Don de fleurs dans les relations amoureuses en Afrique : Les facettes d’une culture importée

3 mars 2022

En amour ou en amitié, les fleurs sont offertes pour exprimer des sentiments affectueux à l’être aimé. Contrairement aux occidentaux, très peu d’africains y font recours dans les relations amoureuses. Cette culture importée peine à se frayer un chemin dans les réalités de la société africaine.

« Si ce n’est pas l’argent, ça ne m’intéresse pas . Je ne veux pas de fleurs. C’est l’argent que je veux ». Ces propos de sa bien-aimée lui ont ôté, il y a quelques années, tout désir de se présenter avec un bouquet de fleurs devant une jeune femme. Albert Koffi Adandji est journaliste à Talent plus Sport, un média d’actualités sportives. En bon amoureux, il a voulu offrir des fleurs à sa partenaire à la Saint Valentin. Mais très tôt, sa volonté s’est dissipée face au refus de celle-ci.
En Afrique et au Bénin en particulier, ces cas de figures sont légion. L’africain n’offre pas de fleurs en amour, sinon, « ceux qui l’ont découvert dans les médias occidentaux et dans les livres », clarifie Steven Accrombessi, étudiant en troisième année de Lettres Modernes à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication (Fllac) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). Moïse Dossoumou, président de l’Association des Enarques du Bénin (AEB) se retrouve dans cette catégorie, mais pour un autre motif. « J’ai déjà offert des fleurs à ma maman, il y a quelques années pour son anniversaire et aussi pour la fête des mères. Ça lui a fait grand plaisir », raconte-t-il. De son côté, aussi curieux que cela puisse paraître, Médéssi Houansou, web activiste des droits à l’égalité du genre, a réalisé l’exploit avec son amoureux. Et contre toute attente, « il a adoré le geste », fait-elle savoir, les yeux rêveurs. Cependant, il ne faut pas se voiler la face. Tous les africains ne sont pas ravis par l’idée de recevoir ou d’offrir des fleurs en amour.
A la Saint Valentin, jour où les fleuristeries sont bondées de monde en occident, celles en Afrique sont quasiment désertes. « On ne vend presque rien le 14 février. Il arrive même que je fasse zéro chiffre d’affaire ce jour. C’est plutôt lors des saisons pluvieuses que les demandes de service affluent », confie Jean-Jacques Ahogni, entrepreneur fleuriste à Sékou. Et ce n’est pas son collègue Alain Hounkpevi, promoteur de Harmonie Vertu qui dira le contraire. « La majorité ne prend pas des bouquets de fleurs à la Saint Valentin. Le béninois achète des fleurs à la Toussaint, à l’occasion des cérémonies d’enterrement et anniversaires des obsèques ». Mais à ce niveau encore, le nombre qui s’en procure se compte du bout des doigts. Le béninois modeste peine à figurer sur le tableau. « La plupart de mes clients sont des bourgeois, des chefs d’entreprises, des gens un peu à l’aise », révèle le paysagiste.

À chaque société ses réalités !
Il est irréaliste d’omettre que les réalités de l’occident diffèrent inéluctablement de celles de l’Afrique. Contrairement à la civilisation européenne, la tradition africaine n’ a que faire des fleurs, si ce n’est sur le plan spirituel. D’ailleurs, bon nombre d’africains ignorent par quoi l’on désigne le mot fleur dans leur langue locale. Pour le jeune étudiant en Lettres Modernes, Steven Accrombessi, « les Africains dignes du nom, vivent quotidiennement en contact avec la nature, et donc les fleurs ne sont rien de spécial que de milliers de couleurs qui jalonnent les sentiers qui mènent au champ ». Aussi, faut-il le reconnaitre, offrir des fleurs en présent à son amoureux ne fait pas partie de la culture africaine. Mieux, elles ne composent pas avec le romantisme entre amoureux sur la terre des enfants du berceau de l’humanité. À propos, Albert Adandji, explique : « Le romantisme ne se présente pas sous cette forme dans nos traditions. Offrir des présents à sa femme, c’est lui acheter des bijoux, des pagnes, des chaussures etc. C’est de cette manière qu’on prouve l’amour à une femme ici en Afrique ». Pour Alexis Akpo, jeune poète béninois, le climat africain n’est pas favorable à l’entretien des fleurs. « La neige a besoin de la chaleur et le soleil, de la fraîcheur. Si on offre des roses en Afrique, ça va vite se fâner. Alors il faut donner ce qui résiste à la chaleur et qui peut résister à notre climat ».
L’autre aspect de la chose, est l’ignorance de leur signification dans les mimiques. En effet, les significations qu’elles pourraient prendre dans les relations amoureuses sont inconnues de plus d’un en Afrique. Et donc, toutes les dames ne sont pas enchantées de les recevoir en présent. « Elle le considèrent comme un cadeau de moindre valeur », se désole Gildas Montcho, sérigraphe à Abomey-Calavi. Selon Richter Gbégan, photographe mannequin profesionnel, la recherche d’intérêt dans les relations amoureuses en est pour quelque chose dans ce désenchantement observé chez certaines dames. « La plupart des gens se mettent en couple par intérêt. L’homme cherche à s’amuser et la femme cherche à profiter de son argent », fait-il remarquer.

Une fleur pour quel destinataire ?
Généralement, les femmes sont les êtres les plus disposés à recevoir des fleurs. Lettrées ou non, elles méritent toutes d’en recevoir. L’essentiel, c’est qu’elles soient capables de comprendre le sens du geste et d’y accorder plus d’intérêt que pour un cadeau quelconque. « L’amour ne connait pas de condition. Qu’elle soit étudiante, lycéenne, apprentie, célibataire ou mariée, la femme mérite ce geste en témoignage de l’amour à elle porté », insiste Fidèle Ayeko, artiste présentateur live en formation à l’Union Artistique et Culturelle des Étudiants (Ucae) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). D’ailleurs, son opinion sur la question n’a pas échappé au Docteur Casimir Mevo, directeur du Collège d’Enseignement Général (CEG) Dédomè de Kpomassè. À l’anniversaire de son épouse, il n’a pas hésité à aller à cette école du romantisme. « J’ai offert des fleurs dans une situation très particulière. C’était à l’anniversaire de ma très chère épouse. J’ai choisi de me rendre dans un lieu sublime où le naturel est valorisé pour lui prendre un bouquet de fleurs fraîches », raconte l’enseignant.
Contrairement à Fidèle, le point de vue de Chimène FASSINOU-GANGO, sociologue en formation et activiste des droits de la femme et du développement, est tout autre. Celle-ci donne la priorité aux femmes épanouies. « Qu’elle soit mariée ou non, la femme indépendante financièrement pourra entretenir le cadeau qu’on lui a offert. Les fleurs sont à protéger. Ce sont de petites choses qui méritent attention et tendresse. Pour les avoir, il faut avoir un coeur et un moyen pour les entretenir », a-t-elle ajouté.
Nadine Behanzin (Coll)





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