Entretien avec Fatoké Miftaou, expert-comptable : « Je serai un président au service de l’ordre… »

28 juin 2021

L’ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin (Oecca-Bénin) passera au vote le 8 juillet prochain afin d’élire son premier responsable et son équipe. Fatoké Miftaou, expert-comptable, Docteur en sciences économiques et de gestion, membre de l’Ordre, enseignant chercheur à l’Institut Supérieur d’Expertise et de Gestion et à l’université d’Abomey-Calavi est sur la ligne de départ. Il propose sa candidature pour briguer le poste de président de l’institution. Ancien vice-président de l’ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin, cet habitué du monde économique, associé gérant d’un cabinet installé depuis 1988 à Cotonou, compte mettre son temps et son bagage intellectuel au service des membres de l’Oecca. Pétri d’expériences et de compétences, il est fondateur d’un institut de formation afin de partager ses connaissances en gestion avec la nouvelle génération sur qui il compte pour donner à l’institution une nouvelle dynamique pour l’épanouissement de tous les membres.

Vous êtes candidat pour briguer le poste de président de l’ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin. Qu’est-ce qui motive cette ambition à votre niveau ?
Je suis l’un des membres fondateurs de l’ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin instauré depuis 2006 dans notre pays. Je salue le travail abattu par les différentes mandatures qui se sont succédé. J’ai remarqué que ces mandatures ont orienté leurs activités vers l’international, c’est-à-dire faire connaître l’ordre au plan international. Ce n’est pas une mauvaise chose. Mais les cabinets nationaux sont laissés pour compte. Cet état de choses m’a interpelé, raison pour laquelle je dépose ma candidature pour corriger le tir. C’est donc un autre son de cloche que j’apporte.

Quelle appréciation faites-vous de l’Oecca dans son état actuel ?
Il y a beaucoup de tensions et de conflits internes. Des camps sont bien tranchés. L’explosion peut arriver au moindre incident. C’est pour cela que pour ma campagne, je prône le rassemblement. Je veux donc être un rassembleur, car, on ne peut pas grandir convenablement sans une cohésion en notre sein. Il faut donc éteindre les foyers de tensions dans l’ordre, trouver des terrains d’entente afin de pouvoir régler à l’amiable les conflits réels ou latents. Comme cela, nous deviendrons une véritable famille. Il faut donc créer ou favoriser les conditions afin que l’ordre rende service à ses membres. Car, quand on est un dirigeant de l’ordre, on est au service des membres et non l’employeur des experts-comptables. Quand on est à la tête de l’ordre avec une équipe, on est au service des membres pendant trois ans.
Il faut aussi œuvrer pour arracher notre profession aux mains des illégaux. Car, l’Oecca est la seule institution nationale à qui l’État a donné le monopole de la tenue de la comptabilité. C’est aussi un défi que j’entends relever avec mon équipe.

Que comptez-vous faire une fois élu président de l’ordre ?
Si Dieu nous accorde la présidence de l’Ordre, nous accentuerons nos actions sur la promotion des cabinets nationaux, l’épanouissement des membres de l’ordre. Nous associerons beaucoup de nouveaux inscrits à l’animation des formations et nous faciliterons leur accès à la profession.
Pour toutes ces activités, nous avons concocté un programme qui se décline en six points :

-  La relecture des textes et la réforme du fonctionnement de l’Oecca : nous avons constaté que les textes qui nous régissent sont un peu dépassés. Ils ne cadrent plus bien avec l’actualité et l’évolution structurelle de notre profession. Il y a eu de changement dans la profession, car il n’y a plus de comptables agréés parce qu’ils sont devenus experts-comptables. Beaucoup d’incongruités existent dans nos textes et nous devons les corriger. Il faut donc un toilettage complet de nos textes afin de les adapter aux réalités de nos jours et des jours à venir.

-  Le fonctionnement de l’Ordre : en ce qui concerne ce point, nous avons le Conseil de l’Ordre et le président du Conseil. Très souvent la charge de travail pèse finalement sur le président qui est aussi chef d’entreprise comme tous les membres ; ce qui le pénalise. Nous pouvons faire autrement en recrutant un secrétaire permanent qui va gérer l’administration. Il faut donc constituer une vraie administration afin de décharger les membres élus de la gestion administrative afin que les élus ne perdent pas des affaires comme certains le disent au cours de ces dernières années…

-  L’assistance aux nouveaux inscrits : en associant les nouveaux inscrits à la formation, nous pouvons profiter de leurs compétences, et les dispenser de certaines cotisations afin de leur permettre de mieux s’installer. En partenariat avec des banques, nous pouvons négocier et obtenir des lignes de crédits au profit des jeunes inscrits afin qu’ils puissent s’équiper une fois installés.

-  La diversification des revenus et la bonne gestion des ressources de l’institution : nous avons constaté que certaines mandatures passées sont marquées par des déficits importants sur des opérations importantes. Il ne faut plus que ces déficits réapparaissent en aucun cas.

-  Le renforcement de la notoriété de l’ordre aux plans national et international : au plan international, beaucoup de choses ont été déjà faites par les mandatures passées. Néanmoins, il faut qu’on passe à la classe supérieure à l’Ifac en instaurant le contrôle de qualité dans notre profession. Ceci faisant, nous allons éliminer l’exercice illégal de notre profession et le dumping sur les honoraires.
Au plan national, il faudrait qu’on prenne langue avec nos autorités actuelles afin que l’Ordre soit rétabli dans ses prérogatives au centre des décisions liées à la comptabilité. Il faut œuvrer pour qu’on applique des normes de qualité dans nos différents cabinets. À partir de l’implémentation et de la mise en œuvre du contrôle qualité dans nos entreprises, nous pouvons rassurer l’État et les partenaires techniques et financiers, que les membres de l’ordre sont dans une dynamique d’amélioration continue des prestations de service. Par ailleurs, il faut mettre les cabinets à niveau, en invitant les membres à s’associer pour renforcer les profils des cabinets.

-  Le renforcement de capacités des membres de l’ordre en diversifiant les termes de formations : les formations qui se font de nos jours n’attirent pas les membres de l’ordre. Mon souci est de faire en sorte que les jeunes qui viennent d’avoir leur diplôme et qui ont assez de connaissances, soient associés pour développer des thèmes lors de formations.

Quelles sont les innovations que vous comptez apporter à l’ordre ?
Je voudrais introduire dans nos textes l’idée d’un mandat unique de trois ans. Car, quand les gens envisagent deux mandats, ils ne sont plus dans la posture de rendre service, mais dans la posture qu’on leur rende service afin de profiter de l’Ordre. Il faut donc permettre aux gens de venir dans l’ordre et travailler pour l’évolution de l’ordre. Donc, si je deviens président, je donnerai l’exemple en faisant un seul mandat.
La question des procurations est dans nos textes, un archaïsme qu’il faut supprimer, car, cela dénature la nature des élections. Si nous ne combattons pas ce système, les gens ne s’intéresseront pas à l’ordre. Je compte donc sur l’adhésion à mes idées pour la réalisation de tout ce que j’ai envisagé. Je sais qu’on peut y arriver si on s’y engage véritablement et collégialement. L’idée est de faire comprendre à chaque membre de l’ordre que l’institution doit lui rendre service et non lui soutirer de l’argent à travers les cotisations parfois contestables.
Propos recueillis par Isac A. YAI





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