Déviances sexuelles juvéniles sur la toile : Un instant de plaisir et une vie détruite !

22 avril 2022

Sur les réseaux sociaux, les scènes obscènes glanent de plus en plus d’espace dans les contenus diffusés. Le phénomène prend actuellement une allure pernicieuse du fait que les acteurs mis en exergue sont des jeunes voire des adolescents de l’environnement immédiat. Ces derniers, au nom d’une attention éphémère, s’exposent à de lourds corollaires.

Sextape... ! C’est sans doute le mot qui a secoué le premier trimestre de l’année 2022 au Bénin. Comme un simple jeu, les parties d’ébats sexuels filmées et mises en ligne deviennent de plus en plus virales et surtout récurrentes. Pas une semaine sans qu’on n’en parle. L’actualité à ce sujet en dit long. Chancy, une jeune femme de 26 ans, fidèle à ses habitudes, souhaite à ses fans un bon mois de mars. Pis, on découvre sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle celle-ci s’offrait volontairement à un jeune homme. Un mois plus tôt, c’était ‘’la fille qui gère plan bizzi’’ qui était en vedette. Pendant une semaine et plus, elle était la risée de la toile, et faisait l’objet de pires moqueries et injures. Des images dégradantes pour la gent féminine, avilissantes pour les hommes mais aussi déshonorantes pour le genre humain. Indignée par la scène qu’elle visualise sur son écran, Romaine Kélé, gestionnaire des ressources humaines exprime son ras-le-bol. « En faisant cela, tous les quatre ont bafoué la dignité féminine ».
S’il faut bien se rendre à l’évidence que le phénomène s’est aggravé en défiant davantage la pudeur, le recul pris situe ses prémices en 2016 avec l’affaire ‘’Bangala’’. Ne pas émettre de jugement sur les sextapes et les partouzes n’exclut pas pour autant une inquiétude, celle de mettre les vidéos en ligne.
Pour s’assurer de l’ampleur du phénomène, un tour a été effectué au Ceg le Nokoué. Et à tout point de vue, le constat laisse perplexe. Interrogée sur sa connaissance de la sextape, Bidossessi, une élève en classe de 5ème, baisse la tête par pudeur, sourit nonchalamment. A demi-mot, l’on peut entrevoir sa réponse. Mais subtilement, elle lâche : « Ce n’est pas une bonne chose ».

Des besoins à combler !
Crépine GANDAHO, Consultante en psychopédagogie qualifie les acteurs d’une sextape d’exhibitionnistes. Cette identification correspond en particulier au premier cas ci-dessus cité. Chancy, à laquelle les internautes reconnaissent une voix dorée, mais qui compte assurément sur un autre atout pour embraser la toile : sa nudité. C’est son bien qu’elle a pris l’habitude d’exposer sur la toile, son ascenseur rapide pour la célébrité. Une chose qu’elle assume avec désinvolture à en croire la légende d’un de ses posts sur les réseaux sociaux « …Et ceux qui me critiquent souvent là, je vous adore trop de Love ! Continuez seulement, vous jouez aussi un rôle très important dans mon évolution. Merci beaucoup oh. Il faut un peu de tout pour former un monde … » Cependant, elle attire sur la toile l’adhésion de bon nombre de personnes, notamment des jeunes mais aussi des moins jeunes. Curieux, suiveurs, admirateurs, hostiles …, ils sont nombreux. C’est un paradoxe qui n’étonne point Crépine Gandaho. « Les jeunes cherchent à satisfaire un besoin d’estime de soi en se rebellant et en créant un lien d’appartenance à un groupe ». C’est ce qui explique l’attrait qu’exercent ces comportements déviants sur les jeunes. C’est un avis que partage Romaine Kélé, citée plus haut « c’est le buzz qu’ils recherchent. » Cette quête de célébrité dissimule à son tour deux autres facteurs sous-tendus par une mauvaise appropriation de la civilisation occidentale. Pour le sociologue Arnaud Adikpeto, il s’agit des failles de l’éducation des enfants et d’un mauvais usage de la technologie. « Nous agissons par mimétisme en copiant et en dupliquant systématiquement tout ce que nous voyons et entendons sans l’adapter à nos réalités », dit-il. Entre autres, il met ainsi le doigt sur la mauvaise influence véhiculée par les médias à travers les actes posés par les personnes auxquelles s’identifient les jeunes. Il indexe aussi l’attitude des parents qui pour diverses raisons, délaissent l’éducation de leurs enfants. Tirant sur la sonnette d’alarme, il avertit « Dès que la rue commence l’éducation, il est difficile de la remettre sur les rails ». Par ailleurs, il souligne l’existence du revenge porn. Dans ce cas, la sextape tournée est mise en ligne sans le consentement des acteurs dans le but de se venger d’eux. C’est la défense qu’a adoptée la tiktokeuse béninoise Folake Boko lorsqu’elle s’est retrouvée mêlée à un scandale sexuel le dimanche 13 février 2022. Elle a affirmé que la vidéo dans laquelle elle est vue en pleins ébats sexuels avec un homme, a été tournée il y a trois (03) ans. Sa diffusion sur les réseaux sociaux relèverait d’une intention de lui nuire, selon ses dires. Dans tous les cas, les corollaires de l’exposition sexuelle des jeunes peuvent être très pesants.

Des dommages à plusieurs niveaux

« Ce n’est qu’une attention passagère qui se paye très chère » affirme la consultante en psychopédagogie, Crépine Gandaho. Pour elle, ceux qui s’exhibent, attirent à eux les prédateurs sexuels qui usent de cadeaux, de voyages, du luxe et n’hésitent parfois pas à mettre le prix pour arriver à posséder sexuellement leurs proies. Appâtées par l’argent facile, bon nombre de jeunes dans ces situations cèdent à la tentation et finissent par se détourner des études pour vivre aux crochets de leurs pseudo-bienfaiteurs. Dans bien de cas, victimes de pratiques occultes, ceux qui échappent à la mort, peuvent trainer pour le restant de leurs jours des séquelles psychologiques et même physiques. « Sur ces mêmes réseaux sociaux, les histoires publiées ne cessent de corroborer ces conséquences », ajoute-t-elle. Déplorant le cas des femmes, principales victimes, elle continue en ces termes « Derrière le sourire de ces femmes pimpantes que vous voyez, beaucoup souffrent ». Au plan social, ces comportements impliquent le déshonneur public non seulement pour l’individu mais également pour la famille à laquelle il appartient. C’est dans ce sens que le sociologue Arnaud Adikpéto déclare « Notre société africaine ne tolère pas la honte sociale. » C’est ce qui explique les sanctions publiques infligées par les parents de Estelle et de Clara incriminées dans des vidéos licencieuses. Il importe également de souligner que les sanctions de ces actes ne sont pas que sociales. Le passé en a déjà donné les preuves en 2020. Des élèves de collèges béninois, auteurs de sextapes diffusées sur la toile avaient été interpellés et mis en garde à vue par le Procureur de la République du Bénin près le tribunal de Première instance de Cotonou. Pour décourager leurs actes, leurs établissements de provenance les avaient exclus temporairement. Toutes ces sanctions n’ont pas dû laisser indifférents leurs parents. C’est sensible à cette souffrance que le jeune Zeegfried, élève en classe de 2nde assure « il y a certaines choses que je ne peux pas faire, quand je pense à mes parents. » En outre, les déviances sexuelles sur la toile marquent d’une empreinte négativement durable le parcours de leurs auteurs. La raison est qu’elles sont enregistrées de façon permanente dans la mémoire des réseaux sociaux. A long terme, ces données conservées décrédibilisent plus tard leurs propriétaires dans leur quête d’emploi ou dans leur candidature à certaines fonctions.

La communication et le respect
Eu égard à la recrudescence du phénomène, le sociologue Arnaud Adikpéto désapprouve les sévices physiques infligées à ces jeunes déviants. « Ce n’est pas la solution », martèle-t-il. C’est un point de vue qui pourrait être compris comme l’inefficacité de la violence et de l’interdiction dans la résolution des problèmes. Ceci car la pratique a montré qu’en dépit des signalétiques utilisées pour interdire l’usage du téléphone à l’école, beaucoup d’élèves transgressent la règle et l’utilisent. Pour lui, ceux qui se sont rendus coupables de déviances sexuelles sur la toile devraient répondre devant la loi. « Le Bénin est riche en la matière avec beaucoup de lois qui sont votées et promulguées » assure-t-il. Une proposition que beaucoup d’internautes avaient suggérée quand sont arrivées les sextapes de cette année. Le sociologue préconise plutôt le dialogue et exhorte les parents à sauter le verrou du tabou sexuel afin d’instaurer un climat de confiance avec leurs enfants. Ce contexte disposera l’enfant à s’ouvrir et à être guidé par ses parents. Ces derniers devront censurer les programmes télévisés et en ligne suivis par les enfants en prenant le soin de les leur expliquer.
Fredhy-Armel BOCOVO (Stag)





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