Dr Romaric M. Massi, Médecin Hématologue : « Les cancers de sang sont en nette augmentation »

La rédaction 29 janvier 2021

Le nombre de personnes atteintes d’un cancer ou l’ayant été ne cesse d’augmenter. Et dans le lot, les cancers de sang font dans le silence, beaucoup de victimes, surtout dans le rang des enfants. En prélude à la Journée mondiale des cancers célébrée le 4 février, Dr Romaric M. Massi, Médecin Hématologue Clinicien, explique les causes et donne des conseils sur les moyens de prévention.

Qu’ est-ce qu’un cancer de sang ?
Les cancers du sang sont des maladies qui résultent d’une multiplication anarchique et exponentielle des cellules sanguines ou de leurs précurseurs (cellules souches). On distingue plusieurs types de cancers de sang. Il y a les leucémies aiguës (leucémie aiguë lymphoblastique(LAL), leucémie aiguë myéloblastique (LAM)]. Nous avons aussi les leucémies chroniques [Leucémie myéloïde chronique (LMC) ; Leucémie lymphoïde chronique (LLC)], les lymphomes, le myélome multiple etc.

Est-ce une affection fréquente au Bénin ?
L’incidence des cancers de sang est en nette augmentation au Bénin. Lorsque nous nous référons aux données statistiques que nous avons collectées au cours de l’année 2020 nous enregistrons en moyenne 3 nouveaux cas de cancer de sang chaque semaine. Alors qu’il y a 5 ans, en arrière on enregistrait environs 2 nouveaux cas par mois. Il faut préciser que ces chiffres déjà très alarmants (vu le poids et la complexité de la prise en charge de ces cancers) ne reflètent pas totalement la réalité au Bénin dans la mesure où beaucoup de patients meurent à l’intérieur du pays sans même arriver au diagnostic.

3- Quels sont les facteurs de risques ?
Les facteurs de risques sont nombreux. Il y a le tabagisme, la toxicomanie (y compris la Chicha), le surpoids, l’exposition aux hydrocarbures type benzène, l’exposition aux peintures, l’exposition aux pesticides et l’exposition aux rayonnements ionisants. L’hépatite C, le VIH, le virus d’Epstein-Barr et certaines maladies génétiques constitutionnelles comme la trisomie 21 et maladie de Fanconi sont aussi concernés.

Pourquoi les enfants sont plus exposés ?
Au Bénin, les cancers de sang constituent le premier type de cancer chez l’enfant et représente 38% des cas de cancers pédiatriques (Ministère de la santé. Plan stratégique intégré de lutte contre les maladies non transmissibles 2014-2018). Il s’agit essentiellement de leucémie aigue lymphoblastique (LAL), de lymphome de Burkitt, de lymphome de Hodgkin qui sont des cancers que l’on peut guérir avec des taux de guérison en général au-delà de 80% lorsque le diagnostic est précoce et que le traitement adéquat est vite instauré.

Prenons le cas des leucémies aiguës. Comment se manifestent-t-elles ?
Les leucémies aiguës sont en générale d’installation brutale avec une altération brutale de l’état général du patient, une fièvre qui perdure malgré tout traitement, une anémie qui se manifeste par une pâleur généralisée avec une fatigue de plus en plus intense. Nous avons aussi l’apparition de saignement dans le nez, la bouche, sur la peau, dans les urines et les selles. Des ganglions apparaissent de même au niveau du cou, des aisselles etc. L’apparition parfois d’une grosse rate dans le ventre à gauche ou d’un gros foie dans le ventre à droite fait partie des manifestations.

Y a-t-il aujourd’hui des possibilités de traitement sur place, quand on sait déjà les difficultés chez nous à prendre en charge les autres types de cancers ?
Oui. Nous prenons en charge la plupart des cancers de sang au Bénin malgré les grosses difficultés (défaut de moyens financiers, accès difficile à certaines drogues non disponibles au Bénin, refus de traitement par certains patients/parents qui attribuent la maladie à la sorcellerie etc.) auxquelles nous faisons face. Seule la leucémie aiguë myéloblastique (LAM) ne peut être traitée convenablement dans notre contexte non pas parce que nous n’en avons pas les compétences, mais tout simplement parce que ce traitement nécessite une chimiothérapie très intensive avec une logistique très lourde, une hospitalisation en chambre stérile pour plusieurs semaines, chose qui n’est pas possible dans notre contexte.

Quels sont vos conseils aux populations ?
Le message pour nos compatriotes est en deux points. Primo, le cancer du sang n’est pas une fatalité, il s’agit d’une maladie comme toute autre. Le cancer de sang se traite et on peut en guérir lorsqu’on fait le diagnostic est fait à un stade précoce et qu’on le traite correctement. Il faut donc, dès qu’on constate des anomalies, consulter assez rapidement. Secundo, tout le monde (riche, pauvre, adulte, enfant, femme, homme) peut souffrir de cancer de sang et nul n’est suffisamment riche pour faire face seul à un cancer. Nous devons donc, tous, unir nos forces pour aider ceux qui en souffrent à vaincre la maladie sur tous les plans (financier, matériel, psychologique etc.).





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