouter encore l’intégralité des échanges du Directeur de la communication de la présidence de la République du Bénin avec Rfi le 22 avril 2021.
Invité spécial sur RFI le jeudi 22 avril 2021, le Directeur de la Communication de la Présidence de la République du Bénin, donne sa vision des arrestations post-électorales constatées au Bénin après l’élection présidentielle du 11 avril 2021.
Au cours de son entretien avec la journaliste, « le Directeur a répondu de façon limpide à plusieurs questions pour éclairer la lanterne du peuple béninois » selon un média local. Un autre quotidien béninois titre sans gêne rapportant la même interview, « la raclée de Wilfried Houngbédji ».

Et puis que font les candidats une fois élus ?
Accepter des marchandages pour faire plaisir aux politiques afin de vivre en toute quiétude son mandat et même se le faire renouveler. Comment comprendre ces tendances de chantages et autres marchandages une fois les élections acquises : des députés qui créent des alliances en dehors de la liste sur laquelle ils ont été élus, un conseiller élu sur une liste non majoritaire et qui devient maire de commune, des volontés incompréhensibles de destitution de maires pour ne citer que ces quelques exemples. On lira avec attention Victor Topanou dans le quotidien événement précis qui rapporte : En 2008, le Président de la République ayant perdu la majorité au parlement a été obligé pour tenter de la reconstruire de donner des gages de mauvaise gouvernance aux Députés qui acceptaient de le soutenir.
De son côté le journal Jeune Afrique du 19 novembre 2008 écrit que « La présidence accuse le groupe de députés baptisé G13 de « marchander » son retour contre un contrôle de l’importation des véhicules d’occasion au port de Cotonou, une activité particulièrement lucrative ». Les cas ne sont pas exhaustifs.
Pour le Président Patrice Talon, « Créer un parti politique est un moyen de prendre sa part de gâteau. Les partis politiques sont devenus le couteau avec lequel chacun vient prendre sa part et la préserver. Dans ces conditions, on a pu observer que le pays était coupé en morceaux et réparti entre les acteurs politiques. Je l’ai constaté en 2016 que telle régie financière est pour tel parti, telle régie c’est pour un autre encore, pour un autre encore c’est la recette de la frontalière avec tel pays, le port est aussi pour tel autre… Bon le pays était coupé, et c’était la règle si bien qu’un Président élu a l’obligation de préserver le système afin que chacun ait sa part, à la limite, le nouveau Président élu peut faire un petit réajustement pour distribuer certaines cartes aux uns et aux autres pour avoir la paix poli¬tique… Une situation qui a fini par enfoncer le Bénin davantage ». Et au professeur Victor Topanou de conclure : « Nous sommes esclaves de notre modèle » donnant raison à Wilfrid Hervé Adoun et François Awoudo lorsqu’ils écrivent en 2008 : « Bénin : une démocratie prisonnière de la corruption ».
Candidat à l’élection présidentielle de 2006, le président Boni Yayi avait comme slogan : « Ça peut changer ! Ça va changer ! Ça doit changer ! En 2016, Patrice Talon dans la même dynamique a prôné le nouveau départ dans la rupture. Mais comment faire l’omelette sans casser les œufs pour y arriver ?
Ayant pris la mesure de cette volonté de rupture d’avec des pratiques qui ne peuvent conduire vers le développement, le Président Talon déclare le 22 avril 2018 sur le plateau de TV5 monde. « Je ne fais rien pour séduire la classe politique. Ce n’est pas mon rôle. Mon rôle c’est d’agir pour transformer notre pays courageusement et créer les réformes nécessaires, y compris les réformes politiques. C’est cela qui suscite beaucoup de mécontentements ».

Corriger les travers de notre démocratie pour espérer le développement !
Les différents régimes qu’a connu le Bénin ont proclamé d’assurer à leur manière le mieux vivre des populations, de la royauté à la souveraineté internationale puis, il a été essayé le développement dans un système de parti unique puis corrigé avec le multipartisme dit intégral. Depuis 2016 et faisant comme beaucoup le constat que la voie pour le développement du Bénin doit être revue, le pouvoir en place a entrepris des réformes politiques importantes. En effet et comme le rapporte Jean-Louis Thiébault, les pays qui ont connu une certaine émergence sont ceux qui ont réalisé des transformations politiques et économiques d’une grande ampleur.
La démocratie ne se résume pas seulement à des élections régulières avec des alternances conséquentes au sommet de l’Etat. Pour que les dirigeants ne soient pas des prédateurs de leur pays, il leur faut avoir le culte de la bonne gouvernance, de la responsabilité, de la lutte contre la corruption et l’impunité.
On épiloguera longtemps sur la sociologie des populations africaines. Même si on ne peut pas partager complètement l’opinion de cet internaute sur les réseaux sociaux, on ne peut non plus l’ignorer. « Le peuple béninois n’est pas un peuple de révolte. Le peuple béninois n’est pas un peuple réactionnaire. Tant que le béninois arrive à satisfaire son ventre, vos autres théories sont pour lui du vrai "fanfoun". Savez-vous, a-t-il poursuivi, que sous la révolution, Kérékou aurait pu se maintenir au pouvoir s’il n’avait pas eu de difficultés à payer les salaires des fonctionnaires et les allocations aux étudiants ? Je vous donne un conseil : oubliez vos théories. Elles ne peuvent pas prospérer puisque le peuple béninois n’y comprend rien tant qu’il trouve les moyens de satisfaire sa pitance ».
C’est dire que le peuple ne peut pas se contenter uniquement de consultations électorales même si elles aboutissent à des alternances au sommet de l’Etat. Il a besoin de beaucoup plus : satisfaire ses besoins fondamentaux dont se nourrir, se soigner, se loger, s’instruire, se vêtir. Ceci est possible si on associe la bonne gouvernance avec un Etat de droit dans lequel chaque citoyen connait bien ses droits mais en même temps ses devoirs.
Pour Alfred Babo (2009) envisageant les « Perceptions du fonctionnement des institutions et démocratie en Côte d’Ivoire, une analyse dans une perspective institutionnaliste », il faut construire un Etat de droit dont « l’effectivité implique certitude et responsabilité. L’application convenable de la loi est une obligation des autorités concernées : on s’attend à ce qu’elles prennent le même type de décision dans des situations équivalentes et à ce que d’autres instances les punissent et réparent les torts communs, lorsque ce n’est pas le cas. Autant dire que l’État de droit n’est pas simplement un agrégat des règlements légaux promulgués en bonne et due forme, mais un système légal, un ensemble de règles qui possèdent plusieurs caractéristiques fondamentales additionnelles ». Dans un message à la nation le 20 mai 2019 suite au processus électoral des législatives d’avril 2019, Patrice Talon déclarait : « D’ores et déjà, je veux ici vous redire, chers compatriotes, ma détermination à bâtir avec vous, notre société dans laquelle la démocratie sera plus que jamais un réel instrument de développement socio économique, où chacun est libre de ses opinions mais responsable de ses actes et où les lois sont les mêmes pour tous ».
Au total, quelle voie pour nous ou comment associer certains marchandages démocratiques si on ne peut pas les supprimer brutalement et le développement de notre pays ? Gilles Yabi dans un entretien avec Rfi le 27 septembre 2020 et rapporté par le quotidien « quatre vérités » explique :
« Dans la réalité historique du monde, la démocratie est souvent venue après la construction de l’État et elle est souvent passée par des phases de violences, de reconstruction, de débats, de tâtonnements. En Afrique également, la construction démocratique ne pourra pas se faire sans cette cohérence entre évolution politique, évolution économique et évolution sociale. Nous avons la redoutable tâche de construire en même temps des États organisés et efficaces et des démocraties stables » ; mais avertit-il en 2021 dans « Au Bénin, une trajectoire politique dangereuse » : « Les Béninois qui clament préférer le développement à une démocratie improductive ne voient pas que la menace aujourd’hui est celle d’une fragilisation sans précédent de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale ». C’est dire que le choix n’est pas facile. Et pourtant le président Talon a déjà choisi et plus de 50% de béninois avec lui le 11 avril 2021.
Cotonou, le 9 mai 2021
Professeur François Adébayo Abiola
Ancien vice Premier ministre du Bénin





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