Dégradation des zones humides au Bénin : Regards croisés des chercheurs et acteurs des Osc

Fulbert ADJIMEHOSSOU 4 février 2021

Il faut sauver les zones humides pour sauver la vie. C’est un cri de cœur des participants au Webinaire organisé par la Coordination nationale du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) le 2 février 2021, dans le cadre de la Journée Mondiale des Zones Humides.

Dr Edmond Sossoukpè, enseignant-chercheur à la FAST
« Nous avons perdu à peu près les 2/3 des zones humides »

Les principales causes de la dégradation, c’est d’abord la méconnaissance de ces zones. Tout le monde ne sait pas ce qu’on appelle zone humide. Ce sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ». Cette définition de la convention de Ramsar donne une idée de la typologie des zones humides.
Alors, les principales causes de dégradation peuvent être ramenées à la mauvaise gestion des ressources et des services écosystémiques de ces zones humides. Nous avons l’eau qui n’est pas très bien gérée. Les ressources végétales ne sont pas bien gérées non plus. Il ne faut pas ignorer les ressources animales. Il y a une cause de la dégradation qui est encore indirecte. La zone subit les actions de ses bassins versants, notamment la pollution qui est engendrée par le ruissellement des restes d’intrants agricoles, de pesticides, d’herbicides qui vient s’y déverser.
Le tableau n’est pas du tout reluisant parce nous avons perdu à peu près les 2/3 des zones humides au Bénin du fait des causes que je viens de citer. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons intérêt à en parler et à voir comment faire pour sauvegarder le cœur de la biodiversité de notre pays.
Je voudrais insister sur le fait que le combat pour la préservation des zones humides n’est plus le seul combat de la convention de Ramsar. Il y a l’Unesco à travers son programme l’Homme et l’atmosphère qui joue un rôle important. En fédérant les efforts, nous réussirons à sauvegarder les zones humides.

Dr Flavien Dovonou, Enseignant-chercheur à l’INE
« L’idéal est qu’on est un programme de suivi écologique »

Le lien entre les zones humides et l’accès à l’eau potable est fort. Si nous prenons par exemple les prairies, leurs fonctions premières, c’est d’emmagasiner l’eau pendant la saison pluvieuse et la crue pour la restituer en période de sècheresse. C’est une fonction d’amortisseur. Cela veut dire que si entre temps il n’y avait pas de l’eau dans cet écosystème, on ne pourrait pas la restituer et en faire usage. Les régions dans lesquelles il y a beaucoup de zones humides, vous ne manquez pas d’eau dans vos robinets. Le plus important c’est d’avoir l’eau à portée de mains, pour la traiter. Ensuite, il y a l’épineux problème des pollutions. Vous avez les tonnes de déchets qui sont déversés par exemple dans le lac par Dantokpa.
L’idéal est qu’on ait un programme de suivi écologique de nos plans d’eau. Mais 2010, pendant 10 ans nous avons mis des étudiants de l’INE, licence et master pour nous faire le suivi de la qualité physico chimique et bactériologique de nos plans d’eau. Aussi, les données collectées sont là que ce soit du lac Nokoué, le lac Ahémé, du lac Toho, les lagunes. Nous sommes en train de descendre à l’intérieur du pays. Il y a deux étudiants qui travaillent actuellement sur le lac Azli dans la commune de Zagnanado. En dehors de ces données, nous avons commencé par faire l’inventaire des communautés planctoniques et zoo planctoniques qui sont des êtres vivants qui servent de nourriture aux poissons, aux crevettes et autres espèces mais qui aujourd’hui sont menacées du fait de la pollution.

Alain TOSSOUNON, Journaliste spécialisé du Wash
« Il faut rompre avec la gestion sectorielle de l’eau »
En tant qu’acteur des médias, nous devons travailler à suivre la mise en œuvre de la Gestion intégrée des ressources en eau. C’est cette approche qui doit permettre de gérer l’eau de façon durable et pour tous les usages. Cependant, on se rend compte que depuis 1998 que cette approche est adoptée et 2010 où le code de l’eau a été actualisé prenant en compte la Gire, nous n’avons pas beaucoup avancé en ce qui concerne l’appropriation des bonnes pratiques de gestion. Il faut rompre avec la gestion sectorielle de l’eau et faire en sorte que tous les acteurs au niveau des bassins hydrographiques se retrouvent pour qu’on s’assure qu’on préserve les eaux humides qui sont capitales pour l’accès à l’eau. On va chercher les eaux souterraines et les eaux de surface, mais on ne s’interroge pas sur la durabilité, la disponibilité de la ressource pour les générations futures. Les médias ont un rôle capital à jouer pour attirer l’attention sur l’importance de connaître la disponibilité de la ressource. Nous n’avons pas une connaissance exacte de la disponibilité des eaux souterraines. Cela peut causer des problèmes par rapport à la planification. Avec la pression démographique et la croissance des besoins en eau, il faut aller vers cette gestion qui permet d’assurer l’eau pour les besoins actuels mais aussi pour le futur. Dans la basse vallée de l’Ouémé, dans le cadre du Projet OmiDelta, il y a un travail qui a été fait et qui a montré des problèmes de pollution. Il y a un phénomène de salinisation qu’on commence par observer. L’urgence est là, il faut sauver les zones humides.

Dr Aristide TEHOU, Coordonnateur du Comité MAB Unesco pour le Bénin
« Nous nous battons pour que ces zones retrouvent leur label »
Tout ce qui entre dans le giron de MAB Unesco permet de réguler et de freiner la dégradation dont parlaient les autres panélistes. En dehors du label de site Ramsar, c’est bien le fait que ces zones aujourd’hui soient inscrites dans le réseau international des réserves de biosphère de Mab avec tous les critères qu’il faut pour empêcher la dégradation et favoriser les services ecosystéliques rendus par ces zones aux populations. Les deux réserves créées en 2017 (réserve transfrontalière de biosphère du Mono et 2020 (la réserve de biosphère de la basse vallée de l’Ouémé) occupent l’espace de la zone humide Est et Ouest du Bénin et permettront de conserver la biodiversité et lesdits services. Vous n’êtes pas sans savoir que ce sont des zones fortement anthropisées et c’est avec la volonté des communautés que nous en sommes arrivés là. Vous avez trois zones. Il y a l’aire centrale qui est la zone intégralement protégée. Le développement des services écosystèmes au niveau de ce noyau va alimenter la zone tampon qui est la deuxième zone qui protège le noyau central contre les agressions sauvages. Ensuite, il y a la zone de transition où il y a libre jeu écologique. Mais la zone tampon et surtout l’aire centrale sont intégralement protégées. Nous nous battons au Mab Unesco pour que ces zones humides retrouvent leur label de base et l’intégralité des services ecosystémiques à fournir aux êtres humains. (…). Par ailleurs, il faut s’interroger sur l’état de contamination de nos zones humides, c’est très important. Ça permet d’aller à l’application réelle des textes. Nous en avons les meilleurs. Mais il faut des lobbyings pour l’application, en vue de limiter la contamination de l’eau. Il y a plein de maladies qui en découlent.
Transcription : Fulbert ADJIMEHOSSOU





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