Consommation du jus domestique à base de poudre : Les usagers accros à des produits d’origine douteuse

Patrice SOKEGBE 24 juin 2019

Se désaltérer est un geste naturel propre à tout être humain. Avec du jus, cela donne une autre sensation. Mais force est de constater que ce jus, fortement prisé par les usagers, fait l’objet d’inquiétudes, étant donné la qualité des ingrédients qui entrent dans sa fabrication.

Il est 18h30. C’est l’heure de regagner son domicile, après une longue journée de stress. La circulation devient de moins en moins accessible. Nous sommes à Zogbo, derrière le stade de l’amitié. Une petite affluence de forme autour de la marchandise de Dame Solange, vendeuse de riz et de Atassi. Elle y vend aussi du jus de citron. De la foule lance un jeune-homme : « Maman Soli, j’ai pris du jus en attendant que tu me serves le riz ». Après quelques minutes de boisson, Axel commence par avoir des bourdonnements à l’estomac. La situation était si préoccupante qu’il a dû aller se faire soigner. Tout comme Axel, beaucoup d’usagers sont victimes des jus de citrons dont la qualité laisse à désirer. « Je suis un friand du jus de citron. Mais depuis un moment, je ressens des maux de ventre, et parfois la diarrhée, toutes les fois que je prends du jus chez une dame à proximité de ma maison… », confie Maurel extrêmement déçu. Pis, ces jus sont mis en vente dans tous les coins de Cotonou et même dans des établissements scolaires. Herbert D., enseignant des Svt dans un collège privé à Abomey-Calavi, jure avoir mis fin à la consommation du jus domestique. « Depuis plus d’un an, j’ai cessé de prendre du jus dans ce collège. J’ai vécu un cauchemar et cela a failli me coûter la vie », relate-t-il. Astrid, quant à elle, ne consomme que du bissape, un jus qu’elle estime moins dangereux que le jus de citron ou d’ananas. Par contre, dans certains établissements, le contrôle est de mise. « Dans notre établissement, les jus de citron proviennent d’une structure dont nous connaissons la qualité. Du coup, il est rare de constater que nos apprenants se plaignent de malaises », laisse entendre Maxime de Souza, Directeur des études dans un complexe scolaire.

De la poudre chimique !
Des propos glanés, les jus que consomment les usagers sont de véritables poisons. « Ce n’est pas du vrai jus ! », s’exclame Ahmed. Il poursuit : « Les gens nous servent de la poudre dont l’arôme est citronné ». Pis, dans un collège privé situé à Godomey, des bonnes dames se sont offert le plaisir de produire du jus à base de la poudre. Sans être inquiétées, elles aspergeaient une bonne quantité de poudre dans une bassine d’eau, puis la remuaient. Aussitôt, une jeune fille s’attelait à remplir les plastiques de ‘’Jus de citron’’ et les mettait en vente. « Nous achetons la poudre au marché Dantokpa. Le sac coûte environ 3000 Fcfa. Après la vente des plastiques de jus, nous réalisons de bons bénéfices. Comme vous le voyez, nous faisons la production à l’école, et très souvent à la maison », raconte ‘’Maman Yvette’’. En effet, pour Dr Venance Tadegla, il s’agit d’une poudre lyophilisée qui sert pour la préparation de boissons sucrées dénommée Amila. Ce produit, dit-il, contient des substances chimiques toxiques, notamment du pyrazole, un hétéroclite aromatique. « Ce composé chimique, qui a des effets pharmacologiques, est classé parmi les alcaloïdes. Pendant que le phénomène est décrié, certains priorisent la consommation de la poudre dans leurs maisons. « Il faut faire part des choses. Chez moi, tous mes enfants boivent du jus à base de la poudre…En plus, c’est ma femme qui le fait. Donc, je connais les conditions dans lesquelles le jus est fait », dit Maxime de Souza. A la question de savoir l’origine et la qualité de cette poudre, il répond : « On n’en sait rien par rapport à la qualité. Mais ce dont je suis convaincu, c’est que j’achète ma poudre en pharmacie ou dans un supermarché…Il faut interpeller la Dana qui autorise des produits de qualité douteuse dans notre pays ». Serge Zinvoedo, nutritionniste, déconseille fortement la consommation des jus, car « les substances chimiques ont des effets à long terme sur l’organisme ».
Prof Rigobert D. Sossa, nutritionniste et spécialiste en éducation des adultes, pense quant à lui, qu’il faut relativiser les choses. « Il y a des jus à base de poudre qui sont de bonne qualité. Nous nous sommes rendus sur les lieux pour y constater les conditions de fabrication. Ensuite, nous avons fait des prélèvements pour analyse. Et nous avons constaté que les substances ne souffrent d’aucune irrégularité… », précise-t-il. Se désaltérer est une bonne pratique, mais faire le choix de sa source d’approvisionnement est encore mieux.



Dans la même rubrique