Succession à la tête des tchoco-tchoco : Houngbédji, prisonnier de son parti

Moïse DOSSOUMOU 21 décembre 2021

Comme un goût d’inachevé. Le 5ème congrès ordinaire du Parti du renouveau démocratique (Prd) n’a pas tenu toutes ses promesses. Comme d’habitude, le leader charismatique du parti a réuni les militants pour délivrer un discours. Beaucoup ont cru à tort qu’il était venu le moment pour Adrien Houngbédji de passer le témoin. Mais, celui-ci ne l’entendait pas de cette oreille. Du moins, s’il a laissé entendre qu’il était temps de partir, c’était pour mieux s’installer confortablement à son poste. « Cela fait 32 ans, une éternité en politique, que je dirige ce merveilleux parti…Il ne reste pas grand monde de la génération qui a mis ce parti sur les fonts baptismaux ». Mieux que quiconque, Adrien Houngbédji est conscient que son œuvre politique que représente le Prd est menacé de disparition. C’est d’ailleurs à dessein que ce congrès a été baptisé comme celui de la Remontada.

Résistance…Résilience
En trois décennies d’existence, ce parti a connu des fortunes diverses. Auréolé et porté au pinacle (législatives 1991, 1995), descendu de son piédestal (communales 2020), si proche et subitement si loin de la conquête du pouvoir d’Etat (2006), le Prd a vécu des moments de triomphe et de grande mélancolie. Restée longtemps dans l’opposition, cette formation politique redécouvre non sans peine le bonheur de faire partie de la mouvance présidentielle. Sous Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou, Boni Yayi et maintenant Patrice Talon, les tchoco-tchoco se sont beaucoup plus illustrés comme des opposants. Avec Patrice Talon dont ils se revendiquent partisans, ils n’ont pas cru devoir disparaître pour fondre dans l’un des blocs qui soutiennent le pouvoir, car « jaloux de leur identité ». Ce choix risqué les a éloignés depuis 2019 de certaines instances publiques de prises de décisions que sont l’Assemblée nationale et les communes. Ecarté des législatives de 2019, le Prd qui a été remis en selle lors des municipales et communales de 2020 n’a pas réuni le pourcentage exigé par le code électoral pour siéger, malgré les suffrages obtenus qui, à une période donnée, lui auraient permis de diriger certaines communes.

Remontada ou disparition certaine
Dépourvu d’élu, fragilisé et menacé de disparition, le Prd se retrouve face à son destin. Vivre ou mourir. Dos au mur, les militants du parti arc-en-ciel ne lâchent pas l’affaire. « La remontada n’est pas une incantation, c’est un défi lancé à nous-mêmes. Nous remonterons parce que nous travaillerons. Nous réussirons parce que nous voulons nous réconcilier avec tous nos frères et sœurs qui nous ont quittés par incompéhension. Nous remonterons parce que nous aurons rassemblé autour de nous, un plus grand nombre de Béninois ». A l’évidence, Houngbédji et les siens croient toujours au miracle. Parce qu’il sait qu’avec les caciques actuels du parti, la tâche sera ardue sinon impossible, Hougbédji fait bien de tendre la main à ceux qui sont partis et aux autres bien plus nombreux qui, suspicieux, rechignent à adhérer au parti.

La succession… un échec pour Houngbédji
N’étant pas éternel, le leader des tchoco-tchoco savait mieux que quiconque qu’il lui fallait préparer la succession. Etoffé de plusieurs leaders auparavant, ce parti, au fil du temps, est devenu une peau de chagrin. Il n’est pas si loin le temps où l’arc-en-ciel brillait de toutes ses couleurs. Les feux Ismaël Tidjani Serpos, Timothée Zannou et Kamarou Fassassi, pour ne citer que ceux-là, y ont contribué. Avec eux, la génération formée par Bernard Dossou, Mathias Gbèdan, Joël Aïvo, Moukaram Badarou, Moukaram Océni et Augustin Ahouanvoèbla a aussi contribué à écrire en lettres d’or une partie de l’histoire de ce parti assimilé à une religion par les plus passionnés. Aujourd’hui, autour de Adrien Houngbédji, il ne reste plus grand monde. Seule une poignée de fidèles forment le cercle fermé de ses collaborateurs. Charlemagne Honfo, Emmanuel Zossou, Michel Bahou, Falilou Akadiri gardent tant bien que mal la maison. A leurs côtés, une floppée de jeunes gens et jeunes femmes encore inconnus du grand public mais qui ne demandent qu’à faire leurs preuves. Malheureusement, aucun de ces personnages et illustres inconnus n’a la carrure et l’aura de Adrien Houngbédji. Faut-il lui jeter la pierre de n’avoir pas su préparer la relève ? S’est-il résigné à laisser le bateau couler après lui ?
Samedi dernier, à Porto-Novo, Adrien Houngbédji exprimait son amertume et son impuissance face à la situation. « Il est temps que je me retire pour un repos auquel j’aspire au plus profond de mon être. Mais ce congrès n’est qu’un moment, une escale. Le bateau devra reprendre le large ; bientôt, très bientôt. Pour affronter le mauvais temps ; entendre le chant des sirènes, côtoyer les récifs ; et pour survivre. Serais-je bien inspiré de rester à quai et de le regarder partir ? Et si je montais de nouveau à bord, aurais-je encore la force de tenir le gouvernail ? Je n’ai pas de réponse à ces questionnements ». En se remettant aux congressistes qui n’étaient pas préparés à son départ, Houngbédji, s’est déchargé un instant, pour leur refiler la patate chaude. Malgré lui, alors qu’il est appelé à passer la main pour voir son œuvre politique lui survivre, il se retrouve prisonnier des siens. Un Prd sans Adrien Houngbédji est dans l’ordre du possible. Mais cela se prépare sur la durée. A-t-il le temps et l’énergie pour relever ce défi ? Réussira-t-il à sortir de la prison tchoco-tchoco ? Finira-t-il par renoncer à l’identité de l’arc-en-ciel pour fondre enfin dans l’un des blocs de la mouvance afin de sauver ce qui peut l’être ? Toutes les hypothèses sont possibles. Une chose est sûre. Au regard de son parcours politique, Houngbédji ne devrait pas faire face à un dilemme à l’heure de la succession.





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