Bénin : la CSA dénonce la précarité et de l’injustice

27 août 2022

Cherté de la vie
Le visage de la précarité et de l’injustice au Bénin

Chers camarades, chers concitoyens
En acceptant de vous réunir ici ce matin, à l’invitation de la CSA-Bénin, vous montrez que vous avez compris le rôle d’une organisation syndicale dans la marche d’un pays vers des lendemains qui chantent. Le syndicat interpelle, attire l’attention, dénonce, proteste, menace, puis propose aussi quand on lui en offre l’occasion. C’est tout cela ensemble que nous sommes venus faire ici ce matin. Nous sommes venus rappeler au gouvernement que la vie est toujours plus chère. Nous sommes venus dénoncer son silence et son mépris face aux cris de détresse des populations. Nous sommes venus protester contre le choix hasardeux qu’il a fait de ne pas respecter ses propres engagements. Nous sommes venus attirer son attention et celle de l’opinion publique sur les risques d’essoufflement de la cohésion sociale.
En février dernier, l’ensemble des organisations syndicales avait démontré, sur la base des chiffres officiels produits par l’INStaD, le taux exponentiel de l’inflation depuis 2016. La seule réponse du gouvernement avait été l’organisation d’une tournée d’explication chimérique pour dire aux populations que rien ne dépendait de lui, que lui avait joué pleinement sa partition et que finalement la faute revenait soit à la covid-19,soit au conflit en Ukraine, soit les deux ensemble.
Chers camarades, le débat sur la responsabilité des gouvernants dans les causes de la cherté de la vie et du mal-être individuel des béninois est devenu un débat futile face aux affres de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat. Je voudrais vous inviter à concéder au gouvernement que les réformes, le nouveau code des impôts, les taxes douanières, la suspension des mesures de subvention de certains produits n’ont eu aucun impact sur la dégradation de la qualité de vie des populations béninoises. Reconnaissons au gouvernement son innocence dans ce qui nous arrive et attirons son attention sur le rôle d’un gouvernement en période de crise. Mais avant cet exercice, il est intéressant d’attirer l’attention des ministres sur l’évolution de la situation depuis la rencontre du mois d’avril 2022 au palais de la Présidence.
Et pour ce faire utilisons encore les propres chiffres des organismes publics de collecte de statistiques au Bénin.
Chers camarades, l’Indice Harmonisé des Prix à la Consommation du mois de juillet 2022 (IHPC) présenté par l’INStaD a enregistré une hausse de l’inflation de près de deux points en un mois entre juin et juillet 2022.
Plus édifiants encore sont les propres commentaires de l’INSTaD que je cite in extenso :
 La hausse mensuelle de l’indice est imputable essentiellement à l’augmentation des prix des biens de la fonction « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » (+1,6%).
- Les principaux groupes de produits dont les prix ont contribué à cette augmentation sont : « Huiles » (+17,3%), lié à la hausse des prix de l’huile de palme de production artisanale en raison de la rareté des noix de palme.
- « Poissons et autres produits séchés ou fumés » (+6,3%), à cause de la saison des pluies qui n’est pas favorable à la pêche ;
- Tubercules et plantain » (+4,7%), en raison de la rareté de l’igname et de la pomme de terre ;
- « Sel et épices » (+4,2%), lié à la baisse de l’offre du piment frais à cause de la saisonnalité
Toujours dans cette publication sur le site de l’INStaD, il y a le tableau de synthèse de l’évolution du prix des produits alimentaires groupés en trois mois (période mai-juillet 2022)
• Les huiles : 44,4%
• Sels et condiments 5%
• Articles d’habillement et chaussures 2%
• Électricité gaz et combustibles, 5%
Comme on le voit, les chiffres officiels confirment la dégradation du pouvoir d’achat des populations du Bénin. Et nous n’avons pas encore utilisé les prix rencontrés sur les marchés et qui sont assez souvent bien loin de ces statistiques officielles édulcorées.
Pour être complet, il est utile de rappeler aussi les performances économiques du Bénin qui rendent si fier notre gouvernement depuis 2016 au point qu’en évoquant celles de 2021, le ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, a salué un « niveau de croissance parmi les plus élevés d’Afrique ». Là aussi les chiffres sur le taux de croissance du PIB donnent amplement raison à l’autorité ministérielle.
De 3,3% en 2016, le taux de croissance est passé à 5,7% en 2017, 6,7% en 2018 ; 6,9% en 2019 et 7,2 % en 2021. La seule baisse sur la période est intervenue en 2020 où le taux était de 3,8%. Soit une croissance cumulée de 33,6% en 6 années du pouvoir de la rupture. Autrement dit, les Béninois, des plus insignifiants aux plus en vue ont produit de la richesse. Les Béninois sont en train de devenir progressivement des citoyens modèles en matière de paiement des taxes et impôts car sur la même période, les recettes internes collectées sont passées de 745,7 milliards en 2026 à 944,4 milliards en 2017, 1028,6 milliards en 2018, 1088,0 milliards en 2019
Face à tout ce qui a été décrit plus haut, ne devons-nous pas poser légitimement certaines questions au gouvernement à savoir :
1. Le partage des fruits de l’effort commun ne concerne-t-il que les membres de l’appareil d’État ?
2. Pour quelles raisons les mesures économiques et sociales annoncées en mars dernier pour une durée limitée de trois mois n’ont-elles pas été reconduites ?
3. Ou se trouvent les dispositifs et les agents soi-disant déployés par le Ministère du Commerce pour exercer le contrôle des prix sur les marchés ?
4. Au nom de quelle logique de marché, le prix du ciment doit-il être différencié selon les départements ?
5. Qu’est-ce qui bloque à la date de ce jour, la prise et la publication du décret qui consacre l’augmentation du SMIG ?
6. La situation de vie chère n’appelle-t-elle pas de la part du gouvernement cet effort minimum pour accéder à la doléance des organisations syndicales en faveur des AME ?
Chers camarades, il faut reconnaître, en toute honnêteté, que le gouvernement a imprimé de la rigueur dans la gestion des finances publiques. Mais cela seul ne saurait expliquer le bon visage de notre économie. Oui nous avons souffert, oui nous nous plaignons de la rudesse des réformes, mais le gouvernement doit reconnaître que nous sommes tous co auteurs des belles performances économiques et budgétaires de notre pays.
Vous ne devez pas être surpris que j’affirme que le pays se porte mieux économiquement. Je ne fais que relayer les propos des experts, de l’agence internationale de notation financière Standard & Poor’s, reconnus et célébrés par le gouvernement lui-même. Je cite : « L’agence internationale de notation financière Standard & Poor’s a maintenu en 2022 la notation de B+ attribuée à la République du Bénin, avec perspective stable. Cette décision atteste de la qualité des fondamentaux économiques du pays, et de sa résilience face à la crise du Covid-19 et à la guerre russo-ukrainienne. »
Je continue de citer : « Standard & Poor’s souligne en particulier les solides perspectives de croissance, portées par les réformes ambitieuses du gouvernement, malgré un contexte économique mondial dégradé. En effet, après avoir préservé le dynamisme de son économie en 2020, avec une croissance de 3,9% selon Standard & Poor’s, le Bénin a enregistré une reprise économique très marquée en 2021, à +7,2%, soit l’une des meilleures performances de la région. La croissance devrait se maintenir à un niveau élevé à moyen terme, et atteindre 6,3% en moyenne sur la période 2023-2025, en dépit de la guerre russo-ukrainienne dont l’exposition directe du Bénin est jugée limitée. »
Dans ces conditions, comment peut-on ne pas avoir du mal à s’expliquer le silence et les arguments du gouvernement lorsque s’expriment les demandes sociales des Béninoises et des Béninois.
Comment peut-on comprendre que le gouvernement se contente d’annoncer une augmentation conditionnée pour le mois de novembre et se refuse ensuite d’examiner les urgences sociales évidentes.
Pourquoi sommes-nous encore en train de payer le SMIG à 40.000FCFA alors même que depuis plus de cinq mois, un accord a été conclu entre employeurs, travailleurs et gouvernants pour le porter à 52.000CFA.
Comment ne pas se sentir révolté par les volte-face et les contradictions internes du gouvernement sur la situation des AME maintenus dans l’indigence avec toujours 9 mois sur 12 de revenus.
Comment ne pas exprimer notre perplexité lorsqu’autour de nous, des pays que nous regardons de haut, trouvent les moyens de compatir aux souffrances de leurs populations pendant que nous nous enfonçons dans le dilatoire.
Chers camarades, je voudrais rappeler une fois encore les objectifs de cette manifestation syndicale :
1. Rappeler au gouvernement et au Président Patrice TALON ce qu’ils savent si bien à savoir que la cherté de la vie au Bénin n’a pas disparu et qu’au contraire, l’inflation à tous les niveaux s’aggrave.
2. Dénoncer le silence du gouvernement face aux cris de détresse des couches les plus vulnérables
3. Protester contre l’utilisation évidente de l’échéance du mois de novembre comme un épouvantail qui dédouane le gouvernement de l’examen des autres urgences sociales comme le contrôle des prix, la publication du décret relatif au SMIG, la question de la hiérarchisation des salaires, l’extension de la durée du contrat signé avec les AME, etc...
4. Exiger la poursuite des négociations en vue de l’examen par la commission des propositions relatives aux augmentations de salaires et de pensions attendues pour le mois de novembre 2022.
5. Maintenir la mobilisation des travailleurs et la veille citoyenne nécessaire.
La cherté de la vie est loin d’être une fatalité ! Le gouvernement a l’obligation de veiller effectivement au bien-être individuel et collectif. Cela passe par le respect des engagements, les efforts pour l’apaisement social sans lequel aucun développement n’est envisageable. Cela passe également et surtout par le partage équitable de la prospérité induite par l’effort commun.
La quête du dialogue social inclusif n’est pas une faiblesse !
Le mépris vis-à-vis des représentants des travailleurs n’est pas une qualité !
La prospérité partagée est un acte de bonne gouvernance !
Chers camarades, le discours officiel du gouvernement béninois pour expliquer le non-respect de l’engagement relatif au mandat social n’est plus crédible. Prenons nos responsabilités et faisons-nous entendre.

Cotonou, le 26 Août 2022





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