Djanabou Mahondé au sujet de la mini-Série ‘’Vaillante’’ : « Le changement est possible...C’est un appel à s’engager à l’unisson pour briser le silence »

Patrice SOKEGBE 22 mars 2022


A l’occasion de la projection de la mini-série ‘’Vaillante’’ le jeudi 17 mars 2022 à Canal Olympia de Cotonou, la Représentante d’Unicef-Bénin, Djanabou Mahondé, à travers un entretien, a insisté sur le fait que les questions relatives aux droits des enfants doivent interpeller plus d’un. Elle a aussi estimé que cette projection est une invite à la mobilisation générale contre le mariage forcé, la déscolarisation et autres violations des droits de l’enfant.

Fraternité : Nous venons de suivre avec attention la mini-série dénommée ‘’Vaillante’’, produite par l’UNICEF. Quelles sont vos premières impressions après avoir visualisé ce film ?

Djanabou Mahondé : Je suis encore sous le coup de l’émotion. Nous venons de voir la projection de ce film qui retrace l’histoire d’une jeune fille du nom de Adi en lutte contre le mariage des petites filles. Une lutte qu’elle mène pour plusieurs raisons. D’abord parce que sa mère a été victime d’un mariage qui a entrainé son décès en raison de son jeune âge. Ensuite, parce qu’elle avait été retirée de l’école. Et pourtant, elle avait des espoirs, des rêves, des aspirations. Elle était brillante. Elle a été retirée de l’école parce que ses parents l’ont forcée à se marier à un homme qui était deux ou trois fois plus âgé qu’elle, et qui lui a fait subir toutes formes de sévices, y compris des violences physiques. Elle s’est enfuie, en étant enceinte. Puis, elle est morte. Sa fille Saly, un des personnages principaux du film, a survécu et a été élevée par son oncle. Devenue activiste des droits de l’enfant, Saly est retournée dans son village natal pour retrouver son grand père et mobiliser la population pour la lutte contre le mariage des enfants.
Lorsqu’on tourne nos regards vers la situation des enfants au Bénin, on note qu’aujourd’hui, une fille sur trois est mariée avant l’âge de 18 ans. Donc, il y a des milliers de filles qui n’ont pas l’opportunité de jouir de leurs droits, d’accomplir leur potentiel, de s’épanouir et surtout de pouvoir contribuer au développement de leur pays, de leur communauté. Ce film est rempli de messages, d’émotions et constitue un cri de cœur et un appel à la responsabilité de chacun face au mariage des enfants. Ce n’est pas une lutte à gagner tout seul. Comme on a vu dans le film, on a besoin des médias, des leaders religieux, des institutions, etc. On y a aussi vu des acteurs politiques, des jeunes hommes comme des jeunes femmes mobilisés et engagés contre ce mariage.

Dans le film, la jeune Saly a été invitée par un professionnel des médias pour une émission surprise à laquelle elle n’avait pas été préalablement préparée. Est-ce que cela montre également les péripéties de l’engagement auxquelles on peut être confronté en tant qu’activiste ?

Oui, je pense que c’est pour ça qu’on est activiste parce qu’on se dit finalement qu’il y a encore beaucoup de causes qui méritent de l’attention. Dans le changement, dans les actions qu’on est amené à mettre en œuvre, on est confronté à différents points de vue ; et chacun pose le problème en fonction de sa perspective, de sa culture, de sa religion et de son vécu. C’est dans les échanges qu’on arrive à confronter les idées, trouver un compromis, changer d’avis. Il en va de même pour la question du mariage des enfants, notamment des filles.
Dans le film ‘’Vaillante‘’, le grand-père a dit qu’il s’est marié avec sa femme étant jeune et qu’il était normal qu’il marie sa propre fille aussi jeune. Pourtant aujourd’hui, on voit les conséquences irréversibles du mariage des petites filles, telles que la mort, la pauvreté etc. De toutes les façons, les femmes représentent aujourd’hui plus de 50% de la population. Et aucun pays au monde ne peut se développer, parvenir à une autonomie économique, en laissant de côté 50% de la population.


Est-ce qu’il faut réorganiser la mobilisation autrement ?

Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui sont faites. On a noté tout à l’heure qu’il y a des mobilisations qui se font dans plusieurs communautés avec des leaders religieux qui ont pris des décisions courageuses, comme celle de ne pas marier des personnes de moins de 18 ans ; ou sensibilisent à travers leurs prêches. Nous avons des leaders traditionnels qui mobilisent aussi les communautés. Nous avons M. et Mme Lamda qui sont des personnes modèles, des ambassadeurs et ambassadrices des droits des enfants. Maintenant, le changement culturel et social est lent. Mais il faut un début. Il faut briser le silence pour amorcer le changement.

Est-ce qu’il ne faut pas penser projeter la série ‘’Vaillante’’ en dehors de Cotonou ?

En effet. Nous avons été interpellés par plusieurs personnes à la fin de la projection. Elles sont venues vers nous, chargées d’émotions, non seulement pour exprimer leur appréciation du film, mais aussi pour nous suggérer d’aller projeter ce film en dehors de Cotonou dans d’autres communautés, surtout les plus éloignées. Et pour cela, il faudrait aussi traduire le film en langues locales pour que les messages puissent toucher les populations et que les interactions puissent se faire à la suite de la projection. C’est quelque chose que nous pouvons envisager.

Votre mot de la fin.

Le changement est possible ! Pour moi, ce film est un appel à tout le monde de pouvoir s’engager la main dans la main pour briser le silence et apporter une joie, un bonheur et plus d’opportunités futures à cette partie de la population qui, malheureusement, jusqu’à présent, ne bénéficie pas de tous ses droits. Mais, nous sommes très optimistes parce qu’il y a des lois qui sont votées, une mobilisation du Gouvernement du Bénin, des jeunes, des leaders religieux et de toutes personnes autour de la question du mariage des enfants est observée. Comme on l’a vu, c’est un combat qui doit être mené de manière collective où chacun de nous a un rôle à jouer. Nous sommes très confiants.





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