Avance sur salaire aux Aspirants au Métier d’Enseignant : Soulagés, les bénéficiaires émettent des réserves

16 septembre 2022

L’annonce du paiement de l’avance sur salaire aux aspirants est reçue comme une bonne nouvelle. Les bénéficiaires seront soulagés des peines vécues en début de rentrée. Cependant ces derniers évoquent des inquiétudes à ce sujet.

Ils sont nombreux à pousser un ouf de soulagement à l’annonce de la bonne nouvelle. Ils percevront pour la première fois une avance sur salaire en début de la rentrée scolaire 2022-2023. Les aspirants voient ainsi leurs peines atténuées par cette mesure du gouvernement. C’est la première réaction d’Amadou Sika, aspirant en poste dans un collège du département de l’Atlantique. L’enseignant revenu tout fraîchement de ses vacances au nord évoque les peines auxquelles ils étaient confrontés à chaque début de rentrée. « La situation des aspirants est vraiment délicate et cela dure depuis trois ans. A chaque rentrée, nous vivions le calvaire. Tous les aspirants pratiquement s’endettent parce que nous passons trois mois durant les vacances sans aucun sou parce que nous n’arrivons pas à économiser durant l’année scolaire. Evidemment, le salaire n’est pas aussi consistant pour que nous puissions faire face aux charges et en même penser à économiser. Ce qui fait que le premier salaire est consacré au remboursement des dettes puis on se retrouve à zéro et on contracte de nouvelles dettes. Le salaire suivant sert également à éponger les nouvelles dettes et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’année. Nos salaires nous servent plus à survivre qu’à se construire. Aucun aspirant ne pourra dire qu’il a pu réaliser avec son salaire à moins qu’il ait d’autres activités parallèles », confie-t-il sur les difficultés vécues à chaque rentrée qu’ils commencent sans salaire. Marco Kati renchérit et explique également la situation avec plus de mordants. « C’est difficile pour la majorité d’entre nous de joindre les deux bouts dans la mesure où on n’a plus de salaire à partir du mois de juillet et ce pendant quatre mois en comptant le premier mois de la rentrée sans rien avoir comme source de revenus. C’est cela notre situation depuis trois ans. Nous vivions la croix et la bannière. Ce sont des difficultés pour le déplacement vers nos écoles, la restauration, la garde-robe puisque nous devons être corrects face à nos apprenants sans oublier le sempiternel problème de loyer. La situation est pire chez ceux qui ont un foyer avec des enfants pour qui ils doivent préparer la rentrée également. Je vous dis que cette situation a brisé beaucoup de foyers que je maitrise », révèle-t-il. Les cris de détresse ont sans doute été entendus et le gouvernement a pris une mesure soulageante aux yeux de ces aspirants. Pour eux, leur situation sera atténuée « Le gouvernement est bien conscient de ce que nous vivons, c’est pourquoi il a décidé de nous avancer le salaire du mois de septembre. Cette avance va beaucoup nous soulager. Cette avance va nous permettre d’éviter de contracter les dettes telles qu’on le faisait », pense Amadou Sika.

Une avance sur salaire d’accord mais des inquiétudes…
La nouvelle réjouissante du paiement de l’avance n’empêche pas les bénéficiaires de poser des problèmes. Deux observations sont relevées chez ces derniers. Primo, ils s’inquiètent de la date du paiement de cette avance sur salaire. Pour la plupart, cela devrait arriver avant la date du 19 septembre sinon le problème ne sera pas bien résolu. « Jusque-là nous n’avons pas encore perçu cette avance alors que cela était censé être versé avant la rentrée. Ils sont conscients que les aspirants n’ont pas le salaire durant 3 mois et n’ont plus rien avant de démarrer la rentrée. On dirait qu’ils attendent qu’on signe le contrat et qu’on prenne service d’abord avant de nous envoyer le salaire. L’argument qu’ils avancent est qu’il est possible que plusieurs ne prennent pas fonction. Mais s’ils nous avancent ce salaire une ou deux semaines après la rentrée, ce sera du pareil au même puisqu’on aurait une nouvelle fois contracté de dettes », explique Gérard Soukpon. Secundo, les aspirants sont déçus par la défalcation qui s’en suivra. C’est en cela que quelques-uns parlent de prêts plutôt que d’avance sur salaire à l’image de Marco Kati. « On nous annonce une bonne et une mauvaise nouvelle en même temps. J’ai été franchement déçu d’apprendre qu’on sera défalqué par la suite à partir du mois de janvier. Cela ne s’appelle plus avance sur salaire mais c’est carrément un prêt à rembourser », s’explique-t-il. Amadou Sika est lui aussi peiné et pense que les défalcations vont par la suite jouer sur la situation des aspirants. Il n’y voit plus trop une amélioration de la situation de ces derniers. Pour lui, le problème n’est pas résolu mais il est déplacé. « Nous sentirons le poids de cette avance lorsqu’ils vont commencer à défalquer à partir du mois de janvier. Celui qui prend 95.000 Fcfa le mois et qu’on lui défalque 15.000Fcfa jusqu’à la fin, cela lui sera difficile déjà que sa situation n’était pas reluisante. On sera probablement payé à 80.000 Fcfa à partir du moment de la défalcation. Le train de vie change et notre situation ne s’améliore guère. Donc l’avance sur salaire va beaucoup nous aider au début de la rentrée mais ça va peser sur nous lorsque les défalcations vont commencer », a-t-il souligné. Les aspirants ne sont visiblement pas au bout de leurs peines. Ils demandent le paiement des salaires 12 mois sur 12.





Dans la même rubrique