Climat : le seul endroit sur terre qui ne se réchauffe pas

Fulbert ADJIMEHOSSOU 12 mai 2020

Toute la surface de la planète terre est exposée au réchauffement climatique, à l’exception d’une zone particulière de l’océan, qui s’est écartée de la tendance. C’est le constat fait par une équipe de chercheurs de l’ETH Zurich et de l’université de Princeton qui a travaillé sur les causes de cette énigme. "Le refroidissement de l’océan Austral en trois décennies est vraiment inhabituel, si l’on tient compte du fait qu’autrement, toutes les autres parties de la planète, en particulier la surface terrestre, se sont réchauffées", déclare Nicolas Gruber, auteur de l’étude.
En réalité, selon le communiqué publié par l’équipe de recherche le 6 mai dernier, entre 1982 et 2011, on a assisté à une tendance au refroidissement dans les eaux de surface de certaines parties de l’océan Austral autour du continent Antarctique, plus précisément dans la zone située au sud de 55 degrés de latitude. « Ce refroidissement a été le plus fort dans le secteur Pacifique de l’océan Austral, où la surface de l’océan s’est refroidie d’environ 0,1°C par décennie, et le plus faible dans le secteur Indien et certaines parties du secteur Atlantique », note le communiqué à trouver par ce lien https://ethz.ch/en/news-and-events/eth-news/news/2020/05/going-against-the-trend.html
Le groupe de chercheurs dirigé par le professeur Nicolas Gruber de l’ETH y est parvenu avec un modèle océanique à haute résolution. « En effet, lorsque la glace de mer se forme à partir de l’eau de mer, le sel est laissé derrière, alors que lorsque la glace de mer fond en été, loin des côtes, l’eau douce est libérée à la surface, ce qui réduit la salinité de l’eau de mer à cet endroit. Cette réduction de la salinité de surface a renforcé la stratification verticale de l’eau de mer : l’eau plus douce et, dans cette partie de l’océan, plus légère, reste dans les 100 m supérieurs, tandis que l’eau plus dense et plus salée reste en dessous. En général, plus l’eau est salée et froide, plus sa densité est élevée et plus sa profondeur dans l’océan est grande ».
On assiste donc à une réduction de chaleur entre les couches profondes et les eaux de surface, ce qui fait que la chaleur reste emprisonnée en profondeur. En outre, l’air au-dessus de l’océan Austral pendant l’hiver est généralement plus froid que la température de l’eau de mer. Le refroidissement d’une seule zone de l’océan ne doit pas être interprété comme une réduction du réchauffement à long terme du système climatique mondial dans son ensemble. Il s’agit simplement d’une redistribution de la chaleur dans l’océan Austral, de la surface vers les couches plus profondes de l’océan. "Nous supposons que les vents forts qui poussent la glace de mer de l’océan Austral vers le nord sont potentiellement un effet secondaire du changement climatique", souligne M. Gruber.





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