Achat de bouteilles et plastiques à Cotonou : Le marathon des femmes pour nettoyer la ville

La rédaction 4 juin 2021

A Cotonou et environs, certaines femmes se livrent à l’achat des bouteilles et plastiques. Elles bravent le soleil comme la pluie, parcourent à pieds et à longueur de journées, les coins et les recoins de la ville pour en ressortir des objets récyclages.

« O Gohotowalo ! ». Ce cri strident signale aisément que « l’acheteuse de bouteilles est de passage ». De Godomey à Akpakpa, en passant par Mènontin, Kouhounou, Ste Rita, Gbégamey, et même Jéricho, elles défilent. Paniers sur la tête, sandalettes aux pieds, ces femmes ne passent jamais inaperçues. Telles de véritables marathoniennes, elles sillonnent quartiers et maisons à longueur de journées. Ruth Dassagate réside au quartier Missité à Cotonou. Cet après-midi de mai, nous la croisons à Godomey, avec un panier à moitié plein de bouteilles et de bidons d’huile. « Depuis 7 heures du matin je suis dans la ville. Notre activité est plus qu’un sport », confie-t-elle. Eliane Babadjide, une autre qui se livre à cette activité ne se plaint pas de ce marathon : « Je suis déjà habituée à cette marche. Ça m’aide à subvenir à mes besoins. Je n’y peux rien, même si mes sandalettes s’usent souvent ».

Des bouteilles contre de petits sous
Alertés par les cris de signal, de petits enfants à l’affût se jettent dans la rue. Ils vendent bouteilles de boisson, bidons et des boîtes de pommade à des prix variés. Eliane Babadjide informe qu’elle achète des bouteilles de Gin à 100 fcfa l’une et la bouteille de la bière béninoise à 75 Fcfa. Les bidons de 4 litres, dit-elle sont achetés à 150 Fcfa. Contrairement aux enfants qui se jettent dans la rue, d’autres accueillent carrément ces femmes à la maison. Selon les témoignages, certaines se lancent dans cette activité à cause de la mévente observée dans leurs activités précédentes. D’autres le font pour gagner un peu d’argent et investir dans d’autres domaines. Ainsi elles se lancent dans le commerce de bouteilles pour s’offrir la pitance. « Je n’ai jamais eu honte, puisque cette activité me permet de subvenir à mes besoins et à ceux de mes trois filles », appuie dame Adjaton. Pour réussir les achats, ces femmes prévoient un capital journalier depuis la maison. « Avant de sortir, je garde 20.000 FCFA dans mon porte-monnaie, c’est avec cette somme que je fais l’achat des bouteilles et des plastiques », explique Eliane Babadjide. Puis, en retour, elles se font des bénéfices, en fonction de la période. « Nous faisons assez de provisions pendant la saison sèche. Et nous vendons assez. Ce qui nous procure d’énormes bénéfices. La période morte est la saison des pluies où l’achat des bouteilles est difficile à cause de l’inaccessibilité des voies », précise cette vendeuse.

Les nettoyeuses de la ville
Dans un contexte de pollution plastique, cette activité encourage le tri à la source et le recyclage. Eliane livre les bouteilles et plastiques achetés à des grossistes à Dantokpa, dans le grand marché du Bénin. Une bonne partie échoue au Nigéria. D’autres sont exploités sur le marché béninois. Ce marché intéresse également les revendeurs d’essence, les revendeuses d’huile végétale, etc. En attendant que d’autres activités soient découvertes, certaines femmes se contentent de ce parcours d’amazone.
Aïcha SALOU (Stag)





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