Chanceline Mèvowanou, Activiste pour la promotion des droits des enfants : « Les histoires de sextape qui ont éclaté sortent comme un cri d’alarme »

La rédaction 5 mai 2020

Coordonnatrice du programme « Vacances saines pour les élèves avec les arts et cultures, membre de l’Association des jeunes pour le développement, Féministe et jeune activiste pour les droits de l’enfant, Chanceline Gwladys Mèvowanou est également journaliste.

Quelle appréciation faites-vous en tant qu’activiste des droits des enfants de l’affaire "Sextape" qui a éclaté sur les réseaux sociaux ?
Contrairement à beaucoup de personnes qui se sont précipitées pour jeter le tort sur les élèves, les ont traités d’inconscients et ont même porté des jugements à tort sur les promoteurs d’établissements, moi je dirai que les histoires de sextape qui ont éclaté sortent plutôt comme un cri d’alarme, un cri de cœur. Moi je ne vois pas la chose sous l’angle où il faut blâmer quelqu’un ou il faut juger une partie donnée. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? C’est la principale question qu’il faut poser. Il y a une phrase que j’aime bien : "rien n’arrête le sexe, rien n’arrête la sexualité". Par définition, la sexualité est un aspect central de la nature humaine qui dure toute une vie. Dans notre société, on n’en parle pas comme il le faut. Nos parents recommandent de ne plus dire qu’il y a le tabou autour de la sexualité parce qu’ils essayent d’en parler à leur manière. Mais à notre époque en tant que jeunes, tout a été révolutionné. L’internet, l’éducation de la rue, les pressions à l’uniformité sont là aujourd’hui et on n’a plus besoin d’en entendre parler chez les parents : on pousse ainsi la curiosité. Les histoires de sextape sont là à cause de l’absence d’une éducation complète à la sexualité. C’est un droit pour les enfants d’avoir accès aux informations vraies liées à la santé de reproduction. C’est un droit pour les jeunes d’avoir une éducation complète, des cadres et des espaces pour s’informer et pour discuter de façon saine de la sexualité, de consentement, de contraception, de violence basée sur le genre. Nous les jeunes, nous avons besoin de savoir, d’avoir des espaces de discussion sur la sexualité pour discuter de nos frustrations, tout ce que nous avons reçu comme information. Les gens diront que c’est scandaleux de voir ce genre de chose dans un lieu de savoir.

Comment entrevoyez-vous le taux de grossesses précoces à la fin de cette année scolaire ?
Il faut reconnaître que ces trois dernières années en matière de grossesse précoce, la courbe du taux a évolué de manière descendante. Ce qui veut dire que les efforts de tous les acteurs ont payé. On est passé de 3000 à 2000 l’année dernière et cette année à 1122 cas. C’est déjà très louable. Mais il y a quand même un risque que le taux de grossesse augmente ; ce n’est pas avéré. Pourquoi je dis qu’il y a risque ? Parce que vous n’êtes pas sans savoir que nous traversons une crise sanitaire causée par la pandémie du Covid-19 et dans chaque pays il y a eu des mesures principalement au Bénin. Depuis bientôt un mois, les élèves sont à la maison parce qu’il y a eu l’établissement du cordon sanitaire. Mais les élèves sont dans les communautés. Ce qu’il faut aussi savoir est que les dernières études ont prouvé que les auteurs des grossesses précoces en majorité sont des artisans dans les quartiers. Avant, les filles allaient à l’école. Maintenant, elles se retrouvent à la maison dans les communautés, dans les villages et quartiers. Mais puisque nous ne suivons pas un confinement complet, où il faut rester chez soi sans sortir, les déplacements sont donc permis. Un peu tout comme dans les vacances où, à la reprise, les filles reviennent avec les grossesses. Cette situation créée par le Covid-19 avec les mesures qui ont accompagné, a entrainé une forme de vacances précipitées. Les filles se sont donc retrouvées à la maison, les artisans eux ils continuent par travailler dans le quartier. Les filles sont donc exposées à ces derniers qui viennent avec des promesses mirobolantes pour les embobiner, et toutes ces filles n’osent pas dire "non". Certaines parmi elles, avec la pression des amis pensent déjà à comment céder plus facilement. Toutes ces filles n’ont pas les informations vraies sur la contraception, le port correct du préservatif, la négociation du préservatif avec le partenaire. Il faut qu’on continue les sensibilisations à travers les plateformes en ligne qui existent et qui donnent accès aux informations vraies sur les comportements sains à adopter, les méthodes de contraception, l’hygiène menstruelle et sur beaucoup d’autres aspects liés à la sexualité. C’est le moment de redoubler d’effort et de faire réellement la promotion de cette plateforme, parce qu’il y aura comme une rupture et les jeunes filles vont se retrouver à la maison avec les artisans pour en venir aux relations sexuelles. Il est donc important qu’on continue la lutte en misant beaucoup plus sur les réseaux sociaux pour informer. Mais il y a Illéwa, une organisation de jeunes qui lutte pour les droits des hommes qui s’intéressent déjà au mode de vie des jeunes pendant ce temps d’auto-confinement et de cordon sanitaire.

Quelle activité mènez-vous pour aider les enfants pendant ce temps ?
Nous n’avons plus de contact direct, mais il y a beaucoup de solutions spontanées comme les plateformes de lecture, d’apprentissage de cours en ligne et de lecture. Ce que je fais aujourd’hui, c’est de partager les plateformes, puisque déjà mon contact avec les enfants est limité. Je pense que cette crise sanitaire a de conséquences graves. Des milliers d’enfants à travers le monde et au Bénin se retrouvent à la maison. Nous devons limiter le contact avec eux. Beaucoup d’enfants dans des familles n’ont pas de quoi manger. C’est de nombreux problèmes que cette crise a apportés. Cette crise est une opportunité pour amener les enfants à lire, à se cultiver. Si les parents nous suivent en ce moment, c’est l’instant pour eux d’aller chercher des livres et les mettre à la disposition des enfants.

Quel est le rôle des parents dans cette crise ?
C’est d’abord leurs responsabilités de protéger les enfants, puisqu’ils peuvent être des porteurs sains du virus. C’est également de la responsabilité des parents d’aider les enfants à toujours s’instruire. Ils ne vont pas à l’école certes, mais quels sont les outils que nous mettons à leurs dispositions ? Ce moment est bien précieux pour permettre aux parents de mieux instaurer le dialogue parent-enfants non seulement sur la santé sexuelle mais également sur les droits des enfants, ses besoins et essayer d’être un véritable repère.

Un conseil à l’endroit des enfants
Je tiens juste à dire aux enfants que cette situation est une crise temporaire. Ensemble dans le respect des gestes barrières, nous allons traverser la situation et tout va reprendre son cours normal. Qu’ils essayent de rester en sécurité et écoutent ce que leurs parents leur disent et nous allons nous en sortir.
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU(Coll.)





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