A la découverte de l’histoire de Godomey : « Il fallait être vaillant pour vivre à Godomey », dixit René Lokodénandjèdji

La rédaction 28 août 2020

Godomey est le plus vaste arrondissement de la commune d’Abomey-Calavi, avec plus de 250.000 habitants. Cette brousse devenue champ de résistance, s’est métamorphosée au fil des décennies pour devenir la cité que l’on connaît aujourd’hui à la sortie de Cotonou. Sur les traces de l’histoire de Godomey avec le sage René Lokodénandjèdji, dit « Baba Gbédji », un sage.

Que signifie Godomey ?
C’est une cité très dense où il fallait être vraiment courageux et culotté pour accepter y vivre. Nos aïeux ont réussi à garder le courage et à survivre sur ce territoire. Il faut être vaillant pour pouvoir vivre sur le territoire de Godomey. Pour plus d’explication, ‘’Godomey’’ est composée de mots en langue locale « fon » : ‘’Edogo’’ qui veut dire « efforcer ou résister » et ‘’Nonmin ’’ qui veut dire « rester dedans », le tout pour dire « résister pour rester ».

Qui étaient les premiers occupants de ce territoire ?
En un premier temps, c’était le Roi des ‘’Wlâ‘’ appelé ‘’WlâHossou AHO ‘’ qu’on avait envoyé à Godomey. En ces mains Godomey a été confié. Mais ce dernier n’a pas pu gérer la cité comme il se doit et cela a fait que des ennemis venaient d’un peu partout, traversaient la cité pour combattre le royaume du Dahomey. Cette cité était devenu le raccourci des ennemis pour atteindre le royaume. Alors le Roi a changé de décision. Il remplaça ‘’WlâHossou’’ par ‘’Nombimin’’. Ce dernier a réussi à fermer toutes les entrées secrètes. Il a réussi à s’imposer. Il a pris ‘’Gazoman yiaba’’ pour la gestion de ‘’Ylômahuto’’, premier fils ‘’Agbodranfô’’ à ‘’Cadjèhoun ‘’ et ‘’Lokodénandjèdji’’ à ‘’Dènou’’ pour se charger de la fermeture de toutes les entrées, et son benjamin ‘’Tofior’’ à ‘’Wlâkomey’’ pour que celui-ci s’en charge du côté du lac. Et c’est comme ça qu’il a réussi à diriger la cité de Godomey jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’envahissement. Et ainsi le Roi a eu confiance en ‘’Nombimin’’ et ses enfants. D’où les Nombimin sont devenus les premiers occupants et leurs descendants sont les familles ‘’Agbodranfô’,’’Lokodénandjèdji’’,’’Ganzôman yiaba’’ et ‘’Tofio’’.

Quel aspect présentait la cité de la résistance en ces temps-là ?
Godomey était une grande brousse et il n’y avait pas un endroit qui était une ville au temps de nos aïeux. Donc, ils s’installaient dans la brousse et y restaient. Et au moment où ‘’Nombimin’’ prenait la direction de la cité ‘’Godomey’’, c’était un petit chemin tracé qui permettait d’entrer dans la cité. Il n’y avait ni voiture ni moto. Les gens se regroupaient pour faire les travaux champêtres. Ils faisaient venir leurs proches de toutes les régions pour qu’ils puissent venir travailler dans la cité. Ils construisaient des maisons en argile et vivaient dans les champs avec les animaux sauvages. Ils mettaient des feux de brousse, chassaient les animaux et c’est comme ça qu’ils vivaient dans le temps. Et jusqu’en notre temps, il n’y avait pas assez de maisons à Godomey. On ne trouvait que des maisons en paille, distanciées l’une de l’autre par des kilomètres. Les personnes familières se regroupaient pour habiter une seule maison, c’était comme ça jusqu’à ce qu’on commence par construire des maisons en pierre mais toujours avec la toiture en paille.
Et avant qu’on ne trouve des maisons en tôle, c’était dans les années 1935, 1940,1950. On pouvait trouver dans les maisons de ceux qui sont vraiment aisés une petite construction en tôle. Et c’était comme ça avant que les gens ne deviennent plus nombreux. On a commencé par partager, les territoires à chaque famille. La famille ‘’aza’’ est l’un des messagers de ‘’Nobimé’’. Les ‘’Alintinssou Agbo ‘’ aussi. Ils ont commencés ainsi à construire des maisons et à tracer des chemins. Et c’est comme ça qu’on a les différents quartiers.

Quelle était l’ambiance qui régnait entre les gens de la cité ?
A l’époque, il n’y avait pas de querelles. Nos aïeux se confrontaient les idées mais ils finissaient par se comprendre. Dans l’affrontement des idées, chacun défendait sa cause pour avoir raison. Mais dans le cas contraire où ceux-ci ne se comprennent pas, on prévoit une assise dans la concession de « Nombimè ». Et ensemble, ils arrivent à décortiquer le faux du vrai. Chaque personne est jugée, et de bon ou de mauvais, les intéressés se comprennent avant la fin de l’assise. Mais en vérité il n’y a pas de querelle entre les familles.

Comment est né le marché de « Godomey » ?
Ce marché, on l’appelait « Ylômahuto », et c’est à raison. C’était un lieu où on jugeait les criminels de la cité. Et à ce lieu, on exécutait toutes les personnes qui commettaient un grand crime. Mais il est arrivé qu’un jour, l’un des fils du roi a commis une faute qui n’était pas si grave pour qu’il soit exécuté. Mais les gens de la cité ont voulu qu’on lui applique la même règle pour faire du mal au roi. Ce que le gouverneur n’a pas accepté et à interprété la scène comme un « appel de Dieu ». Ce qui veut dire en fon « Ylômahuto ». C’est le centre de la cité où siégeait le gouverneur « Nombimin » et pour faciliter la vie aux citoyens de la cité, ils ont décidé de créer le marché à cet endroit.

Est ce qu’il était aisé de vivre à Godomey ?
Quand on naît sur un territoire, on s’adapte au mode de vie que vous offre ce territoire. Et quand cet endroit se développe, toi aussi tu connais et tu vis de ce développement. Et dans la période c’était bien pour nos aïeux de vivre dans la brousse, parce qu’ils trouvaient que c’était la manière de vivre dans ce monde et pour cela, il ne faudrait pas avoir peur. Moi, j’ai vécu sans l’électricité. Nos parents utilisaient les lampes à huile pour avoir l’éclairage et travailler la nuit. On avait à notre disponibilité l’huile de palme qu’on utilisait pour allumer les lanternes. On utilisait aussi les papayes non mûres dont enlevait les graines de l’intérieur pour y mettre l’huile rouge et une corde de tissu pour tenir la lumière. Moi je l’ai utilisé pour étudier dans la période. Et cela ne gênais pas et on était fière de vivre ainsi jusqu’à ce qu’on nous amène l’électricité.

Comment est née l’Eglise « St Thérèse de Godomey » ?
Par apport à l’Eglise « St Thérèse de Godomey ». Il s’agissait d’un chef de garde du nom de : « Métamaou Quenum » qui était gravement blessé, il souffrait de son mal quand une nuit, l’esprit de « Sainte Thérèse » lui est apparu en songe et lui a donné des instructions pour que sa blessure se guérisse. Toujours à l’époque, les missionnaires venaient dans le pays mais ne s’arrêtaient pas à « Godomey ». Ils allaient directement à Calavi. Mais les habitants de Calavi ont consigné aux missionnaires la cité de « Godomey » pour la réalisation de leur projet. C’est ainsi que les sages de Godomey se sont réunis pour trouver un territoire au bord du basfond qui appartenait à « Adjovi ». Mais ce dernier au fil du temps a trouvé de l’argent et à décidé de chasser les missionnaires qui venait prier dans l’Eglise au bord du basfond. Cette réaction du propriétaire terrien « Adjovi » a suscité les autres sages de la cité à s’interposer. Malheureusement, ce dernier a refusé et l’Eglise a été transférée à « Ylômahuto » où elle a été reconstruite par les missionnaires dans les années 1920. Alors les sages de la cité de « Godomey » se sont réunis pour maudire ce basfond, qui jusqu’aujourd’hui n’a pas connu de développement. C’était un grand lien qui vient d’être tissé entre nos aïeux qui pratiquaient les cultes endogènes et les prêtres religieux. Cette même Eglise a été reconstruite sous la direction du « Père Méchant » qui était aussi missionnaire au Bénin.

Quelles sont cultures de « Godomey » ?
Il y a plusieurs types de culture, et à « Godomey » la première culture se repose sur les pratiques endogènes. C’est d’ailleurs ce qu’ils adorent et on y trouve les cultes de : « lissa », « Sakpata », « hounwxê » et « hêviosô ».Ce sont les cultes de nos ancêtres qui continuent jusqu’à ce jour et chaque année nous avons la sortie des nouveaux adeptes de vodoun. Il y des « adeptes possédés qui font des séjours dans le couvent et les « adeptes non possédés qui sont juste désignés pour accompagner les initiés. Le deuxième culte concerne les collectivités. Parce qu’une famille part d’une collectivité. Et au sein collectivités, il est organisé des cérémonies pour les défunts, une petite concession (Panthéon) leur est réservée dans lequel on y trouve des objets pour scruter en aluminium et qui représente cette dignité de la famille qui n’est plus. Alors chaque année, les cérémonies sont organisées pour rendre hommage à toutes ces personnes qui ne sont plus. Ces festivités sont organisées dans toutes les collectivités par les chefs de collectivités. A part cela, il y a les fêtes de fin d’année que nous organiser en famille. La noël qu’on appelle « nata » et la fête du nouvel an appelé « Adoubon ».
Propos recueillis par Deo-Gratias SOMAKPO & Brunelle Aza (Stags )





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