Claude N. Azalou-Tingbé, Socio-anthropologue, à propos des groupes sanguins : « Une compatibilité non prouvée au plan médical ne pourra pas l’être non plus lors des consultations anthropologiques »

22 avril 2022

Le groupe sanguin et facteur rhésus, bien que n’ayant pas de lien direct avec l’identité culturelle, démontre quelques coïncidences dans le choix de son partenaire suivant la tradition. A travers cet interview, Claude Azalou-Tingbé, socio-anthropologue, revient sur les dégâts de la négligence de cet examen dans la vie conjugale et donne quelques conseils.

Parlez-nous un peu de ce que vous savez du groupe sanguin ?
Les groupes sanguins sont des données médicales qui participent à la protection de l’individu contre les maladies et les mauvaises surprises. Ceci, aussi bien sur le plan alimentaire que sur le plan conjugal.

Concernant la vie conjugale, est-ce que vous aviez entendu parler des difficultés associées au groupe sanguin ?
Oui, j’ai entendu parler surtout des problèmes liés au facteur rhésus. Par exemple, lorsqu’une femme a un rhésus négatif et n’adopte certaines dispositions, elle pourrait enfanter une fois et ne plus jamais donner naissance à d’autres enfants. Certains acteurs du domaine de la santé affirment qu’il y a aussi des cas de fausses couches qui sont liés aux incompatibilités au niveau des rhésus. Mais, se retrouvant dans l’ignorance de l’origine du mal, des personnes se mettent souvent à trouver d’autres raisons. Ces différentes difficultés causent d’énormes crises socio-anthropologiques dans différents ménages. Plus encore, si les consultations médicales et culturelles révèlent que le problème provient de la femme, il y a une scission qui commence et conduit à des problèmes d’instabilité familiale comme le divorce et ses conséquences troublantes.

Quelles sont les conséquences sur les enfants de ces foyers instables ?
En cas de divorce, les enfants sont souvent mal éduqués. Parce que l’enfant a besoin de la compréhension et de l’harmonie entre ses parents pour pouvoir être assez équilibré et réussir dans la société. Les conséquences peuvent conduire à des enfants délinquants, qui détestent le sexe opposé ou qui n’ont pas assez de confiance en eux-mêmes. Dans la société, ces enfants sont plus vulnérables aux vices et aux divorces sociaux.

Est-ce qu’il existe dans la tradition des tests similaires aux facteurs rhésus qui se pratiquent dans le cadre du choix de son partenaire conjugal ?
Dans nos cultures, selon nos modèles normatifs, avant que la famille d’un homme décide de demander une femme en mariage, on fait certaines consultations pour savoir si une femme est compatible avec un homme. Mais, lorsque ces consultations culturelles révèlent que deux personnes sont incompatibles, vous remarquerez au plan biologique, cette incompatibilité soit pour l’électrophorèse, soit pour le groupe sanguin ou pour le rhésus. De ce fait, une compatibilité non prouvée sur le plan médical ne pourra pas l’être sur le plan anthropologique. C’est un concept bien connu dans nos modèles normatifs.

Cela voudra dire qu’il y a une relation entre la tradition locale et la médecine moderne sur le choix de son partenaire en fonction des groupes sanguins ?
Le groupe sanguin est un outil de la médecine moderne. Sur le plan anthropologique, c’est carrément identitaire, donc propre à nos cultures. Et selon des enquêtes réalisées par nos chercheurs anthropologues, si le groupe sanguin n’est pas compatible en médecine moderne, le choix du mari et de la femme ne l’est pas également au niveau de la recherche anthropologique. C’est souvent cette remarque qu’ils font et ça se vérifie chaque fois.

Mais, pourquoi la banalisation de cet examen continue jusqu’aujourd’hui dans nos milieux ?
Aujourd’hui, beaucoup ne considèrent pas ces bilans à cause de la négligence ; ce qui fait que certains jeunes les banalisent et se mettent ensemble sans vérifier ces incompatibilités sur le plan médical comme culturel. Aussi, le fait que plusieurs agents de santé insistent plus sur l’électrophorèse que sur le groupe sanguin et le facteur rhésus amplifie la négligence des groupes sanguins. Par exemple, vous rencontrez certains agents de santé qui, après avoir expliqué l’importance du groupe sanguin, disent à la fin « mais le plus important, c’est l’électrophorèse ». Du coup, les gens ne retiennent que l’électrophorèse d’hémoglobine et banalisent les autres qui sont, entre autres, les groupes sanguins et le facteur rhésus.

Que conseillez-vous à ceux qui continuent de banaliser ces tests ?
Je leur demande de tout faire pour connaitre leur groupe sanguin. Ce qui leur permettra de connaitre les meilleurs comportements à adopter pour préserver leur santé.

Votre mot de la fin !
Je demanderais au gouvernement, qui mène de bonnes actions, de bien vouloir s’occuper davantage de cette question pour sensibiliser à travers les canaux médiatiques comme se fût le cas du coronavirus. Le fait que le visuel ait un grand impact sur les gens, permettra de rappeler à tous nos concitoyens l’importance du groupe sanguin dans la protection de sa santé et de celle de sa famille. Ainsi, aurons-nous des familles suffisamment fortes et stables pour améliorer davantage le développement de notre pays.
Propos recueillis par Paul Fandji (Stag)





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