A Bohicon et Abomey : Violences sexuelles et sexistes en toute impunité

La rédaction 13 octobre 2020

En dépit de l’arsenal juridique mis en place au Bénin pour protéger les droits humains et les droits des enfants, de nombreuses filles sont encore victimes de violations à caractère sexuel et sexiste. Les communes d’Abomey et de Bohicon constituent des cas très représentatifs de ces pratiques encore trop répandues au Bénin. En toute impunité…

Dans la soirée du mardi 15 septembre 2020, à quelques encablures du carrefour Mokass à Bohicon, ville située à environ 124 km de Cotonou, Jeanne, enfant de 10 ans, élève en classe de 6ème au Ceg 1 de Bohicon est assise sur un tabouret, est anxieuse, un plateau de tomates sur les jambes. « J’ai peur de rentrer à la maison. Maman va me frapper si je ne finis pas de vendre toute la tomate », se plaint-elle, au bord des larmes. Il sonnait 19h environ. Pendant que ses frères se livrent à des jeux, elle devra aider leur mère, veuve, à écouler son stock de tomates au risque d’être battue ou privée de petit-déjeuner. Ainsi, malgré tout le déploiement juridique au plan national, régional voire international, et les répressions que subissent leurs auteurs, les violences à caractère sexiste perdurent et prennent des proportions inquiétantes. Mis le cas de Jeanne n’est ni isolé ni limitatif des différents traitements existes et dégradants que subissent les filles. Antoinette Houédjissin, responsable du Centre promoteur social (Csp) de Zagnanado (département du Zou) conte l’histoire de Brigitte. Agée de treize ans, élève en classe de sixième, elle fait la vente ambulante pour sa mère. Mais à chaque retour, sa génitrice lui fait des touchers vaginaux, cherchant à voir si sa jeune fille n’aurait pas eu des relations sexuelles avec un homme. Une situation qui l’a amenée à fuguer plusieurs fois, jusqu’à se retrouver à Abomey (département du Zou). Mais quand elle fut retrouvée, elle ne donna pas la vraie identité de ses parents afin de ne plus retourner à la maison et subir la même violence sexiste et physique
« La division par sexe est une division fondamentale, qui a grevé de son poids toutes les sociétés à un degré que nous ne soupçonnons pas. Notre sociologie, sur ce point, est très inférieure à ce qu’elle devrait être [...] Nous n’avons fait que la sociologie des hommes et non pas la sociologie des femmes, ou des deux sexes », relevait déjà avec doigté, Marcel Mauss dans la Cohésion sociale des sociétés polysegmentaires (1931). Quid des répercutions de ces pratiques sur les victimes ?

Une identité perdue…
Les conséquences sont d’ordre psychologique, anthropologique et social. « Les enfants subissent une certaine déformation au cours de leur développement. Ils peuvent être dénaturés au point où leur vie sexuelle peut connaitre un certain dévergondage », explique Hervé Jean Baptiste Zountchégbé, président de l’Ong étoile des promoteurs de la dignité humaine. Plus tard, la victime pourrait avoir du plaisir à se livrer à des déviances au plan sexuel, ou alors se replier sur lui-même, en cas d’extrême droite. Elle développe également une prise de position et peut ne pas se marier un jour, par peur du sexe opposé.
Au dire de Antoinette Houédjissin, responsable du Centre promoteur social (Csp) de Zagnanado, la victime est fréquemment aux aguets et en état d’hyper-vigilance. Elle développe des troubles de personnalité, un sentiment de honte et de culpabilité, d’infériorité par rapport à l’autre sexe et des difficultés à prendre des décisions la concernant. Pourtant, ces actes sont punis par différents textes de loi.
Comment rectifier le tir dans des sociétés très ancrées, dans des pratiques qui violent les droits humains. Au Bénin, plusieurs dispositions de la loi 2015-08 du 23 janvier 2015 portant code de l’enfant en République du Bénin, protègent l’enfant et punissent toutes formes de violences à leurs égards. L’article 344 précise : « lorsque les traitements cruels, inhumains ou dégradants sont le fait du père, de la mère ou du tuteur, la peine est la réclusion à perpétuité. Et le fait de soumettre un enfant à des actes de tortures ou traitements inhumains, cruels ou dégradants, sans que mort s’ensuive, est puni de cinq (05) à vingt (20) ans de réclusion et d’une amende de cinq cent mille (500 000) à un million (1 000 000) de francs CFA ».
Le Brigadier de Police, Pascal Amankpo du commissariat de Police de Glazoué fait savoir, que de nombreuses plaintes sont relatives à la discrimination et au viol, en matière de violences sexiste et sexuelle. « Avant de délivrer la convocation, nous exigeons des parents, que ces enfants aillent à l’hôpital afin de subir un examen médical. Cela permet d’obtenir un certificat médical qui atteste que l’enfant a été violé. Si tel est le cas, on invite le mis en cause et on fait subséquemment la procédure parce que le viol est un crime ». Mais si la loi est claire s’agissant des infractions comme le viol, elle ne l’a pas été par rapport à d’autres dommages tout autant graves.
Le juriste Narcisse Adoubadji fait remarquer à juste titre, que le Code de l’enfant béninois n’a pas expressément défini ce qu’est la violence sexiste sur l’enfant. Mieux, quand on parle de violences sexistes ou sexuelles, c’est plus liée à la gente féminine. La loi n°2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes, notamment en son article 2 dispose que les violences faites à l’égard des femmes sont définies au terme de la présente loi comme tous actes de violences dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée.

Garçon et fille, des égaux
Senami Akoha, spécialiste en protection sociale de l’enfant et de la jeunesse, en service à l’institut des filles de Marie auxiliatrice des sœurs salésiennes, ouvre davantage le champ. On retiendra que les violences physiques, économiques, sexuelles (viol, abus, harcèlement), exploitation sexuelle (incitation de mineurs à la débauche, prostitution, proxénétisme, inceste, Mariage forcé), les mutilations génitales, les pratiques traditionnelles préjudiciables, la maltraitance, la négligence et les privations ou manque de soins, l’exposition de l’enfant à la violence conjugale, sont punis par la loi. Au nombre de cet armada juridique qui sanctionne les violences sexistes figurent les lois n°2003-03 du 03 mars 2003 portant répression de la pratique des mutilations génitales féminines, n°2006-04 du 10 avril 2006 portant conditions de déplacement des mineurs et répression de la traite d’enfants et n°2006-19 du 17 juillet 2006 portant répression du harcèlement sexuel et protection des victimes en République du Bénin. « Ce qui n’est pas encore récurrente dans notre pays, c’est la violence faite aux hommes. Ce sont les femmes qui sont brimées. C’est pour cela qu’il y a un texte spécifique pour elle. Même l’enfant fille est concernée par ce texte », explique le juriste Narcisse Adoubadji.
Toutefois, Marie Hervé Jean Baptiste Zountchégbé, maître psychologue et médiateur en milieu familial et professionnel, évoque en ce qui concerne spécifiquement les enfants, cette tendance que les parents ont à vouloir accuser par exemple une fille d’être incapable de savoir préparer, faire la lessive. « Et on dit nommément pourquoi toi fille, tu es incapable de faire ça ? Ou on dit au garçon, pourquoi lui en tant que garçon, il est incapable de faire ceci ou cela ? C’est aussi une violence à caractère sexiste, et il faudrait sensibiliser les enfants en leur rappelant qu’ils ont les mêmes droits », explique-t-il avant de nuancer : « Si le parent veut manifester une rigueur vis-à-vis de son enfant, parce qu’il est animé d’une paresse, incapable de s’appliquer à travailler, c’est différent. Mais lorsque la punition ou les sévices prennent l’allure de ce que en tant que garçon on doit être capable de ci et vice versa, c’est une violence à caractère sexiste et la loi ne l’autorise pas ».

Le dialogue Parent-enfant, un outil pour remédier au mal
L’arsenal juridique ne suffit plus à régler définitivement la question des violences sexiste et sexuelle ; d’où l’approche relative à l’Education à la santé sexuelle (Ess) des adolescents et des jeunes. Un programme qu’envisage renforcer le ministère des affaires sociales et de la microfinance en mettant un accent particulier sur le dialogue parent-enfant en matière de Santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes (Ssraj). Il s’agit d’une dynamique impulsée par la mise en œuvre du Programme d’action du gouvernement. Les professionnels des médias sont associés à la sensibilisation et à la promotion de la l’Education à la santé sexuelle (Ess) par le dialogue parent-enfant en matière de Santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes (Ssraj).





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