BENIN : CORONAVIRUS ET LES RECENTES MESURES

La rédaction 15 avril 2020

Le mal s’amplifie et la morale citoyenne n’autorise aucun de nous à s’abstenir de dire quoi qui puisse être d’une certaine utilité pour le contrer ; et il est de notre opinion que les autorités étatiques le gèrent sereinement. Elles méritent notre confiance d’autant plus qu’elles viennent de réduire notre anxiété en annonçant la mise de la chloroquine tant attendue, à la disposition des pharmacies. Mais sait-on jamais ? Une idée ou une bribe d’idée du citoyen ordinaire peut toujours accrocher l’esprit et générer une idée plus lumineuse. Nous sommes tous embarqués sur le même bateau et nous ne voulons pas qu’il chavire.
Nous avions commencé par déplorer le fait que, depuis que nous avons pris en main notre destinée, les autorités dirigeantes n’aient pas accordé, comme elles auraient dû, à la valeur solidarité toute l’importance qu’elle revêt dans la gestion des affaires publiques, d’autant que nous avons besoin d’elle aujourd’hui pour nous serrer les coudes face au covid 19. Nous avions fait ensuite, mention d’une stratégie nationale de riposte au mal en suggérant des gestes forts de participations financières diverses à la lutte contre le virus. Avec la présente réflexion, nous poursuivons dans la même lancée en raison du fait que le mal ne désarme pas.

Remarques sur nos suggestions de participations financières
Nuas avions suggéré que les sociétés de la place soient amenées à participer d’office, à raison de leur surface financière, aux besoins du Ministère de la Santé notamment ceux afférents à l’équipement lourd requis pour la réanimation des personnes atteintes par le virus et en phase critique. Nous visions principalement les banques et les multinationales, ce faisant ; et nous continuons de penser qu’il aurait convenu de ne pas les laisser donner ce qu’elles veulent bien donner.
Dans le cadre d’une participation financière subsidiaire, nous avons suggéré un prélèvement sur les salaires des Hautes Autorités du pays et sur ceux des agents de l’Etat avec pour motivation, la solidarité nationale. Par Hautes Autorités nous précisons que nous entendions non seulement les membres de l’Exécutif et de l’Assemblée Nationale, mais également ceux des Institutions. Et nous apprenons avec bonheur qu’un pays comme le Rwanda vient d’adopter les mêmes mesures que nous avions suggérés.
C’est en toute connaissance de cause que nous n’avons pas impliqué le secteur informel dans cette participation financière. En effet, outre le fait que nous estimons que ce secteur a droit à notre protection pour diverses raisons, il nous a paru que le solliciter serait une mauvaise occasion d’enfler le sentiment d’anxiété qui couve dans le pays déjà. Cependant, les plus fortunés de ce secteur informel devraient se sentir concernés, au plus haut point, par le communiqué de la Présidence de la République qui, au demeurant, a bien fait les choses en faisant ouvrir un compte individualisé dans les livres du Trésor et de la Comptabilité Publique pour recueillir les fonds. Les contributeurs ne devraient donc pas craindre que leurs apports aillent gonfler les comptes généraux du Trésor.

Suggestions de participation matérielle et remarques
Dans le cadre de la gratuité et autres commodités demandées à l’Etat, nous avions suggéré la distribution de pains de savon dans les villages où l’eau courante n’est pas encore disponible. Nous avons suggéré que des directives soient données à la SONEB pour abaisser quelque peu sa tarification du mètre cube pendant un laps de temps. Nous avons demandé que les services de la SBEE n’aillent pas interrompre la fourniture de l’énergie électrique aux ménages en cette période difficile de chômage technique. Nous avons également suggéré que les services des impôts sursoient aux pénalités éventuelles pour retard de paiement.
Nous avons proposé ces commodités parce qu’en fait ce sont les préoccupations majeures du citoyen ordinaire dans la gestion de sa vie quotidienne. Au demeurant, plusieurs pays ont déjà pris des mesures similaires en raison de leur bien-fondé eu égard à la situation économique conjoncturelle qu’ils vivent, à l’instar du nôtre.

Nouvelles mesures prises par l’Etat et observations : le port de masques.
Par décision du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, le port du masque est désormais obligatoire dans les douze communes faisant partie intégrante du cordon sanitaire. En réalité, la décision invite les citoyens au port du masque tout évoquant une solution alternative : celle de rester chez soi.
L’on a ainsi la latitude de tirer argument du fait que, l’Etat laissant ainsi le choix aux citoyens de rester chez eux, l’on ne peut lui tenir rigueur de ne pas mettre des masques à la disposition des citoyens. Mais le hic, c’est qu’il y a des personnes qui ne peuvent rester confinées à leurs domiciles pour raison de service public, notamment. Nous citerons pêle-mêle les Zemidjan, les conducteurs de taxi, les agents de sécurité et même le personnel médical se rendant à son lieu de travail. C’est pourquoi nous estimons qu’attention devra être portée à ce que la rue appelle confusément ‘’mesures d’accompagnement’’ entendant probablement par-là, l’apport qu’elle attend de l’Etat pour soutenir les mesures qu’il prend lui- même.
Il convient de relever, à toutes fins utiles, que la décision de faire obligation du port de masque a été l’élément déclencheur de la prise de conscience effective par le peuple, du danger qui nous menace ; ainsi en va-t-il de la psychologie du gros de notre peuple.

Des masques douteux ; mais que faire ?
Le gouvernement, il faut bien le reconnaître, fait feu de tout bois pour contrer le Covid 19 ; mais de grâce, qu’il ne se laisse pas piéger par ses propres efforts. Le peuple suit ses instructions ; et il y avait de quoi remuer les cœurs lorsque l’on a vu ce peuple sortir, le jour prescrit par le Ministère de l’Intérieur, avec toutes sortes de protection sur le visage en guise de masques pour se défendre du virus, pensant ainsi déférer aux directives. Et c’est cela qui inquiète et fait peur, tout à la fois. Ne pouvant se rendre dans les pharmacies, pouvoir d’achat oblige, ne voilà- t-il pas que ce peuple s’est jeté sur tout et n’importe quoi faisant à son sens, office de masque ? Des masques fabriqués selon la formule de chaque fabricant, des masques qu’au coin des rues, l’on essaie d’abord avant d’en acheter, éventuellement ; des masques sans garantie de respiration convenable quand on les porte ni d’étanchéité. Et il va sans dire que c’est la propagation du virus assurée par notre propre entremise. Que finir par faire alors, face à cette situation d’autant que l’Etat avait déjà annoncé que les masques étaient disponibles en pharmacies au le prix social de 200 francs ?
De deux choses l’une Soit l’Etat sort le grand jeu en interdisant tout ce qui se vend actuellement, le temps de contrôler la situation en renvoyant tout le monde dans les pharmacies ; ou il prend la responsabilité d’organiser et d’agréer la production locale des masques de protection sous des conditions techniques qu’il aura définies clairement.
Dans la première alternative, l’Etat devra tenir compte du fait que ceux qui sont actuellement dans la rue, y travaillant par la force des choses et donc les plus exposés au virus, devront utiliser trois masques par jour puisque qu’il faut les changer toutes les trois heures. Les masques coutant actuellement 200 francs en pharmacie, l’incidence financière journalière sera donc de 600 voire 800francs ; elle est déjà lourde pour le citoyen ordinaire. L’Etat pourrait alors en imposer la charge aux employeurs, il est vrai, mais rien n’est moins certain que ces derniers obtempèreront, d’autant que nous savons déjà que les employeurs des chauffeurs de taxi ont exigé que ceux-ci prennent en charge, eux-mêmes, les masques et le gel main. En tout état de cause, il restera dans la rue beaucoup de travailleurs qui ne relèvent pas d’employeurs.
La solution serait alors de subventionner plus fortement les masques en approchant la gratuité, sur un laps de temps avec une partie des participations financières. Pourquoi ne pas les vendre à 100 francs à la condition d’en prendre cinq à la fois ? Cette approche radicale apaisera tout le monde et surtout sauvera et garantira tous les efforts que le gouvernement a faits jusqu’alors. Autrement, nous programmons une catastrophe.
Maintenant, si en revanche, l’Etat s’estime à même de prendre la responsabilité d’assumer les risques d’une fabrication locale qui, semble-t-il, a l’avantage du lavage, du repassage et de la réutilisation, il devra en prendre complètement le contrôle en recensant les fabricants, en leur montrant comment confectionner un masque artisanal efficace et en les agréant formellement. Mais je préjuge que cette alternative présentera beaucoup d’aléas et de risques. Au reste, il n’est pas certain que le cout d’un masque artisanal soit moindre que celui en pharmacie, si nous nous fions à nos propres investigations ; il est vendu à 500 francs avec ses imperfections et ses risques.
Que ce soit dans l’un ou dans l’autre cas de figure, l’on ne devrait pas omettre de sensibiliser la population sur la non réutilisation des masques achetés en pharmacie et la nécessité de la destruction par le feu de tous masques utilisés d’autant que nous ne disposons pas encore d’un service de voirie performant. Au reste, il nous a été donné de rencontrer dans la rue, de petites gens ayant sur le visage des masques haut de gamme griffés FFP2, tout crottés, vendus à 2000 francs en pharmacie. Il va sans dire qu’ils les ont ramassés dans quelque endroit aux fins de réutilisation ; et bonjour les dégâts ! Notre seule préoccupation, c’est que les efforts du gouvernement ne soient pas contrariés.

Ambassadeur Candide Ahouansou





Dans la même rubrique