Rencontre avec les maires : L’intégralité de la déclaration de Patrice Talon

22 septembre 2021

Le maire de Kpomassè a dit ce que tout le monde pense. Lorsqu’il a parlé, beaucoup ont applaudi dans la salle. C’est un cri de cœur légitime. Mais ce cri de cœur justifie la réforme. On a mis le doigt sur ce qu’il faut faire. Lorsque j’ai été élu président de la République, j’avais tenté de changer la Constitution pour devenir ordonnateur. Je ne suis pas ordonnateur du budget national. Ce n’est pas moi qui signe les chèques. Le ministre des finances est mon chef en matière d’exécution de ressources financières. Je ne sais pas si vous avez fait attention pendant la campagne. Quand on me présente des doléances, je dis souvent que je vais plaider auprès du Gouvernement. Au Gouvernement, le ministre le plus détesté, c’est le ministre des finances. Il ne faut pas laisser tous les pouvoirs entre les mains d’une seule personne, d’un élu. Que celui qui détient le pouvoir absolu délègue le pouvoir, surtout quand on est élu. Il ne faut pas que le prétexte du choix populaire nous transforme en Dieu sur terre. M. le Maire de Kpomassè, votre budget ne vous appartient pas, c’est le budget de la commune. Ce n’est pas votre argent. C’est l’argent des contribuables. Vous aurez à définir un projet de société, une orientation à faire adopter par le conseil communal. Mais quand vous décidez qu’il y ait un centre de santé et si vous avez désormais le pouvoir d’utiliser les ressources, est-ce vous-même qui allez construire le centre de santé, acheter les équipements, recrutez le personnel… ? Non ! Vous supervisez les travaux, vous contrôler les gens…
Il faut que les élus continuent de représenter la morale pour que le peuple continue de croire en la politique. Il faut qu’ils définissent ce qu’il y a à faire, décident de ce qu’il y a à faire, ne le mettent pas en œuvre directement. Le risque est grand quand ils le mettent en œuvre directement. Il s’agit des risques de corruption, d’incompétence et de mauvaise gouvernance. Chers amis, ayons le courage de faire cela. Que ce soit en notre temps ou en votre temps, que notre histoire commune retienne que c’est en telle année, pendant qu’on était maire, qu’on a contribué au développement du pays. J’ai demandé aux gens de mettre dans la Constitution que nul ne puisse de son vivant faire plus de 2 mandats. L’histoire retiendra que c’est sous Talon que cela a été mis dans la Constitution. Alors que la mode est que, lorsque les gens sont dans le 2ème mandat, on court pour réviser la Constitution. Et on dit que les compteurs sont à Zéro et qu’il faut reprendre. Moi, je dis que si je fais cela en mon temps, l’histoire le retiendra. Je suis déjà un peu fier de ce qu’on dira de moi plus tard. Et c’est ce que chaque gouvernant doit rechercher. Nous devons faire en sorte que l’histoire le retienne. C’est à cela que je vous invite. Je veux que nos apports aillent contribuer à améliorer, à préserver l’essence de cette réforme pour que l’objectif soit effectivement atteint.
Vous avez le pouvoir de sanction. On n’a jamais dit que le Secrétaire Exécutif est au-dessus des maires. Il peut être sanctionné. Il peut être relevé de ses fonctions. Mais quand on a rajouté l’implication du préfet pour apprécier les fautes et consorts, c’est pour éviter que le maire sanctionne son Secrétaire Exécutif parce qu’il n’a pas cédé à ses injonctions. C’est pour cela qu’on veut élargir le champ de ceux qui décident de la sanction. Quand l’Etat central doit effectivement sanctionner ou relever le maire pour faute grave dans notre disposition actuelle, les lois prévoient que ce soit fait en conseil des ministres. Si je signe tout seul un décret pour sanctionner un maire, c’est nul. C’est en Conseil des ministres, parce qu’il faut qu’une décision aussi importante soit débattue et non décidée par une seule personne. Même si les autres sont nommés et sont des collaborateurs, ils viennent et me font la contradiction, parce que nous savons que l’homme n’est pas Dieu.
Je vais vous dire encore quelque chose qui est bien pour vous parce qu’il faut tout faire pour préserver aussi les élus de situations difficiles, c’est-à-dire la reddition des comptes. Ce n’est pas bien que les élus aillent devant la CRIET. Ce n’est pas bien que le Président de la République, pour telle ou telle chose, aille devant les juridictions. Et pour peu que ce soit des gens qui n’ont pas l’onction du peuple, c’est difficile de faire traduire ceux qui sont élus devant la justice. Ce n’est pas tout le temps que le peuple comprend cela. Donc, les fonctions qui nécessitent une reddition parfaite de comptes, qui nécessitent le contrôle, qui nécessitent qu’on réponde, et le plus souvent de ce qu’on a fait et qu’on soit passible de condamnation, comptent mieux que ces choses-là. Il faut, le plus possible, les retirer des mains des élus directement…

Est-ce que les maires ont les moyens de vivre et d’exercer leur fonction ? C’est un problème…..auquel nous devons faire face. Nous devons faire face à nos défis, nos responsabilités, à nos réalités. Il nous faut agir pour que notre pays évolue… Ce que nous perdons dans la mauvaise gouvernance est 100 fois ce que nous économisons en payant de petits salaires au gens. Un maire vaut un premier ministre, un maire vaut un député.
…Le maire de Porto-Novo ou le maire d’Abomey-Calavi vaut plus qu’un portefeuille ministériel. Pourquoi ceux-là vont avoir des rémunérations moindres que les ministres ou que les députés ? Donc, il faut réajuster ces choses-là. Il faut qu’on convienne ensemble de consacrer une partie de ressources au financement du quotidien, au financement des impératifs de survie de nos responsables à divers niveaux pour que ceux-ci soient moins contraints à la mauvaise gouvernance pour survivre, pour exister, pour s’acquitter de leurs fonctions. Nous allons ensemble nous mettre à la disposition des collectivités locales des ressources nécessaires pour payer les salaires décents aux maires, aux adjoints aux maires, aux Chefs d’arrondissements et même aux conseillers qui se préoccupent de ce qui se passe. On a des raisons d’attendre d’eux des résultats. C’est une fonction de gouvernance. Ce n’est pas du bénévolat. Nous allons consacrer une partie des ressources. Et comme cela, la Nation sera plus exigeante à l’égard des uns et des autres, ….
Réalisation Adrien TCHOMAKOU





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