Professeur Roger Gbégnonvi, ancien ministre : « Il faut la maintenir coûte que coûte pour ne plus jamais refaire l’expérience que nous avons faite… »

Arnaud DOUMANHOUN 19 février 2020

Homme de lettres, acteur de la société civile et ancien ministre sous le régime du président Boni Yayi, le professeur Roger Gbégnonvi rend hommage au Général Mathieu Kérékou et à Mgr Isidore de Souza pour la réussite de la conférence nationale.

30 ans de démocratie. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
Le Chemin a commencé en 1960. Il a été long et escarpé. Et vous dites qu’on parle maintenant de démocratie. J’ai le sentiment que ce pays a plus ou moins toujours vécu en démocratie. Parce que les coups d’Etat de mon enfance et de mon adolescence participaient déjà d’une recherche de la parole à remettre au peuple. Puis, il y a eu un coup d’Etat, celui du 26 octobre 1972 qui a dit : ‘’ça va, on s’amuse trop, maintenant nous allons avoir un régime fixe, nous allons nous doter d’une idéologie’’. Et cela a été 17 ans d’immobilisme et nous sommes allés à la conférence nationale, il y a 30 ans.
Donc, la conférence nationale elle-même a fait partie, de mon point de vue, de ce grand mouvement de recherche de soi, de recherche de la démocratie, de la parole à donner au peuple, commencé dès le 1er Août 1960. Je pense qu’il n’y a que du bien à dire de cette conférence et de ses résultats aujourd’hui malgré les va et vient.
Les gens croient aujourd’hui que la démocratie est un acquis. Non ! La démocratie n’est pas un acquis. J’allais dire, c’est la discussion permanente, la recherche permanente d’un équilibre, ne serait-ce que parce que le peuple évolue dans ses connaissances. Les technologies évoluent. Le peuple grandit. On était 2 millions le 1er Août 1960, on est aujourd’hui environ 11 millions. Nous serons certainement 20 millions dans dix ans. La démocratie, c’est cela. C’est la recherche permanente. Et il ne faudrait pas oublier en ce trentième anniversaire, les deux figures majeures, sans lesquelles il n’y aurait pas eu de conférence nationale. Bien entendu, le Général Mathieu Kérékou qui n’était pas mon ami mais à qui je dois rendre hommage, et puis Monseigneur Isidore De Souza, professeur, mon père, qui a fait montre d’une sagesse inouïe. Et le courant passait correctement entre lui, l’ecclésiastique et le Général. Ça, c’est le Bénin.

Aujourd’hui, 30 ans après, y-a-t-il des choses à refaire ou à parfaire ?
Vous me posez la question à un moment où la France, l’inventeur, pour ainsi dire, des démocraties qui sont les nôtres, est en pleine recherche d’elle-même, en pleine interrogation. Alors, il y a toujours des choses à faire. Et il y aura toujours des choses à parfaire. C’est cela la démocratie. Mais il faut maintenir la ligne. Il faut la maintenir coûte que coûte pour ne plus jamais refaire l’expérience que nous avons faite.
Le Bénin, de ce point de vue est un pays à respecter, à honorer. Nous avons fait toutes les expériences, y compris celle de l’immobilisme, dont nous avons cru qu’il nous conduirait au progrès, au développement. Non, l’immobilisme ne conduit à rien du tout. Ce qui conduit à tout c’est le mouvement, quitte à ce que le mouvement soit parfois, à reculons. Nous sommes en train de reculer. Nous n’avançons plus. Maintenant on va avancer. Mais il n’y a que le mouvement qui fasse avancer. Il n’y a donc que la démocratie qui fasse avancer à travers ses hauts et ses bas. C’est ainsi. Elle ne sera jamais parfaite la démocratie.
Propos recueillis : Arnaud DOUMANHOUN





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