Protection des médias et pluralité démocratique : Paul Hounkpè au charbon

Moïse DOSSOUMOU 9 juin 2021

Il prend son rôle très au sérieux. Nommé par décret le 4 mai dernier en qualité de chef de file de l’opposition, Paul Hounkpè fait à nouveau parler de lui. Après un moment d’effacement qui lui a peut-être permis d’habiter la fonction, le patron du parti Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) se donne de plus en plus des airs de leader politique. Après avoir appelé les contempteurs du régime de Patrice Talon à militer à ses côtés et sous ses orientations, il est passé à une vitesse supérieure. A bon droit, il a pris son bâton de pèlerin pour se rendre dans certaines institutions de la République notamment à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) et à l’Assemblée nationale. Le choix porté sur ces organes n’est pas anodin. L’un et l’autre sont censés protéger et garantir la pluralité des opinions.

Défenseur des médias
A la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, Paul Hounkpè s’est intéressé aux sujets sensibles. Il veut œuvrer afin que la Haac revoie sa copie pour ce qui est de la suspension et de la fermeture selon le cas de certains organes de presse. Le nouvel avocat des médias veut obtenir auprès de la Haac que les lignes commencent à bouger sur ces dossiers. Désireux de faire aboutir sa requête, il entend échanger avec les promoteurs et les employés des médias concernés afin que cesse ce dialogue de sourds. Pourra-t-il réussir là où beaucoup d’autres ont échoué ? Très inspiré, il n’a pas manqué d’embrayer sur l’accès de l’opposition aux médias de service public.

A la quête de voix discordantes au parlement
Porteur de plusieurs préoccupations, à l’Assemblée nationale, face à Louis Vlavonou, Paul Hounkpè a plaidé cette fois-ci le cas de l’opposition dont il est le porte-flambeau. Absents de cette institution de contre-pouvoir depuis les législatives de 2019, les opposants ne peuvent plus donner de la voix au parlement. Malgré cela, le chef de file de l’opposition veut trouver le mécanisme idoine afin que les voix discordantes s’expriment et soient prises en compte au cours de l’étude et du vote des lois. Après avoir reconnu que la mise en œuvre des réformes politiques a « conduit à des pertes de repères pour plusieurs chapelles politiques », il veut obtenir du président de l’Assemblée nationale que la parade soit trouvée pour corriger le tir. « Il est de bon ton que nous soyons en contact avec l’institution à travers son président pour que nous puissions ensemble trouver une formule qui nous permettra de régler l’éternel problème de l’absence de l’opposition au parlement… Pour cultiver la paix dans notre pays, il faut qu’on revienne sur certaines lois. Il faut qu’on trouve une formule pour permettre à l’opposition d’apporter sa touche… ».
Après ces visites de prise de contact avec les responsables des instituions, que fera Paul Hounkpè ? Va-t-il se limiter à ces déclarations pour paraître et obtenir la faveur de l’opinion ? Ou au contraire, compte-t-il vraiment mouiller le maillot pour obtenir des résultats probants ? « C’est à l’œuvre que l’on reconnaît l’artisan », enseigne un adage. Si le chef de file de l’opposition veut juste paraître, il aura réussi son coup. Mais s’il veut aller plus loin et marquer les esprits, c’est maintenant que le plus dur commence pour lui.

Restaurer la confiance au sein de l’opposition
Un autre défi et pas des moindres attend d’être relevé par Paul Hounkpè dont la légitimité pour représenter l’opposition est remise en cause dans son propre camp. Candide Azannaï de Restaurer l’espoir, Eric Houndété des Démocrates et Valentin Aditi Houdé de la Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement ne sont pas en harmonie avec lui. Tous ceux-là voient d’un mauvais œil sa nomination à ce poste que Eric Houndété a d’ailleurs qualifié de « non-événement ». De la même manière qu’il fait actuellement le tour des responsables des institutions de la République, Paul Hounkpè pourra-t-il tendre la main à ces contempteurs au sein de l’opposition et parvenir à échanger avec eux en vue d’un dégel ? S’il parvient à faire ramener ce beau monde à de meilleurs sentiments, il aura réussi à briser les résistances et renforcer sa position. A-t-il les atouts pour réussir ce coup d’éclat ? Il ne perd rien à essayer.





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