Naufrages répétés sur la lagune de Porto-Novo : la part de vérité du maire Charlemagne Yankoty

4 mars 2022

Beaucoup de chavirements sur l’axe Porto-Novo-Lagos dans le transport fluvio-lagunaire faisant des morts dont des béninois qui passent par l’embarcadère de Maria-Tokpa. Que savez-vous de la situation ?

La gestion des embarcadères est du ressort de la mairie. Ça, les textes le disent clairement et il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus. Au niveau de la mairie de Porto-Novo, on s’est moins impliqué dans la gestion des embarcadères parce que c’était une activité naissante qu’on ne maîtrisait pas, en termes de contrôle. Mais ce n’est pas parce qu’on gère une gare routière qu’on est sensé justifier l’accident sur la voie. Ce n’est pas parce qu’on gère une gare routière qu’on va demander à un chauffeur s’il a le permis de conduire ou si son véhicule a d’assurance. Il y a d’autres services de l’’Etat qui s’en occupent et qui sont compétents pour ça. La mairie de Porto-Novo n’a donc aucune responsabilité dans les cas de chavirements des barques sur l’axe PortoNovo – Lagos par voie fluviale. C’est si on me dit qu’il y a du désordre au niveau de l’embarcadère que la mairie peut dire qu’elle a une responsabilité puisque c’est à elle de gérer l’embarcadère. Maintenant, est-ce que c’est une mauvaise gestion de l’embarcadère qui est à la base des accidents sur l’eau ? Je ne crois pas. On s’était moins impliqué parce qu’on venait d’arriver à la tête de la ville et nous avons fait l’option d’assainir d’abord les gares routières. On ne peut pas pourchasser plusieurs lièvres à la fois. Ce qu’on connait là, on ne maîtrise pas encore. Ce n’est pas ce qu’on ne connaît pas qu’il faut aller maîtriser. Aujourd’hui, il y a plus d’ordre au niveau des gares routières et nous avons les effets à travers les nouvelles performances que nous réalisons. Il n’y a plus de stationnements anarchiques au bord des voies, des chargements hors parc et la ville en tire beaucoup parce que, de 12 voire 13 millions Fcfa, on arrive à 200 millions Fcfa de mobilisation de ressources financières. La dernière phase des réformes au niveau des gares routières est la fermeture des gares sauvages et leur délocalisation vers un emplacement qu’on a pris en bail. C’est la même chose que nous envisageons au niveau de l’embarcadère de Porto-Novo.

Quelles relations entretenez-vous avec les acteurs du secteur ?
Le transport fluvio-lagunaire à Porto-Novo relie deux Etats, le Nigéria et le Bénin. A partir du moment où ça relie deux Etats, c’est important que la douane contrôle tout ce qu’il y a comme mouvements aussi bien en entrée comme en sortie. Donc, l’œil vigilant de la douane est obligatoire. Il y a aussi les promoteurs de transports fluvio-lagunaires qui ont des partenariats avec d’autres structures au Nigeria. Quand ça avait démarré, certains se sont installés au niveau de Maria-Tokpa, d’autres sont allés à Houinta. Ils étaient un peu éparpillés. Comme c’est une activité qui se mène entre deux états, eux tous ont été recadrés. Les instructions ont été données, le préfet est intervenu pour qu’on supprime tous les embarcadères qui sont dans un espace où il n’y a pas un poste de douane. C’est ainsi que tous les embarcadères ont été supprimés et il leur a été demandé de converger vers le poste de douane Maria-Tokpa où il y a un peu d’espace. Mais à ce niveau, il y avait déjà un promoteur de transport fluvio-lagunaire. Si vous venez là et que vous voulez rivaliser avec la personne, ça c’est un autre problème de corporation. Là où le problème peut appeler à un regard de la mairie, c’est au niveau de l’embarcadère, mais nous sommes en apprentissage. On observe comment ça se passe. C’est déjà heureux que nous soyons en train de finir du côté des gares routières. L’emplacement actuel est petit pour développer l’embarcadère et ça peut même être une source d’insécurité pour la douane. Il nous faut donc trouver un autre domaine pour installer le nouvel embarcadère.

Pour le moment, il y a des voix qui s’élèvent pour désapprouver ce qui se passe. On parle même de laisser-aller des autorités à divers niveaux.
Tout ce qui se passe là, c’est un problème d’organisation, de respect mutuel. Moi j’ai écouté les acteurs quand je les ai reçus. Pourquoi devant moi, ils n’ont pas osé dire que la mairie a une responsabilité quelque part. Ils ont dit ce qui, selon eux, est à la base des cas de naufrages. Ils ont dit qu’il y a des gens qui n’ont pas la capacité de conduire les barques et qui le font. Il y a l’excès de vitesse alors que quand les barques veulent se croiser, les mouvements de vagues peuvent faire chavirer. Ils ont dit qu’entre eux-mêmes, il y a le problème de surcharge. Il n’y a pas le respect des normes. Ils ont estimé que la sensibilisation préalable qu’il faut aux passagers avant leur voyage ne se fait pas un peu comme dans l’avion. Ils ont même dit que quand il y a chavirement d’une barque, ce n’est pas aussitôt que les gens meurent, mais qu’il y a des passagers qui paniquent au moment où on veut les secourir et s’agrippent aux barques. Or, si la barque se renverse sur toi, cela veut dire que tu es sous l’eau et c’est parce que tu n’étais peut-être pas sensibilisé. Ils ont donc reconnu des problèmes de sensibilisation, des problèmes d’organisation, le manque de respect, la conformité et même la qualité des gilets de sauvetage. Est-ce que les gens portent les gilets en fonction de leurs poids ? Parfois, tu as beau porter de gilet, mais tu te retrouves sous l’eau. Ils peuvent s’entendre et s’organiser. Sur les gares routières, il y a plusieurs syndicats. Mais qu’ils n’imputent pas leur mauvaise organisation à la mairie. Ils ont même reconnu qu’entre eux, ils cherchent à se détruire.

L’embarcadère apporte quand même des ressources à la mairie. Quelles sont donc les perspectives pour améliorer la situation ?
C’est vrai que l’embarcadère rapporte des ressources même si ce n’est pas comme ce que nous aurions souhaité. Étant donné que ce n’est pas bien organisé, il y a toujours des fuites. Nous en sommes bien conscients. En termes de réformes, nous envisageons mettre en place un cadre de concertation avec les différents acteurs que sont la douane, la police fluviale, le groupement d’intervention des sapeurs-pompiers pour qu’on parle le même langage et réglementer le secteur. Au regard de l’ampleur que prend le transport fluvio-lagunaire entre Porto-Novo et Lagos, il nous faut délocaliser l’embarcadère vers un autre domaine. Dans les tout prochains jours, nous allons descendre sur le terrain et voir ce qu’on peut faire pour donner de l’espoir aux acteurs.

Quel message avez-vous à l’endroit des usagers de l’embarcadère de Porto-Novo ?
Si j’ai un message, c’est à l’endroit des populations de Porto-Novo et à tous ceux-là qui, pour leurs activités prennent des barques au niveau de l’embarcadère de Porto-Novo à Maria-Tokpa. Nous travaillons pour que leurs déplacements se passent avec beaucoup plus de sécurité. Nous sommes mêmes en train de proposer aux promoteurs qu’il y ait des barques-bus qui offrent de la stabilité sur l’eau. La mairie jouera sa partition.
Propos recueillis par Karim Oscar Anonrin





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