Bessan Philippe Kakpo à propos de l’harmonisation du Bac : « Un examen de l’Uemoa n’a pas la même envergure que celui national »

Patrice SOKEGBE 21 février 2020

Dans leur politique d’intégration, les 08 pays membres de l’Union économique et monétaires ouest africaine (Uemoa) entendent rendre l’examen du Baccalauréat régional. Cette réforme, conduite depuis 2007, est à sa phase expérimentale. Et d’ici 2024, les candidats auront donc à participer à un Baccalauréat version Uemoa. A ce sujet, l’Expert Uemoa, Bessan Phillipe Kakpo, Inspecteur de l’enseignement secondaire en Mathématique, a, à travers l’interview ci-dessous, expliqué les tenants et aboutissants, les acquis, les niveaux d’exécution des travaux et les perspectives de cette réforme. Aussi, la commission de l’Uemoa entend-elle apprendre de l’expérience d’autres organisations telles que le Waec pour une mise en œuvre sans faille de ladite réforme.

Pourquoi vouloir harmoniser le Baccalauréat dans l’espace UEMOA ?
Je peux vous dire globalement que c’est depuis 2007 que nous avons pris conscience, au niveau de la commission de l’Uemoa, qu’il y avait des inscriptions multiples, c’est-à-dire qu’un candidat au Baccalauréat du Bénin peut être candidat dans plusieurs autres pays dans la même période, parce que les dates n’étaient pas les mêmes. Donc, chacun trichait sur ces dates. En dehors de cela, il y avait des tendances à dire que le Baccalauréat de tel pays est plus coté que celui d’un autre pays. Il y a d’autres difficultés liées à l’inscription où le Baccalauréat est peut-être beaucoup plus cher ici que là-bas. Donc, on a pris conscience qu’il faut harmoniser tout cela puisque nous sommes, de façon globale, dans un processus d’intégration dans la sous-région et cette intégration devrait couvrir plusieurs champs, en particulier celui de l’éducation notamment du Baccalauréat. Donc, il y a eu un appel d’offres qui a été lancé par le Conseil des Ministres de l’UEMOA pour obtenir l’expertise nécessaire afin d’accompagner un tel processus. Depuis 2012, le Bénin a eu l’honneur d’abriter la première session de production du Contenu par rapport à la réflexion concernant la mise en œuvre des décisions du Conseil des ministres de l’UEMOA. C’était à l’Hôtel du Lac en octobre 2012, où nous avons commencé les premières réflexions. Au départ, 04 disciplines avaient été retenues à savoir le Français, l’Histoire-Géographie, la Mathématique et la SVT pour l’expérimentation que nous poursuivons. Après les travaux du Bénin qui avaient duré 05 jours, il y a eu beaucoup d’autres travaux dans plusieurs autres pays en particulier beaucoup de regroupements à Ouagadougou au Burkina-Faso. Il y a eu un regroupement en 2015 à Abidjan et un autre en 2018 à Bamako. Au total, dans le cadre spécifique de l’élaboration et de la production de contenus de ressources, il y a déjà eu 8 sessions consacrées à des travaux. Mais entre les sessions, il y a eu des travaux à distance, grâce à la technologie. Ces sessions se sont tenues sous la conduite du département du développement humain de la commission de l’UEMOA et de l’expert international, Xavier Rubis.

Un atelier national s’est tenu du lundi 10 au vendredi 14 Février 2020 dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le processus d’harmonisation du Baccalauréat dans l’espace UEMOA. Qu’est-ce qu’on peut retenir de cet atelier ?
On peut retenir que nous avons fait du chemin. Nous avons réussi à élaborer un guide pédagogique, ce que nous appelons le manuel de référence qui n’est pas la Bible, et d’autres documents. A l’intérieur, il y a beaucoup de choses qui permettent de nourrir la réflexion qui doit se poursuivre. C’est sur la base du manuel de référence que les travaux ont lieu à l’hôtel Azalaï, dans le cadre d’un séminaire national appuyé par la Commission de l’UEMOA. Parce que nous avons commencé à observer que cela prend du temps. L’accompagnement national ne semble pas tellement suivre et la commission de l’UEMOA a décidé de faire rassembler une soixantaine d’acteurs concernés par le Baccalauréat pour une meilleure forme d’appropriation. Pour que la mayonnaise prenne vraiment, il faut que tout le monde se sente concerné, puisqu’il s’agit de réforme. Une réforme se fait avec tous les acteurs. Mais quand nous nous retrouvons, chaque pays rend compte de la manière dont le processus se met en place.
Donc, nous sommes dans un processus d’expérimentation. C’est dans ce processus que nous nous sommes dit qu’on pourra organiser un Baccalauréat au niveau régional d’ici à 2024. Cela nécessite des étapes. L’une des étapes par exemple, c’est de commencer des Baccalauréats blancs au niveau de chaque Etat. Et vous y avez fait allusion.
Ce que nous faisons cette semaine, nous l’avons commencé depuis. En Février 2019, on a déjà fait une conférence avec des acteurs à qui on a présenté le processus. L’un des acteurs clés, c’est la Direction de l’Inspection Pédagogique de l’Innovation et de la Qualité du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. Mais il n’y avait que les chefs de groupes disciplinaires et d’autres représentants du ministère de l’enseignement supérieur, les superviseurs du Baccalauréat au Bénin. Aux mois de Février et Mars 2019, nous nous sommes retrouvés encore à la Dipiq pour préparer des sujets en vue de les administrer à des élèves issus des établissements scolaires que nous avons identifiés. Mais cette année, nous avons élargi le groupe de ceux qui doivent faire un tel travail. Comme tout le monde n’est pas au même niveau d’information, nous avons recommencé le processus d’appropriation avec les anciens et les nouveaux. Enseignants, conseillers pédagogiques, la plupart des inspecteurs étaient invités. Mais entre-temps, nous avons décidé au niveau de la Commission de l’UEMOA d’étendre l’expérimentation à d’autres nouvelles disciplines que sont PCT, Philosophie et Anglais. Nous avons élargi cet atelier d’appropriation aux conseillers pédagogiques des différentes disciplines tels que l’Allemand et l’Espagnol. Le séminaire qui a lieu est un séminaire de production d’épreuves, de production de ressources qui peuvent être utilisées pour l’avancée de ce qui se fait au Bénin.

Quelle est la différence qu’on peut faire entre les épreuves de types BAC UEMOA et les épreuves de types BAC national ?
En réalité, c’est une chance pour le Bénin d’être déjà inscrit dans l’Approche par les Compétences (APC) depuis au moins deux décennies. Le Bénin fait partie des premiers à opter pour l’APC, malheureusement nous en sommes restés à la première génération de cette approche. Parce que c’est un processus auquel beaucoup de gens travaillent à améliorer les aspects relativement insuffisants ou posant problèmes. D’abord la différence entre l’APC retenue au niveau de l’UEMOA et celle faite au Bénin est que l’entrée se fera par les contenus. Nous avons fait l’option au niveau de l’harmonisation de donner les épreuves en nous basant sur les profils disciplinaires. Quand bien même les contenus ne sont pas identiques, on peut trouver qu’il y a unanimité au niveau des profils disciplinaires. Donc, le fait que les programmes varient d’un pays à l’autre, n’a pas beaucoup de répercussions sur la qualité de ce que nous faisons et sur la pertinence de ce qui est élaboré comme document. Nous avons également défini des profils de sortie dans la commission de l’harmonisation.

Quelle est donc la plus-value du projet d’harmonisation ?
Le processus permet de trouver des solutions aux problèmes initiaux qui étaient posés. Les questions d’inscriptions multiples au Baccalauréat par exemple, puisqu’il a été pris des décisions pour que le Baccalauréat se déroule dans la même période dans tous les pays. C’est pour d’abord répondre aux préoccupations initiales. Un examen de l’Uemoa, n’a pas la même envergure que celui national. Ce qui va s’améliorer tout au moins pour les candidats est le fait que les épreuves au lieu que cela soit des surprises pour eux, il y aura une banque de sujets qui sera alimentée régulièrement par tous les pays. Les sujets seront très diversifiés parce que ce n’est plus un seul pays qui va proposer les sujets mais ils vont être progressivement proposés par tous les pays.

Un examen blanc du Baccalauréat dans l’espace Uemoa a été organisé en 2019 où 311 élèves ont participé. Est-ce que les résultats obtenus étaient à la hauteur de vos attentes ?
D’abord, nous avions voulu tester nos élèves. Nous avons voulu tester leurs réactions par rapport au nouveau format proposé par la commission de la réforme. Nous n’avons pas voulu que les établissements nous envoient systématiquement ses meilleurs élèves. Par rapport aux résultats, nous nous sommes rendus compte que par rapport aux épreuves qui ont été données, les résultats des élèves de série D ont été nettement meilleurs que ceux des élèves de la série C et A. Mais les élèves de la série C n’ont pas manqué de donner de bons résultats. On a eu de brillantes copies mais en termes de taux, la série D est en avance. Les résultats les moins bons ont été enregistrés en série A1.

Dans les pays anglophones, le schéma est adopté avec un Bac harmonisé appelé le West African Examination Council (WAEC) depuis des années alors que c’est maintenant que le processus est en cours dans les pays francophones. Est-ce que vous êtes allés à l’école des anglophones ?
Nous ne restons pas en vase clos. Nous avons invité des experts du WAEC qui sont arrivés pour nous expliquer de long en large comment ils s’organisent. Nous avons eu de la documentation. Nous ne sommes pas restés loin de ce processus puisque c’est encore des pays de la CEDEAO qui sont dans le WAEC. Donc, ce que nous faisons s’inscrit dans un registre assez vaste et peut-être que nous ne faisons pas exactement ce que le WAEC fait mais nous nous appuyons sur leur expérience qui est édifiante.

En dehors du WAEC dans les pays anglophones, au niveau de chaque Etat du WAEC, il y a encore un autre examen qui donne accès aux universités. Au Nigéria par exemple où on parle de Joint Admissions and Matriculation Board (JAMB) pour rentrer à l’université. Est-ce que le Baccalauréat organisé au niveau de l’UEMOA va se comporter de la même manière ?
La réflexion se poursuit. On ne peut pas à l’étape actuelle dire exactement comment les choses vont se passer demain. C’est un projet en construction. Donc, de nouvelles idées, en particulier à l’issue de l’atelier seront versées au dossier de l’harmonisation pour être discutées au niveau du regroupement qui va concerner tous les huit pays.

Que dire pour conclure l’entretien ?
Je voudrais vous remercier de me donner l’occasion d’expliquer le processus, les options qui sont faites et repréciser que l’UEMOA a aussi fait l’option de l’APC avec de légères variantes qui ne vont pas trop bousculer les enseignants.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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