Entretien avec Crépine Gandaho Amoussou, à propos des sept secrets de réussite scolaire de l’Ong GAMEIA : « Tous les apprenants peuvent réussir leurs études »

Moïse DOSSOUMOU 8 avril 2022

Les échecs scolaires font partie des réalités du monde académique. Ces dernières années, le bas niveau des apprenants est un grand sujet de préoccupation. Les parents qui ne sont pas étrangers à cette réalité font de leur mieux chacun en ce qui le concerne pour extirper leurs enfants de cette catégorie d’apprenants peu studieux. Professeur certifié de philosophie, Crépine Gandaho Amoussou sort des sentiers battus et propose des méthodes pratiques qui constituent un coup de pouce aux apprenants qui ont du mal à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au moyen de ces ouvrages dont le premier est inscrit au programme d’enseignement, elle donne aux parents et aux apprenants les clés de la réussite scolaire. Désormais, chaque acteur connaît le rôle qui est le sien pour que l’excellence tant souhaitée se concrétise. Grâce à son Ong, Crépine Gandaho Amoussou poursuit la sensibilisation et ne se lasse pas de semer des graines consciencieuses dans le rang des élèves. A travers ses méthodes dites GAMEIA, plusieurs enfants voués à l’échec scolaire ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Dans cet entretien, elle livre quelques pistes qui, bien exploitées, conduisent au succès.



Qui est Crépine Gandaho Amoussou ?

Je suis professeur certifié de philosophie. Actuellement, je prépare mon doctorat en philosophie et suis auteur de trois ouvrages à savoir : « Méthodes efficaces de travail pour tout apprenant » ; « Comment motiver les apprenants en difficulté d’apprentissage », « Gestion des comportements à la maison et en classe ». Je suis présidente du Conseil d’administration de l’ONG Groupe d’action pour la motivation et l’éveil intellectuel des apprenants (GAMEIA). C’est l’Ong qui met en œuvre le projet « soutien didactique aux apprenants de niveau intellectuel faible ». C’est un projet qui vise la prise en charge, la formation en méthodologie et la motivation des apprenants faibles. Nous faisons également la formation des enseignants en ce qui concerne la motivation des plus faibles dans leurs matières. Nous formons également les parents d’élèves sur le suivi-accompagnement de leurs enfants à la maison et surtout sur la manière dont ils pourront les éduquer sans le châtiment corporel. Il faut savoir que les enfants aujourd’hui sont réfractaires à la chicotte et il faut trouver des stratégies pour pouvoir les encadrer.

Comment êtes-vous passée de l’enseignement de la philosophie à la formation et l’éveil intellectuel des apprenants ?

C’est à l’occasion de mon CAPES de philosophie que j’ai mené des recherches sur le niveau intellectuel bas des apprenants. J’ai cherché à comprendre pourquoi dans la même classe, il y en a qui sont parmi les meilleurs et d’autres à la traîne. J’ai pu constater que les meilleurs avaient nécessairement une méthode de travail. Les résultats du questionnaire ont relevé que les plus faibles n’ont pas vraiment une méthode de travail. Ils ne savent pas comment s’y prendre. J’ai donc pu démontrer dans mon mémoire comment un apprenant, quel que soit son niveau, pourrait s’organiser pour réussir ses études. Je l’ai fait également sur la base des expériences personnelles. Je me rappelle que quand j’étais en classe de Terminale, j’avais lancé un défi à mes parents qui consistait à devenir la meilleure de ma classe s’ils m’inscrivaient dans une école privée. Quand ils l’ont fait, je me suis interrogée sur la manière dont je pourrais m’organiser pour relever ce pari. C’est comme ça que je suis parvenue aux sept secrets mentionnés dans mon ouvrage et c’est avec ces outils que j’ai honoré ma promesse vis-à-vis de mes parents. Une fois à l’université, les mêmes méthodes m’ont permis de faire une double inscription. J’ai pu facilement faire la philosophie et le droit. A ma soutenance, la présidente du jury, l’inspectrice YESSOUFOU épouse DAOUDA me disait qu’il fallait nécessairement que je révèle au grand public ce qui a été consigné dans mon mémoire. Elle me disait que je devais rédiger des ouvrages pour montrer ces méthodes afin d’aider les apprenants. C’est comme ça que j’ai rédigé le premier ouvrage.
C’est ainsi que des parents ont commencé par me confier des cas d’enfants qui avaient des répétiteurs et qui pourtant ne travaillaient pas en classe. J’ai donc débuté de cette manière l’accompagnement des enfants. En faisant ce travail, j’ai pu constater qu’il n’était pas seulement question d’une méthodologie. Il y en a qui ont des difficultés psycho-affectives qu’il faut chercher à régler, il y en a qui n’ont pas du tout la volonté et le désir d’étudier qu’il fallait motiver d’abord… Cela m’a rappelé une expérience avec un apprenant à domicile que j’ai eu à partager avec mes collègues dans une école catholique de la place. Je voulais déjà démissionner, car en dépit de mes efforts, cet enfant-là disait qu’il ne comprenait rien. Ce sont les parents qui m’ont encouragé à continuer. Je me suis alors rappelé que pour mon Master2, j’avais soutenu un projet en gestion des ressources humaines intitulé « soutien didactique aux apprenants de niveau intellectuel faible ». A cette époque, comme ce fut le cas pour le Capes, le jury m’avait encouragé pour sa mise en œuvre. Dieu aidant, en prenant mon courage à bras-le-corps, en pratiquant ces méthodes, j’ai vu que l’enfant en question a commencé par décoller. Les autres répétiteurs se sont alors rapprochés de moi pour me demander le secret de cette métamorphose. Je me suis mise à réfléchir pour trouver le moyen de vulgariser cela. Avec mon expérience d’enseignant, j’ai rencontré des apprenants qui ont la volonté, qui ont le nez dans leurs cahiers mais qui ne parviennent pas à avoir de bons résultats. J’ai donc monté une équipe avec les collègues dans toutes les matières. Nous avons travaillé sur le premier ouvrage. Avec le contenu, on a posé des questions qui obligent l’enfant à aller lire l’ouvrage pour trouver des réponses. C’était vraiment intéressant. Mes collègues m’ont alors demandé, pour capitaliser l’expérience, de produire un document auquel ils vont se référer à tout moment. J’ai donc réalisé une polycopie intitulée « le support de l’enseignant ». J’ai demandé à chaque enseignant d’identifier dans sa matière les deux derniers et d’appliquer la méthode avec eux. Le résultat a été impressionnant. J’ai eu l’idée de prendre ce support de document pour en faire un autre ouvrage intitulé « comment motiver les apprenants en difficulté d’apprentissage ? » préfacé par l’ancien recteur Jean-Claude Hounmènou qui l’avait vivement recommandé pour l’auto-formation et la formation continue des enseignants. Dans le temps, nous avions eu plusieurs sollicitations des chefs d’établissements. Nous avons ainsi réalisé en 2017 la première expérience de formation des enseignants à l’école Saint Jean de Cotonou.
Le 3ème ouvrage a été conçu aussi sur la base de l’expérience de l’accompagnement. Quand on analyse les difficultés, surtout avec les adolescents, on constate que certains apprenants sont en conflit avec leurs parents. Cela constitue un blocage pour l’évolution intellectuelle des enfants. Donc on a pu écrire cet ouvrage sur la base des expériences et conseils formulés à l’endroit des parents.

Peut-on considérer, au vu de ce que vous proposez comme méthode, que tout apprenant doit réussir ses études ?

Tous les apprenants peuvent réussir leurs études. C’est scientifique. Les expériences d’accompagnement que nous faisons à domicile nous rassurent davantage et nous donnent confiance. Si nous ne parvenons pas aux résultats, c’est que les conditions ne sont pas bien réunies. Soit, à la maison, le parent n’a pas su bien jouer son rôle, soit d’autres conditions ne sont pas favorables. Mais quand on analyse les résultats et qu’on remet les choses en ordre, l’enfant décolle. Les parents qui achètent nos supports et qui les appliquent notent un déclic chez leurs enfants. Chaque mois, en ligne, nous choisissons un thème abordé dans nos ouvrages et nous formons les parents à cet effet. Ceux qui ont l’ouvrage et qui suivent les indications parviennent à tirer leur épingle du jeu. Nous avons également notre chaîne Youtube gameiaong, notre site ong-gameia.org, notre page facebook gameiaong. Les témoignages des parents qui y figurent sont édifiants.

Vous avez noté dans vos ouvrages qu’il existe sept secrets de réussite. Lesquels ?

Le premier secret pour tout apprenant, c’est d’établir son emploi du temps personnel, c’est de savoir exactement ce qu’il doit faire et à quel moment il doit le faire. Dans l’ouvrage, il existe un canevas qui aide l’enfant à réaliser son emploi du temps personnel à partir de son emploi du temps de l’école. Un autre secret, c’est la relecture des cours. Comment un apprenant peut relire chaque cours pour garantir les meilleures notes ? Comment apprendre rapidement ses leçons ? Comment résumer et réviser ses leçons ? Voilà quelques secrets.

Avec votre ONG, vous vous apprêtez à tenir le pari de l’organisation de la 4ème édition de la tournée de formation aux méthodes scolaires GAMEIA. Quel objectif voulez-vous atteindre à travers cette initiative ?

Je salue d’abord les autorités en charge de l’éducation nationale, qui par arrêté, ont autorisé l’ouvrage « méthode efficace de travail » au programme pour toutes les classes de la 6ème en Terminale en République du Bénin. Nous avons le privilège d’avoir un partenariat avec les écoles catholiques et d’ici la rentrée, ces méthodes seront enseignées dans ces écoles-là. Puisque tous les parents n’inscrivent pas leurs enfants dans les écoles catholiques, nous avons initié cette tournée. Au niveau de l’Ong, nous n’avons pas de subvention. Nous lançons un appel à ceux qui nous lisent et qui peuvent nous aider à avoir le financement pour organiser cette tournée gratuitement et la faire profiter à tous les enfants du pays. La raison de cette tournée, c’est d’aider les apprenants à maîtriser ces méthodes. Ils en ont tous besoin. Tous les parents n’ont pas les moyens pour nous faire appel à domicile. Mais on peut régler les problèmes de leurs enfants qui ont envie d’étudier et qui ne parviennent pas à s’organiser à travers cette tournée. Dès qu’un parent inscrit son enfant à la tournée, il est d’office intégré au groupe en ligne de suivi et d’encadrement des enfants. L’objectif de la tournée, c’est enseigner les méthodes de l’ouvrage aux enfants afin qu’ils soient capables de bien étudier et d’être autonomes.

Quelles sont les conditions de participation à ces journées ?

Nous avons trois sites pour le moment. Le lundi 11 avril, nous serons au CED-CSS à Akpakpa Sacré-Cœur, le 12, nous serons à l’hôtel le Pantagruel en face du stade de l’amitié et le 13, nous serons à Porto-Novo, au centre Maria-Tokpa. Les conditions diffèrent d’un lieu à un autre. La seule chose à faire, c’est que les parents nous contactent par whatsapp au 96870335 et on va les orienter sur les modalités liées à chaque site.

Avez-vous un appel à lancer ?

Nous sommes pratiquement à la fin de l’année scolaire. Comme j’ai coutume de le dire pour les candidats aux différents examens, rien n’est impossible. Même si on est à un mois de l’examen, on peut encore avoir de bons résultats. Nous avons des stratégies de révision infaillibles. Si on essaie de réunir les conditions, même l’enfant qui est à la traîne va réussir à son examen et après, nous allons combler sérieusement ses lacunes. Après la tournée, on va lancer la 4ème édition de l’initiative « un mois de révision avec GAMEIA ». A exactement un mois de la date de chaque examen, on démarre les séances de révision. Après les examens, quand on fait le point des candidats encadrés, nous avons souvent droit à des résultats élogieux.
Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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