Soglo, Yayi, Amoussou, Houngbédji, Ajavon, Azannaï : Talon y compte des amis, un ex partenaire et des contempteurs « intouchables »

Moïse DOSSOUMOU 28 septembre 2020

Sans langue de bois, Patrice Talon dit tout ou presque sur ce qui le lie ou l’oppose à certains ténors de la classe politique béninoise. Les colonnes de « Jeune Afrique » qui ont relayé ses épanchements, permettent de découvrir, avec un brin de surprise, que malgré tout, le chef de l’Etat tient en estime certains et reste froid avec d’autres.

Sébastien Ajavon n’aura été qu’une échelle pour Patrice Talon. Rien que ça. Pas un brin d’amitié n’a lié les deux hommes, qui bien que n’opérant pas dans le même secteur d’activités, ont réussi à tutoyer les cieux. Les bons offices accomplis par Sébastien Ajavon, alors président du Conseil national du patronat pendant que Patrice Talon était en exil et le report de voix lors du second tour de la présidentielle de 2016 n’ont pas rapproché les deux désormais adversaires. Il faut croire que leurs relations se limitaient aux apparences et qu’ils n’ont vraiment rien partagé ensemble. Le chef de l’Etat ne s’est pas gêné pour décrire leurs relations en des termes sans appel. « C’était un partenaire politique, et en politique, il n’y a que des partenariats de circonstance ». Si Sébastien Ajavon ne figure pas dans le cercle des amis de son ex allié, Candide Azannaï y occupe une place privilégiée.

En dépit de leurs divergences politiques manifestes depuis sa démission du gouvernement, Patrice Talon le tient toujours en estime et il ne s’est pas embarrassé pour l’affirmer. « Je le considère toujours comme un ami personnel, même si, pour des raisons que je n’ai jamais vraiment comprises, il a décidé de prendre ses distances. J’en ai conçu une certaine peine et je souhaite, car rien de sérieux ne nous oppose, qu’il ne s’enferme pas dans cette adversité au point de ne plus pouvoir revenir en arrière ». A tout point de vue, Patrice Talon a du mal à considérer Candide Azannaï comme un adversaire, vu toute la peine qu’il s’est donné pour conquérir les cœurs des électeurs à sa cause en 2016. Déjà en 2012, le président du parti « Restaurer l’espoir » avait dégainé contre Boni Yayi et a incarné presque seul l’opposition avant d’obtenir du soutien quelques années plus tard. En déplacement fréquent à Paris à l’époque, Azannaï a pris fait et cause pour Talon dès les premières heures de l’annonce de sa candidature. Tout ce dévouement a dû peser dans la balance à telle enseigne que Talon ne peut s’empêcher de le considérer comme un proche, même si, visiblement, la lune de miel n’est plus qu’un souvenir. Tout comme Azannaï, Adrien Houngbédji, que beaucoup considéraient à tort comme un paria de la rupture, est un ami de Patrice Talon.

Le leader des « tchoco-tchoco » devait se sentir grisé en lisant ces quelques lignes où il s’est vu placer sur un piédestal par le premier des Béninois. Tous les leaders politiques, même les soutiens les plus loyaux, ne peuvent se considérer comme amis du chef de l’Etat. En dépit de ses malheurs avec la rupture qu’il a pourtant servie, excepté la parenthèse de 2016, Houngbédji est en droit de se sentir requinqué par cette déclaration affectueuse de Patrice Talon. « Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji, par exemple, sont des amis ». Il y a encore quelques jours, le président du Parti du renouveau démocratique (Prd) à l’ouverture de l’université de vacances, édition 2020, exprimait son amertume pour le traitement peu amical dont les siens et lui sont l’objet au sein de la mouvance présidentielle. Il ne pouvait pas s’imaginer que, quelques jours plus tard, le chef de l’Etat lui essuierait les larmes de la plus belle des manières.

Inutile de s’appesantir sur Bruno Amoussou qui, depuis 2016, bénéficie de l’oreille et de l’attention de Patrice Talon. A plusieurs reprises, il a reçu le président de la République à son domicile et il dirige l’Union progressiste, qui a actuellement le plus grand nombre de députés et de maires. Etant un partenaire politique de choix, sans surprise, il est auréolé par le chef de l’Etat.
Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi auraient pu avoir droit, eux aussi, à des mots bienveillants de Patrice Talon. Mais il n’en est rien. Ce sont plutôt des paroles d’amertume que le président de la République a prononcées à l’encontre de ses deux prédécesseurs.

« Je crois que l’on s’attendait que ces personnalités profitent de leur statut de quasi-intouchables pour être des recours en matière de conseils, de sagesse, d’arbitrage et d’expérience. Mais, quand à l’instar de Thomas Boni Yayi, on se comporte en compétiteur alors qu’on n’est plus dans la compétition, il y a problème. Et quand, tel le patriarche Soglo, on en vient à insulter en public le chef de l’Etat en exercice de son propre pays, il y a de quoi s’inquiéter. Je souhaite que l’un et l’autre retrouvent leur rang et leur niveau, qu’ils se ressaisissent. Dans l’intérêt du Bénin qu’ils ont tous deux eu l’honneur de diriger ». Le contexte, les réformes et l’action politique de Patrice Talon ont déplu à ses aînés dans la fonction présidentielle qui se sont ligués contre lui. Pour une fois, Talon étale ouvertement son état d’âme sur les agissements de ses prédécesseurs.

En soi, ce n’est pas une surprise. Cet exercice auquel s’est prêté Patrice Talon permet à l’opinion de se faire une meilleure idée sur ses rapports avec certaines personnalités politiques dont il est ou fut proche. A leur tour, quand l’occasion se présentera, elles ne manqueront pas d’exprimer leur part d’affection ou d’adversité.





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