Dr Zakiath Bonou-Gbo, Enseignant-chercheur à l’Uac : « On ne peut parler d’égalité mais plutôt de complémentarité »

8 mars 2022

Le Bénin célèbre la journée internationale de la femme depuis des années. Avez vous l’impression qu’il y a du changement ?
Est ce qu’il y a du changement ? Je peux dire oui comme non. Je dirai Oui, parce que, grâce à la journée, les jeunes filles se battent pour la scolarisation afin d’être en phase avec le développement. Non, car, celles qui sont les leaders au lieu de faire de la journée un moment de réflexion approfondie en font une journée de festivité. On a l’impression qu’il faut attendre 8 mars pour parler de la femme et de son rôle dans la société.

Le thème de cette année est : L’égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable Que vous inspire ce thème ?
Le thème de cette année nous interpelle sur le plan social. Doit-on parler de l’égalité des sexes pour un avenir durable ou de la complémentarité des sexes pour un avenir durable ? On me dira que c’est du jeu de mot. Mais ce jeu est très important pour agir sur le développement durable. Quand on parle d’égalité, M. le journaliste, vous et moi savions qu’il n’y a rien d’égal dans ce système d’homme/femme. Retenons simplement que la femme a un rôle très important à jouer dans le développement d’une nation, d’accord mais tel que l’homme ne peut se prétendre capable à tout faire, il en est de même pour la femme.

Au plan professionnel, on note encore une inégalité salariale entre les hommes et les femmes. Comment expliquez-vous cet état de chose au Bénin ?
M. le journaliste, ce débat se situe sur un autre point. La différence salariale est souvent notée au niveau de la reconnaissance des enfants. Lorsque monsieur et madame sont de la fonction publique, il est dit que les deux parents ne peuvent pas prendre les primes alloués aux enfants. Ceci dit, ce sont les pères qui déclarent les enfants du coup c’est à eux qu’est destinée cette prime d’où la différence salariale. En dépit de ceci, l’indice salarial destiné à chaque cadre est appliquée à tout le monde si je ne me trompe pas.

Du point de vue juridique, que faire pour défendre la cause de celles qui subissent ce sort ?
Lorsque le gouvernement a fait sortir la grille des nouvelles taxes, tout le monde a crié ; mais à ce niveau quelque chose est fait que moi je pense qu’on peut plutôt l’améliorer autrement. Il a été dit qu’on supprime l’abattement sur salaire concernant les enfants (je n’ai plus exactement la formulation) pour les hommes ce qui ramène tout le monde au même niveau. Ce qui serait mieux selon moi était d’accorder cet abattement aux femmes au lieu de le supprimer.

Il y a quelques mois, le Chef de l’Etat a promulgué des lois en faveur des femmes et des filles. Celle qui a provoqué une vive polémique, c’est la loi relative à l’avortement sécurisé. Pouvez-vous nous expliquer le bien-fondé de cette loi ?
Je ne vois pas ce qu’il y a de différent dans cette loi par rapport à ce qui se fait. Car loi ou pas, les jeunes femmes et filles font l’avortement à leurs risques. Ce que moi je vois de nouveau, c’est le mot sécurisé qu’on a associé au fait. Le bien-fondé réside dans le fait qu’on enregistre trop de décès suite aux avortements clandestins et qu’avec la nouvelle loi, chaque femme ou fille est responsable des actes qu’elle pose devant la loi.

Quelle est la démarche à mener pour susciter l’adhésion de la population ?
Pour susciter l’adhésion de la population, la démarche avait commencé ; Celle de vulgariser la loi. Mais ce qui est très important à faire est surtout d’opter pour l’éducation des filles sur la sexualité afin d’éviter au maximum les grossesses non désirées.

Nous constatons depuis quelques mois des dénonciations de viols généralement sur mineures au Bénin. Pensez-vous que le phénomène prend de l’ampleur ou c’est une volonté de décourager ce fléau ?
Je pense qu’aujourd’hui, les projecteurs sont braqués sur les potentiels acteurs de ce fléau ? Ce qui est d’ailleurs à encourager. Hier on n’entendait pas parler du viol à tout bout de champ. Aujourd’hui tout n’est pas permis. Alors il faut de ces actions pour corriger la perversité dans notre pays.

Nous sommes encore la veille des élections législatives au Bénin. Est-il possible d’espérer une forte représentativité des femmes à Assemblée nationale ?
(Rire) je me retourne encore à ma première réponse. Il n’y a pas un travail conséquent pour espérer une forte représentativité ? C’est un souhait pour moi de voir les femmes mais pas des moindres au parlement. Vous savez que les figures se dessinent à quelques jours des élections. Donc nous allons espérer cette représentativité du moment où il y en a qui peuvent faire l’affaire.

Même si l’Exécutif et le législateur donnent un coup de pouce aux femmes politiques, elles ont du mal à faire montre de leadership. Pourquoi cette hésitation ?
C’est d’abord culturel. La femme en famille n’a jamais pris une décision en premier lieu. Raison pour laquelle, je disais qu’on ne peut parler d’égalité mais plutôt de complémentarité.

Quelle solution préconisez-vous pour susciter une candidature massive des femmes ?
Comme je l’ai dit, la culture ne ment jamais. Cela n’a jamais été une surprise pour moi de ne voir que quelques têtes sur les affiches des candidats car la culture n’a pas conféré ce pouvoir à la femme. Je veux parler de la culture africaine bien sûr. Il y a des exceptions ; d’accord mais sachez qu’il n’y a que peu de femmes qui sont des femmes de pouvoir. Pour tout dire, toutes les femmes ne sont pas pareilles.

Un mot à l’endroit de nos lecteurs ?
Aujourd’hui 8 mars 2022, le Bénin célèbre nous les femmes. J’invite toutes les femmes à reconnaître leur potentialité afin de mieux servir le Bénin. Je vous remercie





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