Docteur Joel Houngue au sujet du centre Valdera de l’Uac : « Nous redonnons une seconde vie à tous les déchets dans la durabilité »

25 janvier 2023

Cinq années environ après sa création, le centre de Valorisation des déchets en énergies renouvelables et en agriculture (ValDERA) basé dans l’enceinte de l’Université d’Abomey-Calavi, dispose d’un caractère unique et par conséquent décisif au plan national de par ses diverses prestations. A travers cet entretien, Dr. Joel Hounguè, environnementaliste et chef section des déchets dudit centre, lève le rideau sur les activités de ce centre à travers ses clarifications.

Comment est-on arrivé à la création d’un tel centre dans les locaux de l’Université d’Abomey-Calavi et quel est le but visé ?
ValDERA est un centre qui existait depuis 2012 mais qui a été officiellement créé en 2014 par un arrêté rectoral. Donc c’est un centre directement rattaché au rectorat. Il a été créé pour régler un problème à l’Université d’Abomey-Calavi. Dans les années 2006, 2007 il était facile de voir un peu partout des déchets sur le campus. Donc le centre est créé pour une meilleure gestion durable des déchets au sein de l’UAC, mieux assainir le campus. On ne peut pas être à l’université et gérer les déchets comme on a l’habitude de le faire à la maison, dans nos quartiers de ville et villages. On a donc inscrit la notion de durabilité. D’où valorisation des déchets et donc une la seconde vie que nous leurs donnons. Quand le centre est créé, il y a des endroits stratégiques sur le campus où les déchets sont produits. Nous les avons géolocalisés et avons positionné des poubelles en ces lieux. A l’interne du centre, des agents qui ont en charge la collecte des déchets, des agents qui ont en charge le tri des déchets, les agents qui ont en charge la valorisation des déchets dans chaque section de valorisation. C’est-à-dire que quand les agents collecteurs ou pré collecteurs vont au niveau des poubelles pour aller collecter les déchets, ils les apportent au centre ici. Et quand ils viennent, ils sont récupérés par l’équipe de tri, laquelle permet de classer les déchets à valoriser par catégories où les matières organiques sont transférées vers les section de compostages, les déchets plastiques dans la section de valorisation des déchets plastiques, les déchets fermentés sont envoyés dans la section de bio gaz. Nous avons ainsi plusieurs centres de valorisation des déchets. Entre autres : la section des déchets plastiques, la section de compostages et de maraichages, la section de bio mécanisation, la section de valorisation des papiers cartons, et la liste n’est pas exhaustive. Donc dans les différentes sections de valorisation, en exemple celle de compostage et de maraichage, nous produisons du compost qui sert en même temps pour le maraichage.

Ici au centre ValDERA, quelles sont les différentes cultures qu’on peut retrouver et sous quelle forme ?
En gros, nous faisons de la culture bio, on n’y met pas d’intrants chimiques. Tout ce que nous produisons c’est le bio. Les composts que nous produisons servent à la culture des produits maraichers. Ces composts que nous produisons ici, se sont positionnés comme meilleur au plan national. Lorsque le stade Général Matthieu Kérékou de Cotonou était en rénovation par une entreprise chinoise et donc par endroit du stade, ils ont voulu mettre des gazons naturels et comme les mesures environnementales exigent qu’on ne mette pas d’intrants chimiques, ils donc fait recours aux composts. Et dans leurs recherches de compost, ils sont venus ici au centre ValDERA comme ailleurs prélever des échantillons de composts dans les différents centres visités. Ces échantillons ont été embarqués en Chine pour subir des analyses. Et quelques mois après, ils sont revenus ici nous demander cinq cents tonnes de compost parce qu’après leur analyse, il s’est avéré que notre compost est le meilleur parmi dans tant d’autres. C’est pourquoi je dis fièrement que les composts que nous réalisons ici au campus d’Abomey-Calavi sont les meilleurs dans tout le Bénin. Tout le monde vient ici pour s’en approvisionne. Ce n’est pas destiné à une classe spécifique. Au niveau de la section valorisation des matières plastiques, nous transformons tout ce qui est matière plastique en pavés qui peuvent être posés dans les maisons, car nous ne produisons malheureusement pas en grande quantité pour servir à la construction des voies. Si nous prenons par exemple la Côte d’Ivoire, ils sont habiletés à produire des pavés à base des matières plastiques pour servir à la construction de route sur des kilomètres, mais ici chez nous c’est en nombre restreint. Nous avons donc délocalisé cette section à Allada où elle est plus équipée dans le cadre du Projet de Valorisation des Déchets Plastiques (ProVaDeP), lequel produit des pavés à base des matières plastiques. Nous avons eu a par le passé à produire des marilines qui peuvent servir à la fabrication des tables bancs. Mais il faut noter que cette expérience est restée à l’étape de recherche vu que nous sommes à l’Université. Nous produisons ici aussi des bio gaz à partir des déchets fermentés, de tout déchets susceptibles de décomposition comme les restes alimentaires, les bouses de vaches, les matières fécales et c’est pour cela que nous sommes abonnés aux structures de vidanges de fosses qui viennent ici remplir nos bio-digesteurs. Avec des déchets, nous pouvons faire assez de choses, c’est dire que nous redonnons une seconde vie à tous les déchets. Tout ceci dans la durabilité. Depuis 2015 les nations unies ont lancé un nouvel agenda dénommé ‘’agenda 2030’’ qui regroupe les objectifs de développement durable et nous nous inscrivons dans ces objectifs de développement durable parce que de par ce que nous faisons ici, nous préservons l’environnement parce que nous apprenons aux gens une gestion durable des déchets. Au lieu qu’ils soient déversés sur la terre, dans nos villes et villages, nous faisons de la récupération, transformons ces déchets-là et nous obtenons d’autres sous-produits qui sont valorisables, exploitables. Donc de façon résumée voilà ce que nous faisons ici au centre ValDERA. C’est une réalité pensée et créé par le recteur d’alors Brice Sinsin et c’est un centre dirigé par le professeur Placide Clédjo, directeur depuis sa création jusqu’à ce jour. Les membres du centre ValDERA sont des géographes environnementalistes.

Les résultats de ce centre sont sans commentaire. Est-ce que cela veut dire qu’il n’a plus besoin de financement ou d’aide de quelque manière que ce soit ?
En effet, il faut penser à mieux équiper le centre. Mais il faut noter que c’est un centre qui est sous l’égide du rectorat, lequel n’est pas habileté à satisfaire tous ses besoins car lui aussi évolue sous budget. Si nous avons un financement on essaie de le dupliquer. Quoi qu’on dise, il y a besoin de financement parce que jusqu’à aujourd’hui, le tri des déchets est toujours manuel alors qu’il existe d’autres moyens plus avancés et modernes pour faire un meilleur tri aussi bien qualitatif que quantitatif. Quand je prends notre procédure de compostage, il y a des procédures plus avancées que ça qui permettront d’avoir des résultats beaucoup plus nobles. En gros, le centre a vraiment besoin de financement car nous utilisons encore les méthodes traditionnelles et archaïques. De par ses résultats, ValDERA est le meilleur centre au plan national. Il faut noter que beaucoup de communes nous sollicitent : Dogbo, Gogounou, Ouidah, Sèmè-Podji pour ne citer que celles-là. Aussi sommes-nous en partenariat avec la Société de gestion des déchets dans le grand Nokoué et nous essayons de lui apporter l’appui technique pour une meilleure gestion des déchets dans le grand Nokoué. En addition, c’est un centre du campus qui forme beaucoup d’étudiants dans la phase pratique qu’ils soient de la Géographie, de l’EPAC, de l’INE, de la FAST.
Propos recueillis par Mahussé Barnabé AISSI (coll)





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