Covid-19 : Oké Soulé, histoire d’un étudiant béninois rescapé

Fulbert ADJIMEHOSSOU 10 juillet 2020

« Je crois à la Covid-19 ». Ce n’est pas qu’une simple profession de foi. Eprouvé par la virulence de la Covid-19, Oké Soulé se décide à porter la mauvaise nouvelle de l’existence du mal à ses compatriotes. « J’en ai vraiment souffert », relate-t-il pour confirmer qu’il en est un rescapé. Et pour qui voudrait plus pour le croire, l’étudiant en fin de formation en Anglais a un parchemin, un « certificat de guérison » signé par un infectiologue, qui lui rappellera à vie ces moments douloureux vécus.

Au commencement…
Ce résident de Akpakpa Adogléta ne sait rien du moment où il a été contaminé. Ce qu’il retient, c’est le soir où tout a commencé, la nuit où malgré le ventilateur qui était en marche, son corps brûlait de chaleur. Et bien qu’au lendemain, il se soit rendu à la pharmacie pour, pensa-t-il, pouvoir soigner la fièvre, les symptômes devenaient persistants : plus de goût, pas d’odorat, ni d’appétit. « Je me dis néanmoins que c’est le paludisme. J’ai donc continué le traitement », confie-t-il.
Erreur, la Covid-19 était là. A ces symptômes, des écoulements nasaux viennent s’ajouter pour donner la preuve qu’il éprouvait le système immunitaire de celui qui finira par devenir un des centaines de patients suivis par les équipes mobilisées par le Ministère de la Santé. Il aura fallu à Oké Soulé de suivre sur une chaîne internationale une émission sur la pandémie pour se décider à appeler le 136 et se faire dépister.

L’épisode de la peur
La TDR signale sur place une absence du virus (test négatif). Néanmoins, il n’y avait pas de quoi se rassurer avec les symptômes qui persistaient. 48 heures après, la PCR se révèle positive. « J’ai pris peur. Ils m’ont isolé et m’ont donné des médicaments dont la chloroquine, l’Azithromycine, la vitamine C, », glosa-t-il. Quelques heures après, malgré les émotions, l’étudiant en fin de formation renseigne sur son statut WhatsApp qu’il est contaminé, invitant ses proches et amis à aller se faire dépister. « J’ai dit ça à tous ceux qui sont dans ma maison. Les gens ont pris peur. Une dame s’est plutôt souciée de comment elle peut m’offrir à manger. Je lui ai dit de le mettre en sachet et de le déposer et je viendrai chercher », dit-il.
La psychose était toujours là. Oké Soulé luttait pour garder la tête haute. Cependant, dans son cycle d’évolution, le virus lui réservait d’autres surprises désagréables. « Le mardi, jusqu’à 15 heures, je me sentais bien, même si je n’avais pas l’odorat et l’appétit. Mais vers 17 heures, je n’arrivais plus à respirer sans ouvrir la bouche. Je résistais mais ça n’allait pas. Deux proches ont appelé le centre d’écoute. Ils m’ont appelé pour confirmer ».

Une prise en charge qui « soulage »
Aux mains des soignants, les peurs seront dissipées. Ceux qu’ils comparent aux astronautes du fait de leur accoutrement ont pris connaissance de son état clinique. « Ils m’ont donné des médicaments et de la nourriture et je me suis endormi. Déjà à 7heures le lendemain, c’était encore le cas. Les agents d’entretien aussi étaient là. Un psychologue a échangé avec moi pour m’apaiser », dit-t-il. En dépit de la prise en charge, les symptômes évoluaient. « Vous toussez et vous avez mal au cœur avec des maux de tête atroces », se rappelle Oké. Aujourd’hui, même si le Bénin compte une vingtaine de morts, Oké Soulé est ravi de n’en être pas un et de n’avoir pas vu quelqu’un mourir dans son entourage. Sauf que de la peine, il en ressentait pour des patients plus âgés que lui. « J’ai vu des gens qui ont souffert plus que moi de la maladie. De grandes personnes qui toussaient et qui se battaient contre la maladie, c’est touchant », martèle le jeune étudiant de 26 ans.

Eloges aux soldats blancs !
Passionné de la langue de Shakespeare, Oké Soulé n’a jamais pensé vivre de près le sacerdoce des médecins, qui se sont révélés être des soldats blancs dans la guerre contre l’ennemi inconnu de la planète. « Je n’ai jamais cru qu’on pouvait me prendre en charge ainsi. J’ai vu des médecins donner à manger à des patients. Ils se comportent comme des membres de notre famille. Vous les appelez, ils répondent automatiquement. Vous sentez un mal, il suffit de le leur dire et ils viennent à votre rescousse », relate-t-il.
Ce témoin, de la vie des médecins sur les sites de prise en charge a beaucoup vu pour se faire sa religion sur cette corporation. « On ne peut les payer assez. Je voudrais leur dire de voir la joie qu’ils mettent dans les cœurs dans la famille des patients qu’ils soulagent. Ils font beaucoup. Il y a des gens qui ne rentrent pas. Ils sont toujours souriants. Je n’ai pas vu un seul crier sur un malade », insiste-t-il. Heureux sur ces deux pieds, à 26 ans, Oké Soulé se dit redevable à sa nation. Il se donne comme devoir de sensibiliser ses pairs pour éviter qu’ils ne connaissent ces aventures douloureuses et effrayantes.





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