Biodiversité côtière au Bénin : Les mangroves, des puits de carbone à préserver

Fulbert ADJIMEHOSSOU 8 juin 2020

Avec les reboisements, l’engagement des Osc, la sensibilisation, la répression et la sacralisation, les mangroves résistent aux menaces le long de la côte béninoise. Cependant, la vigilance est de mise surtout avec une occupation anarchique des zones humides par des habitats. A Djègbadji, les femmes salicultrices attendent des alternatives durables.

Paysage calme et fabuleux. Atmosphère sauvage mais rassurante. Pris au piège au milieu des échasses de palétuviers, des arbres à longues racines poussant dans les habitats salins côtiers, les merveilles de la nature se laissent découvrir de plus près à Togbin-Adounko. Ces forêts de mangroves situées le long de la côte béninoise, sont en réalité un réservoir de la biodiversité et sont l’objet de toutes les attractions. Ici dans l’aire communautaire de conservation de la biodiversité (ACCB) de Togbin-Adounko, les populations vouent à ces formations végétales un intérêt particulier. « Ici, nous avons beaucoup d’animaux rares dont les singes à ventre rouge. C’est une mine de biodiversité avec laquelle on peut développer l’écotourisme. Nous n’avions pas compris entre temps. Nous avons maintenant compris que les mangroves sont des formations végétales très importantes pour nous. Ça permet aux fretins de se reproduire, de grandir sans être pêchés par certains oiseaux. En plus de tout ceci, ça purifie l’air », confie Gérald Djikpessé, gérant de l’aire communautaire.

Une prise de conscience progressive
Après quatre heures de balade sur la lagune côtière entre Adounko et Djègbadji avec ces acteurs de l’ONG Actions Plus, on se rend compte aisément de l’immense richesse que constituent les mangroves. « Ce sont des arbres qui de par leurs fonctions aident les ressources halieutiques, les poissons, les crabes et autres à pouvoir se reproduire aisément puisque ça sert de zone de frayeur pour leur développement. De par leur attrait, ces plantes accueillent les oiseaux et facilitent l’hivernage entre plusieurs régions, », explique Maixent Ogou, Directeur Exécutif de l’Ong Actions Plus. En plus d’être des réservoirs de la biodiversité, ces écosystèmes sont de véritables remparts contre l’érosion côtière et constituent selon les études des puits carbone très prisés. « Au Bénin, nous avons fait des études qui ont montré qu’un hectare de mangroves capte par jour 100 kg de dioxyde de carbone. Cette donnée importante montre que les mangroves sont capitales pour la régulation de l’Environnement », précise ce membre des Osc engagées pour la protection de l’Environnement au Bénin.
Entre reboisements, campagnes de sensibilisation et répressions, les populations ont pris conscience de l’importance des mangroves. Selon le rapport d’inventaire des écosystèmes de mangroves et des zones humides côtières du Bénin publié par la FAO en 2018, dans la commune d’Abomey-Calavi, l’espace que couvrait la mangrove a augmenté de 137 ha entre 2005 et 2015. Cependant, à Ouidah, la superficie a régressé, sur la même période de 61 ha.

Djègbadji en quête d’alternatives
C’est une facture salée mise sous le coup des coupes anarchiques et de la saliculture notamment à Djègbadji où se dresse cette usine artisanale à ciel ouvert de transformation du sable en chlorure de sodium. Les femmes avaient souvent misé sur les palétuviers pour attiser le feu. « Nous utilisons les palétuviers à cause de sa forte capacité à brûler. Nous n’en payons pas parce que c’est un don de la nature. Mais depuis l’interdiction des coupes par le Gouvernement, nous ne touchons plus aux mangroves. Nous payons du bois et c’est difficile pour nous d’en trouver à moindre coût », déclare Cécile Koffi, présidente de la Fédération des groupements de production de sel à Djègbadji.
Suite à la décision du Conseil des Ministres du 26 octobre 2016 qui interdit les coupes de palétuviers et de cocotiers dans les zones humides, la pression a diminué. L’autre défi à relever, c’est de trouver une alternative aux femmes productrices de sel.
A Djègbadji, un marché de bois de feu est en cours de création. « Ce hangar est érigé par la mairie dans le cadre du Projet Gestion durable des mangroves et plantation du bois de feu. C’est un projet qui voudrait réaliser 40 hectares de bois de feu rien que pour les femmes salicultrices. Mais en attendant, la mairie a anticipé », rassure Isidore KOBEDE, Chargé de Programme de l’Ong Actions Plus.
Mais il n’y a pas que le bois de feu comme alternative pour réduire la pression sur les mangroves. D’autres alternatives prennent corps progressivement. « Il y a plusieurs techniques sur lesquelles nous sommes en train de sensibiliser les femmes salicultrices. Il y a par exemple la technique de production à l’aide de bâche solaire. Dans les communautés comme Mèko, Kouvènanfidé, les femmes continuent de produire avec ces bâches. Mais par contre à Djègbadji, ça n’a pas encore prospéré mais nous sommes toujours en train de chercher des solutions. Il y a aussi le foyer Mivo que le Pnud a voulu qu’on expérimente ici », rassure Isidore KOBEDE, Chargé de Programme de Action Plus.
Et si ces solutions portent progressivement leurs fruits, il faudra d’abord penser à une menace qui devient persistante, l’occupation anarchique des zones humides et ensuite mettre en valeur ces sanctuaires de la biodiversité.





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