Entretien avec Patrick Junior Hounkpè, 1er au Baccalauréat 2020 : « J’étudie comme tout élève normal… »

Patrice SOKEGBE 28 août 2020

Personne ne l’aurait cru, mais il a battu le record de toutes les éditions du Baccalauréat au Bénin, toutes séries confondues, avec une moyenne de 18,31. Lui, Patrick Junior Hounkpè, la toute nouvelle pépite, qui, à 16 ans, marque actuellement les esprits. 20 en Anglais, 15 en Français, 20 en Maths, 16 en Histoire-Géographie, 17 en Philosophie, 20 en Pct, 10 en Svt. A travers l’interview, ci-dessous, il confie que sa performance est le fruit d’une attitude positive suivie du travail acharné. « En fait, les gens pensent que généralement il y a un secret pour pouvoir travailler. En fait il n’y a aucun secret. Le seul élément moteur qui peut déclencher assez de motivations pour pouvoir atteindre un tel niveau, c’est d’abord se fixer un objectif précis, travailler très dur et croire qu’on peut arriver à atteindre cet objectif », a-t-il dit. Il a témoigné sa gratitude à ses parents, son établissement et surtout à ses enseignants qui ont ajouté une plus-value à sa connaissance. Selon Eusèbe Amoussou, Directeur du collège catholique Saint Pierre Claver de Lokossa, « Patrick est d’abord très discipliné et il prend en compte les conseils qu’on lui prodigue ». Cette performance a été possible grâce à certains professeurs de renom tels que Gilles Kangni, meilleur professeur de mathématiques au collège catholique Saint Pierre Claver de Lokossa. « Il avait déjà cette foi, cette ferveur. On a plutôt à remercier Dieu qu’il nous ait donné l’opportunité d’avoir côtoyé un tel génie ». En tant que géniteur, l’on ne peut qu’être fier de ce résultat qui dépasse l’entendement. « Il a toujours lutté pour se faire une place au niveau de son cursus scolaire. Je suis très content et content aussi de ses professeurs qui l’ont encadré pendant ce temps là pour que l’on ait ce résultat », a-t-il dit.

Qu’est-ce que ça fait d’être premier au Baccalauréat 2020, toutes catégories confondues ?
Être le premier du Bénin au baccalauréat 2020, toutes séries confondues est vraiment un honneur pour moi. Je suis très fier et très heureux d’avoir pu atteindre l’objectif que je me suis fixé, il y a trois ans. Je suis également heureux de faire honneur à ma famille, à mes amis, à mes professeurs et aussi à mon établissement

Comment t’organises-tu pour être aussi performant ?
Je n’ai pas vraiment une organisation précise. J’étudie comme tout élève normal. Dès que j’ai les cours, je les apprends. S’il y a une partie sur laquelle j’ai des points d’ombres, je fais le maximum d’exercices pour comprendre et me familiariser avec la partie mal comprise.

Tu as eu un parcours atypique. Quel est donc ton parcours scolaire ?
J’ai vécu une scolarité qu’on peut qualifier de "normale". J’ai effectué ma maternelle à l’âge de 2 ans dans une école de ma ville Lokossa, pour ensuite finir en grande section dans une école à 20 minutes de marche de chez moi. Mon père s’est mis à me donner des cours pour que j’apprenne à lire, ce qui a entraîné ma progression très rapide en classe. Au primaire, j’ai commencé alors une nouvelle éducation dans une nouvelle école. Je m’y suis habitué très rapidement et j’ai commencé à me faire des amis. L’adaptation est toujours plus simple lorsqu’on est enfant. Durant tout mon cursus primaire, j’ai suivi une scolarité classique, non pas difficile pour moi car, j’observais des facilités à assimiler certaines matières. Ensuite, pour le collège, mes parents font le choix de m’inscrire dans un collège privé : le Collège Catholique de Lokossa, ce qui m’a fait alors changer totalement de structure, d’amis, de repères. J’ai recommencé alors à m’habituer à une institution différente pour la deuxième fois dans ma vie, tout en sachant que celle-ci serait sans doute définitive jusqu’à la fin de ma scolarité. Les premiers temps étaient difficiles pour moi, mais je m’y suis adapté. J’ai étudié alors pendant 7 années dans ce collège. J’adore les Maths et les Physiques...J’ai alors choisi de m’orienter vers un bac C scientifique à cause de mes aptitudes. Pour le bac scientifique, il faut beaucoup travailler dans les matières scientifiques. Le Bac C est réputé pour former des grosses têtes, mais il révèle aussi des personnes aux capacités décuplées qui poussent les autres vers le haut. Dans ma classe, l’ambiance était plutôt bonne, on s’entraidait dès que l’on pouvait. Les professeurs étaient stricts et la rigueur était de mise. Nous avions couramment des évaluations dans toutes les matières pour nous renforcer. Selon moi, cette technique d’apprentissage est bénéfique, car elle force la personne à apprendre ses cours et à les appliquer. Pour avoir vécu durant toutes mes années de collège et lycée cette évaluation hebdomadaire, je trouve qu’elle nous a été bénéfique dans la régularité de notre apprentissage et nous a permis (surtout en terminale) de travailler régulièrement avec des épreuves de bac blanc. Et finalement j’ai mon Bac avec une mention Très Bien et la place de 1er.

On a constaté que tu as obtenu 20 en Anglais, 20 en Maths et 20 en Pct. Cela voudra dire que tu as compris quelque chose que d’autres n’ont pas compris. Dis-nous quel est ton secret ?
En fait, mon secret est résumé en un seul principe : Croyance positive + Travail acharné= Succès. Lorsqu’on se fixe des objectifs, on se donne les moyens pour pouvoir y arriver en travaillant sûrement et intelligemment pour leur concrétisation. En mathématiques par exemple, je m’assurais d’avoir en tête toutes les définitions, propriétés et formules et cela est très important. Il faut également traiter des exercices types pour acquérir une certaine familiarité et une dextérité qui permettront d’aborder d’autres exercices du genre. En Pct, j’utilise également le même principe que j’applique en mathématiques et je traite des épreuves pour retenir les méthodes de résolution des exercices. En Anglais, je révise les temps et leur formation, les différentes structures que je consolide avec des exercices.

On a aussi constaté que tu as obtenu 10 en Svt. Est-ce à dire cette note a trahi ta performance ?
Oui. J’aurais été capable de beaucoup plus de performance si j’avais eu une très bonne note en Svt. Le sujet était certes abordable mais l’on peut supposer que c’est un manque de concentration qui est à l’origine de cette note. Également en SVT, j’utilise le même principe qu’en Maths et en Pct. Et pour aiguiser mon sens d’analyse, je fais souvent des exercices de type partie 2 pour mieux réagir aux épreuves.

Que faisais-tu pendant la période de Covid-19 ?
Pendant la période de Covid 19, je suis resté principalement confiné à la maison. Et durant cette période de confinement j’ai profité pour directement entamer mes révisions pour le Bac, pour ne pas avoir de difficultés de révisions au dernier moment. J’ai également profité de cette période pour faire le maximum d’exercices afin de renforcer mes compétences dans toutes les matières et pallier à mes insuffisances. Mais aussi, j’en ai profité pour me reposer et récupérer un peu de la fatigue et de la pression de l’année scolaire.

On a constaté que tes enseignants de Maths et de Pct incarnent l’intelligence. Serais-tu aussi performant sans eux ?
Oui j’aurais pu être performant sans eux mais pas à un tel niveau car ils ont apporté leur pierre pour bâtir l’édifice. Ils étaient dévoués à la tâche et étaient attentifs à mon degré d’assimilation et d’appréhension des cours. Je leur en suis très reconnaissant. Tous les professeurs nourrissaient l’espoir de me voir premier du Bénin et cela m’a poussé à me sacrifier encore plus.

Il y a 2 ans, tu as été reçu par le Chef de l’Etat Patrice Talon dans le cadre d’une innovation technologique. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
En fait, j’étais avec mon ami Junior Natabou, le jeune entrepreneur. Nous avions découvert le concours Google Science Fair qui nous permettrait d’obtenir la bourse d’étude dont nous rêvions. Nous avons alors décidé de postuler avec un projet de robot agricole. Pour la construction de ce robot qui révolutionnera le monde agricole en Afrique, nous nous sommes rapprochés de la Fondation Claudine Talon qui, n’ayant pas les aptitudes de nous venir directement en aide, a pris le soin de nous introduire à Mme Claude Borna (Directrice de Sèmè City), qui à son tour nous a introduit au Président de la République du Bénin.

Que prévois-tu étudier à l’université ? Et pourquoi ce choix ?
Par rapport à cela, je n’ai pas encore réfléchi purement. Je suis en train d’y réfléchir actuellement de mon côté et de celui de mes parents. Mais je penche plutôt pour l’informatique, les finances ou les mathématiques financières.

Penses-tu que c’est une bonne chose de se faire orienter par ses parents ?
Oui, c’est une bonne chose de se faire orienter par les parents. Mais ce ne sont pas eux qui doivent décider à la place des enfants car ce sont ces derniers qui sont responsables de leur propre vie et ils ne peuvent s’épanouir que dans ce qu’ils aiment. Donc, les parents doivent suivre leurs enfants et les accompagner dans le processus d’orientation sans y interférer de manière totale et anarchique.

Comment apprécies-tu la rigueur qui règne au sein de ton collège ?
J’apprécie vraiment positivement la rigueur qui règne dans mon collège. En effet, cette rigueur permet de développer un espace de travail adapté et favorable au développement intellectuel des apprenants. Et également, le suivi accordé à la compréhension et à l’assimilation des cours est capital puisque notre collège n’aime pas faire les choses à moitié

Quel a été le soutien de tes parents dans ton processus ?
Ils ont toujours su être là pour moi et m’ont toujours couvert d’amour. Je leur en suis très reconnaissant, car je leur dois mon succès. Ils nous soutiennent toujours. J’apercevais à chaque fois en eux une bienveillance et une disponibilité à l’investissement. Leur rôle fut capital dans le processus ayant mené à mon succès.

Un mot à l’endroit de tes professeurs, des autorités de ton collège et de la jeunesse béninoise.
Je tiens à remercier infiniment tous mes professeurs et les membres du personnel administratif de mon collège pour leur suivi, leur enthousiasme, leur rigueur et la qualité de leur travail. Je leur suis reconnaissant, car sans eux, je n’aurais pas pu atteindre mon objectif. Je retiendrai longtemps les moments partagés avec eux. À la jeunesse béninoise, je dirai d’appliquer le principe " Croyance Positive+ Travail Acharné= Succès" dans tous les domaines de leur vie.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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