Controverses autour de la fertilisation des sols : Regards croisés des Professeurs Sinsin, Amadji et Mongbo

Fulbert ADJIMEHOSSOU 28 octobre 2020

« Si nous ne revenons pas à nous même, nous nous rendrons compte que nous sommes en train de nous tuer ». C’est un cri de cœur de Julien Avakoudjo, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Il fait suite à une série de développements faits par les Professeurs Brice Sinsin, Roch Mongbo et Guillaume Amadji, dans le cadre d’un séminaire scientifique organisé le lundi 26 octobre 2020 par le Comité Scientifique Sectoriel_Sciences Agronomiques (CSS-SA) de l’UAC. L’enjeu en organisant cette activité était non seulement, d’ouvrir le débat au niveau universitaire au sujet de ces controverses autour de la fertilisation des sols mais aussi, d’éveiller la conscience des populations, tout en attirant l’attention des décideurs sur les défis actuels.

Un diagnostic profond
Expert en fertilisation des sols, le Professeur Guillaume Amadji est parti d’un diagnostic profond pour aboutir à l’obligation pour l’agriculteur de penser à la restitution de ce qui est tiré du sol. Il s’est surtout attardé sur le besoin d’aller vers la transition agroécologique. Cependant, pour y arriver, les producteurs devraient pouvoir compter sur les sciences pour la durabilité des sols. Les chercheurs disent être disposés, mais les réalités sont là. « La recherche universitaire au niveau des systèmes nationaux de recherche agricole (SNRA) est là pour élaborer des technologies. La mise à l’échelle est une autre phase d’acceptation et d’amplification. Les chercheurs n’ont pas les moyens. Ce que l’on doit faire, c’est mettre la technologie nouvellement élaborée à la disposition des partenaires industriels », a-t-il souligné.

« L’espace national est propice à des initiatives »
Au cours de ce séminaire, le Professeur Roch Mongbo a montré les liens entre les sociétés et les modèles agricoles. Pour l’expert en socio-anthropologie de développement, nous ne sommes pas encore à l’étape de la sur-utilisation des intrants chimiques, mais on y évolue. Il faut dans ce contexte, dit-il, trouver la meilleure approche, surtout en tenant compte des pressions de retour à l’investissement. Mais, pour avoir fait l’expérience d’aller à la pratique de l’agroécologie, il dit avoir appris des producteurs, qui sont déjà dans la science. « Il revient surtout aux chercheurs de transformer ces pratiques locales qui marchent en essai, de les transposer, et de les accompagner de manière systématique », propose-t-il. Ainsi, l’ancien Secrétaire Permanent du Conseil national de l’alimentation et de la nutrition (SP/CAN) appelle à la pro-activité. « L’espace national est propice à des initiatives avec des circuits courts. Je pense qu’il faut mûrir la recherche dans ce sens-là. Des circuits courts entre les développeurs et les utilisateurs, tout en créant des liens avec les marchés de proximité », a-t-il insisté.

Courage et patriotisme
Dans un monde aux ressources limitées et qui est confronté à une forte démographie, les pressions sont de toutes sortes. Mais le Professeur Brice Sinsin a attiré l’attention des participants sur ce qui demeure l’essentiel. « Il faut préserver la vie ». Par le rappel des controverses, des procédés de production des engrais chimiques énergétivores et de leurs impacts sur la santé et l’environnement, l’écologue invite chaque fois à l’éveil. Puisque, selon l’ancien Recteur de l’UAC, l’espoir est permis et il l’a démontré sur la base de plusieurs exemples en Amérique, Asie et même en Afrique. « On peut encore garder de l’espoir pour l’Afrique », mais, dit-il, « il nous faudra impacter les décisions au niveau national ». Et ce ne sera pas possible, non plus, « Tant que le patriotisme ne va pas fondamentalement revenir à tous les niveaux à partir du sommet ».
Les participants à ce séminaire, constitué d’étudiants, d’enseignants-chercheurs et acteurs de la société civile, ont contribué au débat avec des contributions ainsi que des questions.





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