Dr Fréjuste Agboton, concepteur de l’outil Accredhospi-Bénin : « Une bonne qualité de soins passe aussi par le digital »

Fulbert ADJIMEHOSSOU 6 mai 2021

C’est une évidence. Les Etats africains doivent s’appuyer sur le digital pour atteindre les Odd, notamment dans le domaine de la santé. A travers cette interview, Dr Fréjuste Agboton parle de l’importance de l’outil d’accréditation hospitalière Accredhospi-Bénin qu’il a conçu (disponible sur accredhospi-benin.com) et des enjeux des TICS dans le domaine de la santé.

Les TICs prennent place de plus en plus dans le secteur de la santé. Au Bénin, qu’est-ce que la révolution du numérique pourrait changer ?
Les services du numérique appliqués au bien être de la personne représentent la e-santé. Il s’agit ainsi de l’ensemble des domaines où les technologies de l’information et de la communication sont mises au service de la santé. Dans un pays comme le nôtre où la qualité de soins n’est pas la plus optimale, elle offre de nouvelles possibilités intéressantes. En effet, la e-santé présente plusieurs sous-domaines notamment les systèmes d’information (système d’information hospitalier et dossier patient informatisé) permettant de recueillir, de traiter et d’analyser les informations sur les patients ainsi que leur parcours et les soins reçus. Ceci permet une meilleure coordination des soins au sein des établissements de santé ou d’un territoire de soins améliorant ainsi la gestion administrative et celle des soins par la mise en commun des informations entre ces différents services et la traçabilité indispensable à une bonne gestion. Un autre sous domaine de la e-santé, c’est la télé médecine qui offre des possibilités de soins à distance et regroupe 5 catégories :
-  La téléconsultation (consultation médicale à distance)
-  La teleexpertise (permettant le recours à un médecin expert en raison d’une compétence particulière)
-  La télé Surveillance (interprétation des données indispensables au suivi d’un ou plusieurs patients à distance)
-  La télé assistance et la régulation médicale.
Ce domaine est particulièrement important dans notre contexte où bon nombre de régions ne disposent pas de personnels qualifiés qui se retrouvent presque tous dans la capitale économique. La télémédecine permet ainsi un redéploiement des compétences à distance et une meilleure prise en charge de la population même dans les zones où le personnel qualifié n’est pas disponible.
Enfin la télé-santé est un autre domaine de la e -santé qui intègre des services de suivi et de prévention des individus dans un objectif principal de bien-être à l’aide par exemple d’objets connectés, d’applications mobiles, de plateforme web. On peut distinguer trois types de dispositifs technologiques. Il y a ceux centrés patient ou grand public (concernent les applications de santé web, les portails d’information santé, les objets connectés) ; ceux centrés offreurs de soins comme les sih internes, les dispositifs de télémédecine, les ordinogrammes ; et pour finir les dispositifs centrés acteurs assurantiels, régulateurs publics ou privés comme les applications permettant la collecte, le stockage et le traitement algorithmique de données massives de santé. Notre plateforme s’inscrit dans cette catégorie.
Nous voyons ainsi que la e-santé est un domaine vaste intervenant à tous les niveaux du système sanitaire et pouvant permettre de régler une multitude de problèmes au point même où le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Ghebreyesus la décrit comme une solution pertinente pour répondre aux défis que doivent relever les systèmes de santé.

Au cours de vos travaux de thèse, vous vous êtes intéressé à comment l’on peut améliorer la gouvernance des hôpitaux à l’aide des outils informatiques. Vous avez donc conçu l’outil Accredhospi-Bénin disponible sur accredhospi-benin.com. Que peut-on retenir de vos études ?
Mon travail était intitulé "Perspectives de développement d’un outil informatique pour l’accréditation hospitalière : cas de la mesure de la performance administrative de deux hôpitaux universitaires béninois en 2020". Il s’agissait pour moi de créer une application web qui aiderait les hôpitaux dans le processus d’accréditation en leur fournissant un outil d’autodiagnostic des faiblesses et de suivi des améliorations mais aussi les accréditeurs notamment le gouvernement dans ce processus en fournissant à ces derniers un outil plus commode d’évaluation de ces hôpitaux. En effet, le Bénin dispose d’un manuel d’accréditation hospitalière. Ce manuel regroupe les normes en termes de référentiels référence critères et sous critères, auxquelles un hôpital devrait se conformer pour être accrédité au Bénin. Notre travail était de numériser ce document et d’automatiser le processus d’auto-évaluation et d’évaluation des hôpitaux qui devait se faire de façon manuelle, ce qui le rendait long, difficile et très coûteux.. Après avoir développé notre application, la deuxième phase de notre travail a consisté à le tester en utilisant l’outil ainsi créé afin d’évaluer deux hôpitaux universitaires sur le management. Notre constat était que bien que des améliorations restent possibles, les résultats obtenus par ces hôpitaux restent très encourageants. Cependant leur plus grande faille se situe au niveau des systèmes d’informations hospitalières, notamment la dématérialisation des services des dossiers et informations liées au patient et aux soins. Le sih a pour objet d’extraire un flux d’informations pertinentes, provenant des services internes de l’hôpital et destinées à servir de base aux décisions et aux différentes structures de l’hôpital. Ainsi de nos jours, une bonne qualité de soins doit passer par l’intégration de la e-santé, ce qui reste un défi à relever pour nos structures sanitaires.

Revenons sur votre outil, Accredhospi Bénin. Est-ce possible de généraliser son utilisation dans tous les hôpitaux du Bénin ?
Dans son état actuel, l’outil ne numérise qu’un domaine sur les trois que comporte le manuel d’accréditation. Notre objectif est d’abord d’intégrer tous les autres domaines et les indicateurs du manuel. Ensuite, nous devrons également finaliser l’outil grâce aux recommandations de notre jury, et aux améliorations proposées par d’autres personnes du domaine que nous avons identifié. Après cela, nous commencerons la phase de déploiement et l’outil sera alors disponible et accessible dans tous les hôpitaux du Bénin. Ceci leur permettra de faire leur autodiagnostic et de plus facilement s’engager dans le processus d’accréditation qui d’ici là sera obligatoire au Bénin. Il pourra également être l’outil principal utilisé par le gouvernement afin de réaliser des évaluations plus rapides, sûres et commodes.

Y-a-t-il des contraintes liées à son exploitation ?
Des contraintes non. Nous dirons plutôt des conditions. Déjà il s’agit d’une application web (nous prévoyons des versions mobiles), donc son utilisation dans son état actuel nécessite une connexion internet. De plus, même si pour le moment l’application est gratuite, nous réfléchissons à un modèle économique pour assurer sa viabilité à long terme. Enfin, pour une bonne expérience utilisateur, nous recommandons son utilisation sur des écrans supérieurs à 10 pouces.

Entre vous et les TICs, c’est une longue histoire. Avez-vous des suggestions à faire pour le développement de la e-santé au Bénin ?
En effet, ma passion pour les tics est aussi forte que celle pour la médecine. La e-santé est donc un domaine qui me tient vraiment à cœur. Comme suggestions, il faudrait par exemple intégrer la e-santé à la formation médicale au Bénin, offrir des bourses de spécialisation dans le domaine, soutenir les initiatives qui vont dans ce sens en les accompagnant financièrement et techniquement ; mettre la e-santé au cœur du développement de la qualité des soins mais aussi créer un cadre législatif et réglementaire adéquat qui prend en compte nos réalités. Mais tout ceci ne sera possible qu’après une prise de conscience des dirigeants sur l’importance de la e-santé dans l’amélioration de la qualité des soins administrés.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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