Question sur le harcèlement à l’Université et dans les institutions : Mèdégan Fagla dénonce, Bako parle du cas des enseignants provoqués

Isac A. YAÏ, Karim O. ANONRIN 6 janvier 2021

La question orale avec débat posée au gouvernement par la députée Romarique Sèdami Mèdegan-Fagla sur le harcèlement sexuel dans les universités et dans les institutions de la République a fait l’objet ce jeudi de débat au Parlement. Pour la circonstance, c’est la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Eléonore Ladékan Yayi, qui est venue apporter la réponse du gouvernement à la représentation nationale. Sans ambages, cette dernière a reconnu l’existence du phénomène dénoncé par la députée Romarique Sèdami Mèdegan Fagla, enseignante à la Faculté des sciences de santé (FSS) de Cotonou. Aussi, a-t-elle évoqué les mesures souvent prises par le gouvernement pour décourager les contrevenants. « …J’ai suivi les observations de quelques députés sur la sémantique même du phénomène du harcèlement. Le harcèlement sexuel se manifeste sous quelles expressions dans nos universités ? On connaît de façon globale quelques-unes. Je vous assure qu’il y en a encore beaucoup et il convient de faire une recherche documentaire pour pouvoir mener des actions globales si nous voulons lutter contre le harcèlement (…) Je vous assure que même dans le processus de recrutement des assistants, il y a le harcèlement sexuel. Pour recruter le personnel administratif, pour recruter les enseignants, il y a cette forme de pression qui est exercée. Comme le président lui-même l’a dit, autour de cette question, vous avez d’autres questions comme le trafic de notes, les fraudes, la tricherie. Tout cela, nous en avons fait une grande préoccupation (…) Pas plus tard qu’il y a deux semaines, nous avons tenu une séance avec l’intersyndicale des enseignants des universités pour dire qu’au-delà de ce que nous abordons comme obligation et comme revendications, il y a quand même des questions préoccupantes qui concernent tout le monde. Nous leur avons présenté le tableau et ils ont trouvé qu’il était assez suffisamment sombre… », a dit la Ministre Eléonore Ladékan Yayi. Entre temps, tout en soutenant l’initiative de la députée Sèdami Mèdegan Fagla, le député Nassirou Arifari Bako, lui-même enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi, a présenté un autre aspect de la situation du harcèlement dans les universités. Selon lui, les comportements de certaines étudiantes dans leur posture dans les amphithéâtres devant les enseignants et leurs comportements vestimentaires sont aussi la base du harcèlement sexuel dans les universités au Bénin.

Les clarifications du député Nassirou Arifari Bako
« Le harcèlement n’est pas unilatéral. Le harcèlement est bilatéral »

« …Je m’en voudrais de ne pas dire un mot sur un sujet qui concerne un monde auquel j’appartiens. Je veux dire le monde universitaire (…) La question du harcèlement a été criminalisée à la manière occidentale dans nos lois même si ça prend parfois des formes spécifiques. Mais on est obligé de faire avec la loi. Vous savez, je peux comparer les différents milieux. J’ai été d’abord enseignant à l’Université de Cologne en Allemagne pendant au moins 4 ou 5 ans avant de rentrer au Bénin et je sais ce que cela veut dire de parler de harcèlement dans le contexte universitaire là-bas. C’est une contrainte pour les enseignants. Je peux vous dire que pour recevoir nos étudiantes, ma technique était de garder la porte de mon bureau ouverte parce que les enseignants hommes surtout sont pris dans un engrenage, dans une certaine peur étant donné que vous pouvez être dénoncé même de manière malveillante. Je connais des cas d’enseignants qui ont perdu leur emploi avant que la justice ne les blanchisse. Chez nous au Bénin, ce n’est pas encore le cas (…) Le phénomène du harcèlement est un phénomène social et massif dans les universités. Mais dire que la majorité des enseignants, telle que ma collègue Sèdami Mèdegan Fagla l’a évoqué dans sa question, s’y retrouvent, je voudrais qu’on relativise. Il y a certainement des enseignants qui s’y trouvent, mais il y en a quand même, la majorité qui respecte l’éthique et la déontologie du métier (…) Lorsque les étudiants arrivent, c’est la découverte d’une certaine liberté vis-à-vis des parents. Cela se traduit par un mode vestimentaire inadmissible et des postures indélicates. Je peux vous dire en tant qu’enseignant, lorsque vous êtes en face de vos étudiants, tous sexes confondus, avec certains comportements, quelle que soit votre éthique, vous avez des questionnements. Je crois qu’un travail doit se faire par rapport à cela à l’Université (…) Je pense que le gouvernement peut aider à prendre certaines mesures parce que ça commence aussi par là. Quand les étudiants arrivent, ils se constituent en des clubs, des réseaux. Vous avez des réseaux de trafic de notes, des réseaux de fraudes. Vous avez tout ce que vous pouvez imaginer dans la société béninoise et beaucoup se retrouvent dans ces réseaux-là. Le harcèlement peut ne pas être le fait de l’enseignant directement. Il y a des gens qui jouent des intermédiaires (…) Le harcèlement est bilatéral. Ce n’est pas unilatéral… »
Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





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